BDSM Lecture "Le Fouet" de Martine Roffinella Réédition Points Seuil Edition limitée "2009 année érotique" janvier 2009 AURORAWEBLOG.

 

Dans cette série de quelques notes de lecture (livres, revues), il y a fort peu de textes BDSM, du moins au sens où on l’entend généralement.
Un rapport existe certes mais il est bien ténu : de BDSM, il n’y a (peut-être) ici que les yeux de la lectrice à l’être et à en parer les lignes qu’elle parcourt.
Mais n’est ce pas déjà bien suffisant pour vous donner une idée -BDSM ou pas- afin de savoir si tel ou tel de ces écrits peut vous intéresser et, le cas échéant, vous le procurer ?
 
 
Les Editions du Seuil, au moyen de leur collection de poche « Points », ont décrété « 2009, année érotique ».
On voudrait bien les croire. Hélas, rien n’est moins sûr en Sarkozie !
 
Pour l’éditeur, il s’agit d’une affaire commerciale.
Il publie en fait sous le label « édition limitée » à la couverture rose shocking (un rose fluo à faire hurler que je vous conseille d’aller voir vous-mêmes en librairie tant la résolution couleur des écrans est variable pour que je craigne de ne pas rendre ici justice par l’image à son mauvais goût) neuf livres qu’il déclare « érotiques ».
De surcroît, il les vend (dès lors que vous en achetez deux) avec un cadeau gadget sextoy de la marque « Yoba ». Nous sommes bien en Sarkozie, pas de doute !
Il y a tout de même une promesse éditoriale :
« 2009 année érotique » s'adresse à ceux qui ont «envie de piment et de licence, de chaleur et de chair, de stupre et de volupté, de badinage et de moiteur, voire de luxure ».
 
Des neuf titres, autant donner immédiatement la liste sans plus gloser : « La vie sexuelle de Catherine M.», « Le Boucher » d'Alina Reyes,  « Le Fouet » de Martine Roffinella, « Cons » de Juan Manuel de Prada, « Le Beau sexe des hommes » de Florence Ehnuel, « Les aventures de Minette Accentiévitch » de Vladan Matijevic, « Poésie érotique » sous la direction de Jean-Paul Goujon, « Putain » de Nelly Arcan et enfin les « Légendes de Catherine M. » signées de Jacques Henric, mari à la ville de Catherine Millet.
 
Au moins trois auteurs sont à découvrir pour qui ne les connaîtrait pas : le tandem Millet-Henric (à lire par curiosité intellectuelle ainsi, en duo, après qu’est retombée la fièvre de la décennie précédente autour du livre de l’épouse) et Alina Reyes (« Le boucher » étant son meilleur opus).
Je n’en ai donc acheté qu’un (pas de « jouet »  Yoba pour moi !), « Le fouet » de Martine Roffinella.
 
D’elle, je ne savais que deux choses : c’est qu’elle avait été une découverte exaltée par Bernard Pivot et que, quelques années plus tard, elle avait « mis en forme » le livre de Patrick Lesage, « Journal d’un maître » (ce dernier restant à ce jour l’un des deux titres les plus « gavants » qu’il m’ait été donné de lire dans ce domaine BDSM que l’on voudrait érotique).
Car pour finir, il n’est rien de moins érotique que les livres que le tam-tam du marketing promeut comme érotiques et cette joyeuse sélection du Seuil le prouve une fois de plus, précisément à travers les meilleurs de ces neufs volumes.
 
Si j’ai acquis « Le Fouet » dont je ne connaissais rien, c’est -bien sûr- pour son titre qui a évoqué pour moi le BDSM (il en fallait bien un dans la collection, pensais-je) mais aussi pour une page ouverte au hasard et qui m’a paru, ma foi, pas mal écrite…
 
La quatrième de couverture citait une phrase du livre : 
« Les fesses se ressemblent. Cependant je dois les fesser toutes. » (en commettant une erreur magistrale : en fait, à l'intérieur, l’auteure écrit « je dois les fouetter toutes ».)
 
A condition d’oublier mon contresens quant au BDSM et de ne pas chercher à en tirer un dogme du type « Tout enfant qui a été maltraité deviendra un adulte maltraitant » ou « Le masochiste est un sadique qui s’ignore et vice-versa », « Le Fouet » de Martine Roffinella peut se révéler d’une lecture intéressante (je l’ai lu deux fois avant que de me décider à en parler ici).
 
Ce texte a en effet une qualité indéniable : il est « écrit ».
Et, cerise sur le gâteau, au féminin.
 
Oh, ce n’est pas de la grande littérature (Martine Roffinella a déjà fait bien mieux que ça!) mais pour cette catégorie qui n’est -au final- ni érotique, ni pornographique mais simplement pour « regards avertis », on peut aller chercher des parentés avec « Truismes » de Marie Darrieussecq ou justement « Le boucher » d’Alina Reyes qui n’ont pas à rougir de ce qu’ils sont, ouvrages de femmes qui prennent la plume dans ce domaine souvent réservé aux hommes et où, d’ordinaire, les autres se contentent de reproduire le style masculin.
 
Oscillant entre un réel possible et un imaginaire omniprésent, « Le fouet » raconte l’histoire d’une jeune femme qui, pour avoir été dans son enfance humiliée par la fessée d’une institutrice sadique, abusée par les attouchements d’un ami de la famille et pour avoir vu, à l’adolescence, son homosexualité réprimée par son père, en vient à l’âge adulte à devenir - dans des scènes oniriques- le « chien » d’une compagne mal aimante jusqu’à ce que, mue par l’instinct, elle acquière un fouet dont elle va faire un instrument de destruction et de vengeance dans l’espoir de se « réparer », elle...
 
Récit de la solitude, de la détresse et du constat récurrent de l’abandon, de l’absence d’amour, « Le fouet », texte parfois sordide (je ne peux manquer de le dire pour être tout à fait honnête) doit, pour la puissance de son style, nous inciter à lui accorder une seconde chance de rencontrer le lectorat qu’il mérite à la faveur de cette édition en poche (il est paru en fait chez « Phébus » en 2000), d’autant plus que Martine Roffinella a depuis, derrière elle quelques autres titres et encore plus, nous l’espérons, au devant d’elle...  
 
 
« La souffrance des autres ne m’affecte plus. Un rempart de briques réfractaires s’est dressé entre leurs émotions et les miennes. Ils m’ont fabriquée monstre. Dans leur laboratoire expérimental ils m’ont greffé une disquette à la place du cœur. J’enregistre ; j’analyse ; je déduis ; je copie ; je conserve. On peut me « travailler », modifier mon code d’accès et même le contenu de mes projets. Mais on ne peut pas effacer ma haine. Le programme est déréglé. Ce qui n’était qu’une éventualité, un élément à ranger aux côtés de la joie, de la tristesse, la déception ou l’engouement, a soudain glissé dans la mémoire vive. Donc intouchable. C’est cette haine qui m’a rendue autonome et libre. Parce qu’elle n’a aucun objet précis. Elle s’attaque à tout, en bloc. Pas un nom. Pas un visage. Un ensemble. Une foule. L’humanité toute entière. ».
 
Martine Roffinella - « Le fouet » - Phébus 2000 et Réédition Points Seuil - Janvier 2009.