Le banquier Edouard Stern assassiné lors d'une séance BDSM en 2005?

Edouard Stern, le banquier assassiné lors d’une séance BDSM ? © Photo AFP.

 
 
J’interromps mes notes de lecture BDSM le temps d’une parenthèse pour y revenir très bientôt.
C’est l’actualité qui m’amène malheureusement à le faire.
 
Lorsqu’il y a quelques jours, j’ai pointé ici du doigt avec virulence les articles consacrés au « stage de danse BDSM » effectué par « Camille » puis raconté sur sa page « Rue69 », il me faut avouer maintenant que j’avais une intuition assurée en moi : cet article allait nous (nous = tous les pratiquants BDSM) faire tomber quelque chose d’assez prévisible sur la tête dans les heures ou les jours qui viendraient.
Ce que je ne maîtrisais pas dans ma certitude était comment et par qui cela se produirait et - par conséquent - si cela aurait une portée plus ou moins grave.
Je pensais qu’il y avait toutes les chances pour que cela se réduise à une intervention dans le fil de commentaires de « Rue69 » et que cela se noie là, de manière nulle et non avenue.
Quant à l’évoquer moi-même la première, je voulais l’esquiver à tout prix, de peur de donner des idées…
Certains y auront d’ailleurs pensé eux aussi et fait comme moi : museler cette évidence ici dans les réponses qu'ils m'ont faites.
 
Mais puisque c’est arrivé désormais, nous pouvons dire que la chose était inévitable : cet article « bling bling » et « décomplexé » de « Rue69 » publié le jour où démarrait le procès de Cécile Brossard pour l’assassinat du banquier Edouard Stern (lors de ce qui semble bien être une « scène SM ») ne pouvait qu’amener le rapprochement entre les deux événements pour disproportionnés qu’ils soient : un meurtre en Suisse et le « stage de danse » BDSM de quelques allumés branchés à Paris.
 
Fichue combinaison de latex du banquier...
Personnellement, je n’ai jamais voulu évoquer l’affaire Stern ici, même lorsque Olivier Assayas s’en est servi de point de départ pour un fort mauvais film (« Boarding Gate ») il y a deux ans, parce que comme dans tout fait divers, j’avais une « intime conviction ».
Et le fait que je sois une pratiquante BDSM n’y entrait en rien.
C’était une intime conviction comme celle que je peux avoir dans l’affaire Jean-Maurice Agnelet (la disparition d’Agnès Le Roux) ou dans celle du meurtre de Ghislaine Marchal (l’affaire Omar Raddad).
Sur ces choses-là, je fais silence et attend toujours que la justice passe.
Un blog n’est pas le lieu pour discuter de thématiques humaines aussi complexes.
 
Las, une personne et pas n’importe laquelle (David Abiker, l’excellent journaliste de France Info dont nous nous souvenons aussi comme collaborateur d’ « Arrêt Sur Images » entre autres) a suivi le fil des « deux événements » et écrit aujourd’hui sur le site de France Info un article fort maladroit - voire périlleux pour « nous » dans ses mélanges de genres - « Soumission, domination et latex sur Internet », que je vais reproduire ci-dessous sans droit aucun, me protégeant seulement par le fait d’en indiquer le lien (lien d’importance puisqu’il « lie » ses propres sources : « Rue69 » en l’occurrence, hélas !) et d’assurer que j’ôterai ce texte si une demande officielle par courriel m’est faite.
 
Je regrette de le dire mais je trouve l’article de David Abiker totalement désinvolte et erroné : (exemple : « Les plaisirs du banquier Edouard Stern sont en voie de démocratisation. Au point que Camille, bloggueur de charme de Rue89.com a pu s’inscrire et tester pour nous un stage SM aussi accessible qu’un simple stage de roller ou une réunion Tupperware. »).
L’idée de cette « voie de démocratisation » me fait sursauter.
C’est un peu comme dire que le SM ou le BDSM avaient jusqu’ici été « réservés » à des gens comme le banquier Stern.
C’est « nous » nier totalement avec notre longue histoire qui a toujours mêlé différentes couches sociales de la population car même si l’argent d’ « un » banquier (Stern ou quiconque d’autre) peut aider à « assumer » sa sexualité, l’argent du même banquier aide grandement à affronter tous les événements, toutes les facettes d’une vie et non seulement l’érotisme.
 
Dans toute la démonstration de David Abiker, on retrouvera les affirmations de « Camille » et du chorégraphe Felix Ruckert, l’animateur du « stage de danse BDSM » parisien, précédemment lues sur « Rue69 ».
Le sadomasochisme vu comme « paradoxe de notre époque de crise » où « la violence maîtrisée permet de se faire du bien » ou bien encore « une forme de thérapie », non merci !
Nous avons bien d’autres jalons, bien d’autres angles de perspectives sur notre vieille route.
Quant à la solide et saine relation amoureuse qui peut découler d’un rapport basé sur le BDSM, pas un mot, évidemment !
Il est désolant de nous retrouver limités à quelques allégations d’un webzine comme « Rue69 » reprises par un journaliste pourtant digne d’écoute qui est tombé dans le panneau.
Car si Abiker discourt d’une « sado-blogosphère et d’une « maso-blogosphère », il n’a pourtant pas d’autre lien à fournir que celui de « Rue69 » pour étayer ses propos.
 
