BDSM Bondage Karen Elson pour la campagne "Ulysses and the call of sirens" de la marque de lingerie Agent Provocateur Printemps-Eté 2009 AURORAWEBLOG.

Photo Karen Elson © Agent Provocateur 2009.

 
 
 
Je vais encore passer pour la « cracheuse dans la soupe » de service mais, que cela plaise ou non, le BDSM est une sexualité qui « vieillit » mal.
 
Je vais encore passer pour « élitiste » mais le BDSM avait tellement de codes qu’ils ont été récupérés le plus facilement du monde par l’univers qui en comporte autant : celui de la mode.
 
Codes décodés désormais, codes galvaudés.
 
J’ai trouvé ceci hier.
 
Vous vous croyez devant une photo de bondage inspirée ? Vous vous pensez devant une image transgressive ?
 
Que nenni !
 
Vous êtes simplement en présence de l’une des affiches de la campagne de la marque de lingerie « Agent Provocateur » pour le printemps-été 2009.
 
Officiellement, c’est une interprétation de « Ulysse et le chant des Sirènes » et c’est sensé rendre hommage à la mythologie grecque.
 
Possible. Moi, je veux bien.
 
Et, pire encore (là, j'aggrave mon cas!), je trouve ces clichés fort réussis avec la flamboyante modèle Karen Elson pour égérie (autre chose que les piteuses -ou offensantes pour l'oeil- galeries des « membres » de nos sites dédiés !) .
 
Le problème, c’est précisément que nous avons évolué vers le cliché !
 
Repris, reprisé, usé à l’extrême entre toutes les marques qui nous ont mis à leur sauce, saison après saison depuis cinq ou six ans environ.
 
Alors, nous sommes devenus tellement communs, ordinaires, que tout se confond : la dernière tendance pour les dessous chics, la « Latex Fetish Party » en bateau sur la Seine, les avatars s’agitant sexuellement (mais en virtuel) sur Second Life et le BDSM.
En bref, ce « mélange des genres » qui conduit à la vulgarisation vulgaire.
 
Lorsque tout le monde a l’œil habitué à quelque chose, cette chose perd tout son pouvoir de fascination, elle n’appartient plus au domaine du « désir », du « fantasme ».
Et, dans notre vile société marchande, ce qui n’est pas réellement objet de désir -de désir érotique entendu comme désir de vie- se mue irrémédiablement en objet de consommation.
 
Non, non, je ne vais pas faire le coup du « c’était mieux avant » ou de l’interdit qui stimule.
Je n’ai, pour ma part, jamais carburé à cette essence-là tant j’ai toujours trouvé du « naturel » dans notre forme de sexualité, tant elle ne m’a jamais complexée.
 
Nous avions pourtant derrière nous de belles armes, de fiers hérauts.
Une véritable mythologie. Lingerie plus que fine.
Et je ne parle pas de Sade et encore moins (dans mon cas) de Sacher-Masoch qui ne nous avaient rien demandé et surtout pas d’usurper leurs noms mais ça, c’est à Krafft-Ebing qu’il faudrait le reprocher…
 
Le BDSM aura en définitive causé bien du tort au SM.
 
Le SM portait en lui une forme de philosophie libertaire, le BDSM est venu l’engluer dans ses dogmes.
Là où le SM était surréalisme et cérébralité, acmé de l’esprit et feu des sens, instinct tout « naturel » (je le répète) pour certains, le BDSM a ouvert les vannes pour tous à l’hyperréalisme des apparences, la fête Fetish, la chaussure à talons vertigineux pour avoir un emblème et le vinyle pour sembler reluire, ou bien encore les rites avec la soumise écrivant son nom en minuscules et le Maître dominant de par ses seules majuscules, le carnet de punitions et les palabres interminables sur la relation D/s tenant lieu de toute littérature et de toute réflexion.
 
A la fin, ce sont les fashion-addicts qui ont eu la peau de la bête.
La chose était logique.
 
Quand il n’y a plus de phantasme à projeter sur l’écran du perpétuel mouvement, on accède à la galaxie du palpable, du matériel, du faux, de la copie qui apparaît toujours plus vraie que l’original puisqu’elle est mise à la portée de tous, puisque c’est elle qui devient la plus connue du plus grand nombre.
 
Et l’érotisme fuit sans que l’on s’en aperçoive, faisant place à son jumeau ennemi, le sexe ludique, mot-clé de la nébuleuse porno-chic avec sextoys pour seule référence.
 
Bien sûr qu’il fallait cependant sortir de l’ombre, des poncifs qui nous présentaient comme des malades.
 
Mais le « trop » est venu remplacer le « pas assez ».
 
Et nous ne nous retrouvons pas aujourd’hui plus connus qu’avant pour ce que nous « sommes » mais pour ce que nous « semblons ». 
 
Polis comme le luisant du cuir vernis, policés dans l’espace (marketing) que l’on veut bien dorénavant nous concéder, avec un peu de condescendance mais nous accorder tout de même puisque nous sommes « vendeurs ».
Et nous nous laissons faire.
 
Sérieux comme des Papes.
Sériés comme des rubriques de magazines.
Sérigraphiés et tirés en milliers d’exemplaires.
 
Au point que cela en serait presque bizarre, ringard, de n’être pas aujourd’hui « un peu » BDSM au sein d’un couple.
 
Puisque c’est à la mode.
Et que la mode est aux codes.
Et que la mode est un code à la mode…
 
 
 
 
 
PS : Je ne connais pas encore le nom du photographe de la campagne Agent Provocateur « Ulysses and the call of sirens ».
Je le créditerai dès que possible.
Si vous en avez vent avant moi, merci de m’en informer par commentaire ou par mail.