L'expérience de Milgram de 1960 à 1963.

L’Expérience de Milgram - Photo d’archives.

 
 
L’article de « Libération » auquel je fais référence dans cette note peut être lu en deux parties pendant quelques jours encore ici et .
 
 
 
La suite logique de mon blog, du moins telle que je la prévoyais, devait m’amener à vous parler ce soir, souvenirs d’expos de vacances obligent, d’Andy.
Il va attendre jusqu’à demain.
 
Mieux vaut battre un autre fer pendant qu’il est chaud tant la chose me paraît d’importance et m’a poursuivie tout au long de cette journée de lundi.
 
Dans le train qui nous ramenait hier, un article dans le « Libération » du week-end a retenu toute mon attention.
Christophe Nick, un documentariste de France 2, a monté une fausse émission de « télé-réalité », nommée « La Zone Xtrême », renouvelant l’expérience Milgram de 1960-1963.
Nous la verrons à la télévision dans les mois qui viennent.
 
En peu de mots, il s’agissait, sous l’apparence d’un jeu, de montrer comment des candidats, tant hommes que femmes, après avoir tiré au sort le rôle du « questionneur » et celui du « questionné » (le questionné étant bien sûr un comédien et le tirage au sort pipé), pouvaient en arriver dans la peau du « questionneur » à obéir aux exhortations de l’animatrice du jeu et envoyer des décharges électriques ultra puissantes au « questionné », lequel/laquelle poussait des cris feints mais ce « trucage », le « questionneur » l’ignorait.
 
L’enregistrement de « Zone Xtrême » s’est étalé sur quinze jours et 80% des « questionneurs » sont allés jusqu’au bout, un chiffre supérieur à celui du test de Milgram (lequel publia ensuite en 1974 un livre « La soumission à l’autorité » autour de tous ses résultats).
 
L’idée de Christophe Nick est de démontrer la nocivité de la télé-réalité, les candidats devenant complètement en état de sujétion face à l’ordre donné ou suggéré par celle qui représente l’autorité.
Là où l’expérience était faite au nom de la science -et donc avec son « excuse » ou, dans l’inconscient des « bourreaux », sa bénédiction- chez Milgram, elle se fait pour Christophe Nick au nom de la Déesse Télé, prescriptrice possible de tous les injonctions les plus viles, les plus destructrices.
 
Oui, il y a de quoi être étonnés.
On se doutait bien que la téloche avait lessivé les cerveaux mais tout de même pas à ce point !
De plus, l’inculture des participants -qui ont été choisis selon un panel tout à fait éclectique, âges et milieux sociaux- désole.
Le nom de Stanley Milgram devrait dire quelque chose à tout le monde : son « test » est archi-connu, il fut même repris justement en France par le scénario du film d’Henri Verneuil « I Comme Icare » de 1979, long métrage avec Yves Montand que…la télévision a diffusé et rediffusé maintes fois.
 
Jusqu’ici, on aura compris où je veux en venir.
Par exemple au personnage de « Rudolf Lang » dont Robert Merle écrivait dans la préface de son livre « La mort est mon métier » :
« Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour l'Etat. Bref, en homme de devoir et c'est en cela justement qu'il est monstrueux. ».
 
Voici lâché mon mot-clé : « soumission ».
Et je vais maintenant le rapporter à la thématique mon blog.
Dans l’acronyme BDSM, ce sont les deux lettres « D/s » qui me plaisent le moins, qui me sont étrangères.
« Domination » et « soumission ».
Pour tout ce d’extérieur au BDSM auquel elles renvoient.
Et encore, pourrais-je passer sur « Domination »...
Après tout, du point de vue extérieur justement, la « domination », comme la « tyrannie », la « dictature » sont faites pour être renversées.
A condition toutefois qu’il n’y ait pas de « soumission » de têtes vides pour les servir ou s'en servir de boucliers.
 
Pas de soumission à l’autorité, pas de soumission à la hiérarchie lorsque celles-ci nous entraînent vers des pentes boueuses pas plus que lorsque les mêmes nous étranglent.
 