En fin de compte, le seul « scoop » que contiennent les lignes de David Abiker c’est de nous apprendre que - sur « Rue69 » - Camille,  prénom androgyne, est le pseudo d’un blogueur et non d’une blogueuse comme beaucoup de « riverains » de la Rue Chaude  le croyaient…
Et quant à la chute de l’article d’Abiker sur le métro de Londres, elle est totalement surréaliste mais d’un surréalisme qui me laisse confondue devant un tel amalgame stupide…
 
De pures dérives journalistiques à tout bout de champ dans cet article.
Mais très dangereuses pour « nous ».
 
L'article précédé de son lien  (et je reviens pour conclure):
 
 
 
« Soumission, domination et latex sur Internet
David Abiker - 07:55 - 12/06/09.
 
Soumission, domination, on en parle beaucoup avec l’affaire Stern du nom de ce banquier mort dans une combinaison de latex lors d’une séance de domination-soumission peu ordinaire.
 
Effectivement, dans la vie de tous les jours ce genre de séance est peu ordinaire mais sur internet la galaxie sado-maso est immense. Elle est immense et pas nécessairement pornographique. Exhibitionniste en revanche, on n’en doute pas.
 
Sur You-tube ou sur Dailymotion, ce sont des centaines de videos qui déclinent par le menu toutes les leçons possibles de soumission masculine ou féminine et ceci dans toutes les tenues et selon tous les scénari imaginables. Du plus folklorique façon latex et bottes de cuir au plus culturel et cérébral.
 
Car on aurait tort d’assimiler le sadomasochisme en ligne à un sous-ensemble de l’industrie du X. Pour certains soumettre ou se soumettre est un art, un rituel, un besoin voir une forme de thérapie.
 
C’est en tout cas ce qu’on apprend sur les blogs de certains esclaves volontaires. Ici plus question d’images croustillantes ou de scénari spectaculaires avec dactylo docile ou officier allemande sexy. Non..., les sadoblogs ou les masoblog font dans la psychologie, l’introspection, l’acceptation, l’initiation. Et pourquoi pas la littérature.
 
Et on aurait tort de croire que ces blogs et les pratiques qui vont avec sont l’apanage d’une clientèle de marginaux. Les plaisirs du banquier Edouard Stern sont en voie de démocratisation. Au point que Camille, bloggueur de charme de Rue89.com a pu s’inscrire et tester pour nous un stage SM aussi accessible qu’un simple stage de roller ou une réunion Tupperware.
 
C’est le paradoxe de notre époque de crise, dans une vie déjà cruelle et pleine de douleurs, certains sont de plus en plus nombreux à vouloir souffrir ou faire souffrir. A la différence que ce sont une soumission et une douleur choisies. Et puis la violence, quand elle est maîtrisée permet de se faire du bien.
 
C’est en tout cas l’avis des usagers du métro de Londres qui viennent de mettre en ligne la photo de Bob Crow le syndicaliste qu’ils jugent responsable des grèves qui paralysent le fameux « Tube ». Le site propose de lacérer le visage de Bob Crow avec une souris transformée en véritable instrument de torture. « Il y a une grève du métro se désole le site, frappez Bob Crow pour ramener les salariés au travail ».
 
Heureusement qu’ici la violence n’est que virtuelle. ».
 
 
Je me refuse absolument à pouvoir être « reliée » par un biais ou par un autre au banquier Stern et escompte vivement que tous les pratiquants BDSM soient comme moi.
Quelque part, en mélangeant Edouard Stern et le BDSM en général - qu’il le veuille ou non - Abiker nous assimile à une affaire criminelle qui se déroule dans de très hautes sphères et sur laquelle nous ne connaîtrons probablement jamais toute la vérité.
Nous n’avons rien à voir avec elle, pas plus qu’avec l’impopularité de la grève actuelle dans le métro de Londres où il voit encore un rapprochement.
Nous ne sommes ni de graves névrosés, capables de meurtre (passionnel ou vénal, je tais mon « intime conviction » et laisse au procès le soin d’en juger), ni des hordes d’imbéciles primaires et vindicatifs prêts à désigner un bouc émissaire pour se venger d’une frustration due au manque de métros, pas plus que des guignols allant « décompresser » en « dansant le BDSM » avec Felix Ruckert.
 
Sur le banquier Stern, pour information mais aussi pour comprendre combien « nous » sommes étrangers à cette péripétie judiciaire, vous aurez à cœur de lire vos journaux sur papier ou en ligne.
Je vous donne cependant le lien avec un article du même jour (12/06/09) sur le site de « Le Point », ne serait-ce que pour son titre : « Procès Stern : Dans les enfers d’une sexualité particulière. ».
On espère seulement que ce « une » est un adjectif numéral cardinal (une = la sexualité du banquier Stern) et non un article indéfini (une = la sexualité BDSM dans son ensemble) …