Gilbert Lély Poète Surréaliste 1904-1985.

Gilbert Lely (1904-1985) - Photo d’Archives.

 
 
« La poésie est une réponse de l'homme à chaque interrogation du monde extérieur: la réponse la plus rapide, la plus nettement articulée, la plus libre, la plus dévorante. »
Gilbert Lely - La Sylphide ou l’Etoile Carnivore - 1938.
 
 
 
Il existe, bien sûr, une poésie à caractère sadomasochiste ou BDSM, comme vous le voudrez...
Elle ne peut cependant pas se départir du genre de la poésie érotique en général ou bien encore, plus simplement, de la poésie en soi.
 
Puisque je voulais en rester sur cette veine du poème ce soir, j’avais le choix.
Plutôt que d’aller puiser chez les plus connus, j’ai pensé soudain à Gilbert Lely (1904-1985), poète proche des Surréalistes, ami d’André Breton et de René Char mais surtout mémorable historien et « éditeur » curateur de Sade.
Il fut dans ses travaux autour du Divin Marquis à l’origine de la découverte de nombreux manuscrits inédits de la correspondance de celui-ci.
 
L’œuvre poétique de Gilbert Lely est réunie depuis 2000 en trois tomes de « Poésies Complètes » au Mercure de France. Ceux-ci sont toujours disponibles (mais sur commande seulement aujourd’hui) auprès de vos libraires.
 
Lely est un poète surréaliste et sadien.
Là encore, comme pour Bataille hier, j’ai distingué un poème du Tome III,  texte cher à mon cœur pour son évocation marseillaise, mais qui, s’il a une connotation SM évidente, n’est pas forcément le plus représentatif de la virulence passionnée et incantatoire, ni de la modernité subversive - pas plus que de la « forme » habituelle - des autres écrits de son auteur.
En effet, si Gilbert Lely ne dédaigne pas les épigrammes et la classicité (il fut le traducteur des « Métamorphoses » d’Ovide), s’il se laisse parfois aller au pastiche (c’est un peu le cas dans la poésie qui suit), ses textes érotiques plus voisins du Surréalisme sont généralement d’une fulgurance rare et d’une beauté intense et violente…
 
 
 
Sous la plus fauve latitude.
 
 
Sous la plus fauve latitude,
Trois jeunes scélérats l'entourent.
Est-ce que leurs mains la dénudent
Pour le supplice ou pour l'amour?
 
Une cave. Un grabat immonde,
Ils la soumettent, les démons,
Et travaillent sa chair de blonde
Jusques à la damnation.
 
Fasciné, l'amant de la belle,
Sous la surveillance d'un vieux.
Un couteau devant ses prunelles:
Il ne doit pas fermer les yeux.
 
A Marseille, dans les faubourgs,
Le soleil de l'après-midi
Dévore des chevaux pourris
Sur des canapés de velours.
 
 
 
Gilbert Lely - Poésies Complètes - Tome III - Section « Inédits et autres poèmes » - Editions Mercure de France - 2000.