BDSM Christine Lagarde en Domina Daniel Bouton en soumis caricature de Plantu à la Une du journal "Le Monde" du 25 mars 2009 AURORAWEBLOG.

Dessin © Plantu et « le Monde ».

 
 
« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation ».
 
Guy Debord - La société du spectacle - 1967.
 
 
 
Je n’expliquerai pas ce que ces deux premières phrases de « La société du spectacle » de Guy Debord viennent faire ici.
Rien en apparence. Et sans doute pas plus réellement.
La pensée de Debord -que je considère comme toujours actuelle- dépasse tellement (et de tous côtés) ce qui n’est, somme toute, qu’un petit blog consacré à une forme bien particulière de la sexualité.
Cependant, en toutes circonstances, ces deux phrases donnent inlassablement à méditer.
 
Sur mon post précédent, deux commentaires attirent mon attention, celui de « Troll » :
«… Cependant n’est-il pas bon qu’on en parle à présent, même de travers, après l’avoir tenu, à tort, si longtemps sous le silence des non-dits ? »
et celui de J.M. Devesa :
«… Toutefois, je me dis que cette médiatisation (et cette exploitation) est le signe d'un « dégel » : pas une libéralisation, un « dégel », en l'occurrence la possibilité d'afficher un peu plus que par le passé certains signes (ne sommes-nous pas dans une société de l'information ?). A celles et ceux d'entre nous, qui le veulent et en sont capables, d'en « profiter » (au bon sens terme du terme) pour vivre au grand jour leur existence et leur sexualité. »
 
Je n’ai cité qu’une partie de chacun d’entre eux, celle qui les résumait le mieux pour tenter ici de leur donner une réponse, tant ils « collent » à la note que je souhaitais faire ce soir.
 
Vous avez raison, tous les deux.
 
Oui. Mais non.
 
Non, il n’est pas bon qu’on en parle « même de travers » parce que cela implique une compréhension erronée et que celle-ci n’est pas plus « comprendre » que « connaître » puisque c’est « de travers ».
 
Quant à la « possibilité d’afficher un peu plus que par le passé » et de « vivre au grand jour », elle est tout de même encore fort limitée et le « dégel » risque de durer très longtemps.
Preuve en est que J.M. Devesa présente sur son blog de remarquables photos de l’artiste Jean-Pierre Rey mais que celles-ci ont fait scandale lors d’une exposition à Bordeaux…
 
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut à tout prix faire parler de nous.
Le BDSM est une affaire privée et -pour peu qu’en effet on nous laisse vivre notre vie- nous ne portons aucune revendication de reconnaissance, aucun combat pour être légitimés comme cela a pu être le cas pour la communauté « gay » ou « lesbienne ».
Il n’y a pas d’enjeu important à la clé de notre médiatisation.
 
Celle-ci peut se faire - bien sûr- (il ne s’agit pas de désirer l’ombre comme un aphrodisiaque ou le secret comme une ligne de conduite sectaire) mais il conviendrait que ce soit par le biais de ceux qui ont quelque chose à dire. De leur vie BDSM.
 
Car, finalement, ce n’est pas d’une mode (vestimentaire, sexuelle) qu’il est question mais d’un mode de vie (pour ceux qui pratiquent à « temps plein ») ou d’un mode d’aimer (pour ceux qui y accordent les instants …d’ « accordailles »).
Ce n’est que du témoignage de ceux-là que nous aurions besoin.
 
A travers les miroirs déformants que la mode ou la presse offrent de nous, nous sommes montrés certes, représentés aussi mais par de bien mauvais représentants.
 
Qui n’offrent de nous qu’une caricature.
 
Et c’est précisément par la caricature que je désirais finir cette série de notes.
 
Comme le BDSM ne fait plus « peur », comme beaucoup de ses codes ont été décodés, comme tout un chacun les a intégrés, on peut aujourd’hui s’en servir même pour rire.
 
La campagne pour les Présidentielles de 2007 a vu fleurir des « photos-fake » de Ségolène Royal en dominatrice et, un peu plus tard, c’est la sévère Rachida Dati qui a endossé le rôle dans de mêmes parodies.
Les dessinateurs se sont mis à l’œuvre eux aussi.
Je vous en avais proposé un « échantillon » dans mon post « Un fouet pour Sarkozy ».
 
Hier, c’est Plantu qui récidivait à la Une du journal « Le Monde » du 25 mars.
Tout est juste -vu sous une perspective BDSM- dans son dessin (politiquement aussi, d’ailleurs !).
 
Daniel Bouton porte un carcan tel qu’on les voit dans les clubs et donjons dédiés, sa position est parfaite, ses pieds nus confirment son état d’humiliation.
Christine Lagarde a tous les attributs de la Dominatrice, tant sur le dress-code et le fouet que pour l’injonction qu’elle lance et le regard qu’elle porte sur celui dont elle « s’occupe », œillade plus sexy que sadique.
Superbe domina !
 
Plantu a tout compris.
 
On n’ajoutera rien sur son petit rat.
Et surtout encore moins sur le nain bourreau qui agit dans l’ombre et qui donne tout son « sel » politique à cette caricature.
 
Mais si Plantu a tout compris, c’est bien que le BDSM, percé à jour, peut désormais être dans le monde (avec une minuscule cette fois-ci) comme sujet de moquerie.
Daniel Bouton et son renoncement, c’est toute la dérision que l'oeil de tous peut porter sur un soumis.
 
On notera pour finir que jamais ces caricatures ne représentent le couple « inverse ».
En ces temps de « politically correct », on ne « croquerait » pas sur une vignette humoristique une femme sous le fouet d’un dominateur.
 
On ne doit pas rire de la soumission féminine.
La même situation que celle prêtée à Daniel Bouton sur ce dessin provoquerait un tollé immédiat si c’était une femme à en être la protagoniste (Christine Boutin mise au pas par Sarkozy par exemple).
 
Les « codes » de la soumission au féminin ne peuvent pas « passer », sont inenvisageables : dans l’inconscient collectif, ils renvoient encore à une image dégradante pour la femme.
 
La soumission dans le BDSM comme forme de sexualité librement consentie n’est pas assimilée à ce jour.
 
La mode, les magazines, les médias ont banalisé les images, rendu publics les codes.
Ils  n’ont malheureusement en cela fait que leur propre « beurre ».
 
Et « Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. »…