Le mot « soumission » a toujours revêtu une connotation négative dans l’éducation qui m’a été donnée depuis l’enfance.
Pas celui de « soumise » en revanche -qui n’était jamais évoqué- et je ne les ai jamais vraiment reliés.
C’est sans doute une question d’âge encore.
L’association « Ni putes, ni soumises » n’existait pas aux temps où je me « construisais ».
 
« Soumise » pour moi, n’aura donc été qu’un joli mot du vocabulaire BDSM, un mot que, je ne sais pourquoi, je fais rimer -je l’ai écrit souvent ici- avec « cerise » ou avec « éprise »…
La « soumise » à mon sens n’a pas fatalement à voir avec la « soumission » sociale.
Elle choisit un partenaire que rien ne la force à appeler « Maître » ou « Seigneur » (je ne l’ai pour ma part jamais fait) auquel elle concède l’instant d’un certain temps ou d’un temps incertain les clés de soi, clés qu’il possède alors en tant que « Dominant » mais là encore le mot n’a pas même à être prononcé.
Pourquoi pas en tant que « Dominamour » ?
On sait que je pratique dans le seul cas de figure du duo amoureux et, de plus, avec une personne qui a les mêmes opinions et les mêmes allergies socio-politiques que moi.
Heureusement !
C’est que l'unique conflit qui aurait pu exister entre moi et « mon » BDSM aurait été de nature ontologiquement politique.
La relation BDSM, il ne faudrait surtout jamais l’envisager sous cet angle-là, sinon c’est à devenir fou…
Et pourtant, elle aussi se situe dans l’espace de la société !
 
J’ai rencontré celui que je devais rencontrer.
Sans lui, mon passage dans la nébuleuse BDSM se serait, je le sais, réduit à un très bref séjour, celui nécessaire pour assouvir un fantasme et rien de plus.
Sans lui, je le confirme aujourd’hui pour l’avoir aussi écrit ici mais il y a fort longtemps -et si notre union venait à se rompre- c’est au monde « vanille » que je m’en retournerais.
 
Quant à celles qui ont une intolérance au « couple fixe », il leur reste encore le nom de « Dominami » si la domination pure et dure leur fait le même effet qu'à moi …
 
Alors, pourquoi ce mot de « soumission » me gêne-t-il autant ?
L’ « Histoire d’O » a laissé de vives traces dans la scénographie BDSM actuelle.
Celles et ceux qui l’ont lu se souviendront qu’à sa sortie de Roissy, « O » est censée (sexuellement notamment) « obéir » à tout individu, homme ou femme, qui se réclamerait de sa fameuse bague.
 
La transcription de « cet état d'O » qui se voit encore de nos jours lors des soirées BDSM (je ne parle pas des « Soirées Fetish ») est que l’on se doit de faire allégeance ou tout au moins de parler avec déférence à tout ce qui est « Maître » ou « Maîtresse » -bref, tout ce qui représente cette « autorité » de façade- lorsque l’on est une personne « bottom » comme le disent les Anglo-Saxons.
 
Je n’ai jamais pu m’y résoudre.
Comme nous n’allons dans ces lieux que pour y trouver un « décor » autre que notre chambre à coucher et que M. n’aurait jamais eu l’idée de me demander cela, il faut reconnaître que la question ne s’est pas vraiment posée pour nous en terme d’éventuelle « cassure ».
 
Dans ce genre de situation, je reste donc silencieuse ou bien je parle à toutes/tous de la même façon quel que soit le « rang » qu’elle/il occupe.
 
On me dira « Mais quelle histoire pour un jeu de rôles ! ».
Oui, mais dans les jeux de la télé-réalité ce sont aussi des rôles…
Des jeux et des rôles que, parfois, les « acteurs » finissent par prendre au sérieux.
Dans le BDSM aussi.
Cela fait peur.
 
La sexualité est toujours un miroir de la société.
Et nous vivons dans une société de domination et de soumission.
Aujourd'hui plus que jamais...