Ovide, Spinoza, Sade...Les textes maudits et tous les livres interdits Le Point Hors-Série No 21 Janvier-Février 2009.

 
Dans cette série de quelques notes de lecture (livres, revues), il y a fort peu de textes BDSM, du moins au sens où on l’entend généralement.
Un rapport existe certes mais il est bien ténu : de BDSM, il n’y a (peut-être) ici que les yeux de la lectrice à l’être et à en parer les lignes qu’elle parcourt.
Mais n’est ce pas déjà bien suffisant pour vous donner une idée -BDSM ou pas- afin de savoir si tel ou tel de ces écrits peut vous intéresser et, le cas échéant, vous le procurer ?
 
 
Parfois, une publication thématique en magazine peut mettre à la portée de tous une synthèse à laquelle on ne pourrait parvenir qu’après la lecture individuelle d’un grand nombre d’ouvrages.
Ainsi en va-t-il de la censure des livres au sujet de laquelle une épaisse bibliographie s’imposerait.
Le numéro 21 (janvier-février 2009) des « Hors-Série » du journal « Le Point » (« Ovide, Spinoza, Sade…Les textes maudits et tous les livres interdits ») nous assure cette synthèse sous la forme habituelle de ses « Hors-Série » : quatre parties, un article de fond sur chacune d’entre elles (ici, les époques) et ensuite une page consacrée à un livre ou à un auteur et, en face, des extraits de l’œuvre en question.
 
Dès l’Antiquité, dans cette partie du monde destinée à devenir le continent européen, c’est principalement la religion qui est l’objet de toutes les précautions, celle qui risque à chaque instant de conduire le pamphlétaire, le philosophe, à l’exil, au suicide ou à l’exécution.
La littérature licencieuse n’occupe alors encore qu’une toute petite partie des condamnations : ainsi, si « L’art d’aimer » ruina la vie d’Ovide, ce ne fut peut-être que par ricochet de ses opinions et fréquentations que nous qualifierions aujourd’hui de politiques.
 
Le Moyen-Age et le début des Temps Modernes sont l’époque des grands bûchers : il ne fait pas bon y être libre penseur, philosophe, savant et remettre en cause les dogmes de la chrétienté : les flammes -qui ne sont peut-être pas celles de l’Enfer- vous attendent.
Il ne suffit pas alors d’être croyant, il faut l’être selon la doctrine.
Les « déviants » mis à l’index furent presque toujours ceux contre lesquels on pouvait porter soit l’accusation d’hérésie, soit de matérialisme.
Le livre dit « obscène » n’est mis au pilori et son auteur brûlé que si, de plus, son texte se teinte d’anticléricalisme.
La satire politique encourt les foudres du Prince mais la censure n’est réellement active que quand elle se double du renfort d’une possible surenchère des dévots.
 
Au XVIIème, la tendance en vient à s’inverser.
Dès lors, la chasse est ouverte sur tous les fronts pour les deux siècles à suivre : toute libre pensée est menaçante, tout écrivain a une épée de Damoclès sur la tête, depuis le rédacteur d’ouvrages encyclopédiques jusqu’au polémiste libertaire en passant par l’auteur de textes libertins.
Tous mettent en péril et la religion et l’Etat (Sade en est le meilleur héraut).
 
Ce n’est qu’à compter du XIXème siècle -la chose étant encore plus frappante au XXème-  que la censure se focalise autour de deux types d’ouvrages, l’érotique (ou le pornographique) et le politique.
Le « dogme » civil reprend le flambeau de la croyance religieuse.
N’avaient-ils pas tous deux au fond, depuis la nuit des temps, les mêmes ennemis ?
« Les Fleurs du Mal » est dans un premier temps accusé d’ « outrage à la morale religieuse », chef d’inculpation bien vite abandonné pour celui de « d’offense à la morale publique et aux bonnes mœurs ».
 
Les régimes totalitaires du XXème vont ensuite s’intéresser à d’autres textes et leur censure politique être aussi virulente que l’avait été celle de l’Inquisition dans les temps reculés. 
 
Dans l’Après-Guerre, quelques livres érotiques connaîtront encore les foudres de la censure (voir le « scandale de « L’Histoire d’O », Bible du BDSM, ou encore celui de « Lolita »), tous feux qui s’éteindront bientôt -du moins en France- pour se recentrer autour des ouvrages traitant de la Guerre d’Algérie…
 
Aujourd’hui, après une période de quasi totale liberté de publication pendant « la parenthèse enchantée » des seventies et des eighties -et ce depuis l’affaire Dutroux- on en revient à une censure du texte dit érotique.
 
Ce n’est plus l’état qui a à l’exercer, ce sont les éditeurs eux-mêmes qui appliquent sur le conseil de leurs armées d’avocats une autocensure à la base : tout contenu soupçonné d’être pédophile est sujet à grande précaution.
 
De même, au fil des grandes « repentances » des pouvoirs en place sur les erreurs de l’Histoire du XXème, le monde de l’édition est d’une extrême prudence quant aux textes qui pourraient paraître « non politiquement corrects ».
 
Surviennent aussi d’autres nouveaux spectres de la « difficulté à publier » : n’oublions pas qu’une fatwa a été lancée contre Salman Rushdie, que Houellebecq a été poursuivi pour islamophobie, que la tête de Roberto Saviano, l’auteur de « Gomorra », a été mise à prix par la Camorra…
 
L’éditeur se garde aussi d’une nouvelle « peste », le « people » toujours prêt à dégainer s’il se sent attaqué dans sa vie privée -et des dommages et intérêts faramineux que celui-ci demande dans ce cas.
Inutile, je pense, de donner des exemples récents...
 
Dans cette revue que l’on pourrait nommer « Histoire de la censure littéraire en Europe », on s’aperçoit que de nos jours, la crainte de procès de la part d’associations ayant pignon sur rue tout comme les menaces des structures intégristes se substituent à la terreur que pouvaient provoquer les réactions des instances religieuses d’autrefois.
 
Mais qu’elle s’appelle censure ou autocensure, il est un (triste) fait : Anastasie a encore de beaux jours devant elle.
 
 
PS : Outre ceux déjà cités dans ma note, dans le désordre et de mémoire, quelques-uns des auteurs que vous rencontrerez (parfois avec étonnement) dans ce Hors-Série :
 
Ovide, Abélard, Pic de la Mirandole, Galilée, Savonarole, Giordano Bruno, Erasme, Machiavel, Rabelais, Montaigne, Montesquieu, La Fontaine, Spinoza, Beaumarchais, Diderot, Rousseau, Flaubert, Ernest Renan, Oscar Wilde, Henry Miller, Klaus Mann, Netchaiev, Soljenitsyne, Vassili Grossman, Boris Vian, Joyce, D.H.Lawrence, Henri Alleg, Pierre Guyotat, Nicolas Genka, Nicos Kazantzakis etc.