Extraits textes BDSM Petite anthologie de la littérature érotique Gilles Guilleron Editions First Février 2009 AURORAWEBLOG.

 

Dans cette série de quelques notes de lecture (livres, revues), il y a fort peu de textes BDSM, du moins au sens où on l’entend généralement.
Un rapport existe certes mais il est bien ténu : de BDSM, il n’y a (peut-être) ici que les yeux de la lectrice à l’être et à en parer les lignes qu’elle parcourt.
Mais n’est ce pas déjà bien suffisant pour vous donner une idée -BDSM ou pas- afin de savoir si tel ou tel de ces écrits peut vous intéresser et, le cas échéant, vous le procurer ?
 
 
Je fais partie d’une génération, la dernière sans doute, de lycéens qui toutes « séries » confondues, matheux ou littéraires, eurent comme outil pour se préparer à l’étude des Belles Lettres, les fameux ouvrages des « Lagarde et Michard », énormes pavés qui regorgeaient de textes, notes, biographies et points de repère.
Instruments de torture pour certains sans doute, coffre aux trésors pour d’autres, j’avoue en avoir un souvenir nostalgique qui me fait sourire de pitié lorsque j'aperçois aujourd’hui les étiques « manuels en vigueur pour le Français » dans les classes de lycée.
 
J’en ai gardé le goût (le vice ?) des anthologies.
Paradoxalement, c’est la plus petite d’entre elles (il s’agit du format) que je vous propose ici ce soir.
 
En février, les Editions First ont eu la bonne idée de publier cette « Petite anthologie de la littérature érotique » aux bons soins de Gilles Guilleron, Professeur Agrégé de Lettres, enseignant à l’Université de Lorient.
J’ignore tout de lui mais suis prête à parier qu’il a connu les « Lagarde et Michard » tant son recueil est une mine d'or qui, nonobstant son aspect minuscule, s’organise autour de…textes, biographies et points de repères !
 
La littérature érotique dont il traite est la nôtre et uniquement la nôtre, celle de la langue française.
Gilles Guilleron réussit le pari de n’y oublier presque personne et fait une sélection raffinée depuis les origines jusqu’au XIXème siècle.
C’est sur le XXème qui fut richissime pourtant qu’on pourrait lui reprocher quelques impasses : quid de Louis Calaferte et d’autres, et où est passée la poésie dont il a su rendre compte pour tous les siècles qui précèdent (certes, il cite le grand Guillaume, mais en matière d’Eros en vers, il n’y a tout de même pas qu’Apollinaire !) ?
 
Quant au XXIème, l’ouvrir sur une page du Goncourt de l’an passé (Gilles Leroy et son « Alabama song »), ce n’est pas très sérieux…En neuf ans seulement, Cupidon a décoché ses flèches sur des livres autrement intéressants.
 
Baste ! Laissons là la critique d’autant plus que ce petit bouquin (qui atteint de plus la gageure de coûter 2,90 €) m’a émerveillée.
 
Le risque couru lorsque l’on présente si vite (peu de pages) tant et tant d’extraits d’œuvres dites licencieuses (dont la plupart furent en leur temps mises à l’index -voir ma note précédente) est celui que court toute personne qui utilise le procédé de l’accumulation, au mieux il peut lasser, au pire il peut… laisser une impression non plus d’érotisme mais de pornographie.
 
Que nenni ! La grâce était avec Guilleron !
Et, allant de Chrétien de Troyes (et oui, la nuit de Perceval et de Blanchefleur !) jusqu’à « l’Apollinaire » (comme aurait dit Brassens), il ne fait qu’œuvre de bon goût, même s’il publie tout le monde (aussi bien Louise Labé que « Gamiani », Voltaire que Pierre Louys, Théophile Gautier que Sade, Mallarmé qu’Alfred Delvau, Ronsard que Bataille, Crébillon que Marguerite Duras, Baudelaire que Pierre Bourgeade…)
 
Les amateurs de BDSM trouveront là quelques pages de la « vraie » littérature qui les concerne (extraits du « Jardin des supplices » de Mirbeau, des « Onze mille verges » de « l’Apollinaire », de la « Maison de rendez-vous » de Robbe-Grillet et, bien sûr, de l’incontournable « Histoire d’O »)...
 
Quant à moi, en matière d’extrait, j’ai choisi « l’Apollinaire » et, comme deux textes sont proposés par Guilleron -le célèbre passage du « boutejoie » dans les « Onze mille verges » et un poème écrit dans les tranchées pour Madeleine qui commence par l’éloge de sa toison pubienne- j’ai, bien évidemment, par militantisme « pileux », opté pour le second !
 
 
« J’adore ta toison qui est le parfait triangle
De la Divinité
Je suis le bûcheron de l’unique forêt vierge
Ô mon Eldorado
Je suis le seul poisson de ton océan voluptueux
Toi ma belle sirène
Je suis l’alpiniste de tes montagnes neigeuses
Ô mon alpe très blanche
Je suis l’archer divin de ta bouche si belle
Ô mon très cher carquois
Et je suis le haleur de tes cheveux nocturnes
Ô beau navire sur le canal de mes baisers
Et les lys de tes bras m’appellent par des signes
Ô mon jardin d’été
Les fruits de ta poitrine mûrissent pour moi de leur douceur
Ô mon verger parfumé
Et je te dresse ô Madeleine ô ma beauté sur le monde
Comme la torche de toute lumière. »
 
Guillaume Apollinaire - « Le neuvième poème secret » - 1915.
 
 
 
 
 
 
 
PS : Et en parlant de « Belles Lettres » et d’enseignement, ceux qui veulent en savoir plus long sur la « mastérisation » des concours de recrutement des professeurs du secondaire, partie bien cachée de la réforme des Universités, peuvent aller voir