Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir ( si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

 

AURORA.

 

Pour C.

 

JALOUSIE ( septième partie et fin).

 

 

                                    

                       Tableau de Patrice MURCIANO         

 

 

 

LUI :

 

C’est fini. Nous partons. Je largue les amarres. A eux la nuit et ses faux semblants. A eux d’ orchestrer. Je leur laisse la place.

Je leur souhaite bien du plaisir.

Je me suis lassé. J’avais dit  que j’étais fait pour déplacer des montagnes. Pas pour rester ensuite là à les contempler.

D’autres défis m’attendent. Plus hauts. Ils ont plus d’importance, ils mettent plus d’enjeux sur la table.

Je reprends ma moto. Oui, c’est la meilleure image que je puisse trouver. Je vais vers les vrais risques. Ceux où l’on joue parfois sa peau.  Non vers des duels d’opérette.

 

Nous partons. Ils garderont de nous cette image figée de prêtre et de déesse. Nous reviendrons la leur montrer parfois. Ce sera ma façon à moi d’assurer comme un service après-vente.

Les ai-je jamais seulement estimés un peu ? Au moins certains ? Je ne sais pas, je ne crois pas… Aucun d’entre eux ne me valait. Ils me regretteront longtemps. Je le sais comme ils le savent déjà. Et le plus étrange, c’est que cela m’est indifférent. Je n’ai pas le plus petit pincement au coeur. C’est terminé. Cette page-là est tournée pour moi. Et du même coup leur page à eux aussi.

Ils étaient les acteurs de ce monde SM… Oui, mais moi, j’en ai été l’auteur et le héros aussi .

 

Tout ceci ne peut avoir qu’un temps de toute manière. Et la fin est venue.

Je fais toujours mes rêves étranges mais je me suis aussi remis à écrire et curieusement, j’ai retrouvé ma plume d’avant.

C’est bon signe. Oui, j’écris bien, j’écris vrai à nouveau…

Je vais quitter le monde des masques … Et cela me donne envie de sourire, je m’en aperçois dans ce que j’écris, j’ai à présent ce sens de l’humour, ce détachement que je n’avais plus ou peut-être même que je n’avais jamais eu.

 

Ils étaient des agneaux, certaines même de pauvres agnelles…

Non, non, je ne veux pas penser à l’autre. Je me refuse à savoir ce qu’elle devient.

Que l’on m’épargne le mot de remords, il ne conviendrait pas ici, je n’ai fait que ce que j’avais à faire.

 

Ils étaient des agneaux et même parfois des moutons. Voyez comme je sais rire de tout ça maintenant. Je m’en retourne vers le monde des loups. Des carnassiers terribles. Un monde que tous ceux-là qui croyaient m’entourer ne connaissent même pas seulement de loin. Dont ceux qui pensent « dominer » parce qu’ils tiennent certains soirs une cravache à la main n’ont pas la plus petite idée.

Mais là est mon vrai monde : là seulement s’exprime toute ma sauvagerie. Là seulement toute ma violence et ma brutalité sont les atouts vainqueurs du poker d’as.

 

Je pars. Elle vient avec moi.

Je la regarde dormir dans l’ombre tamisée de notre chambre. Sa poitrine se soulève régulièrement. Son souffle est paisible.

Ses bras sont ronds et ses épaules. C’est une belle femme blonde et ronde. Je n’ai jamais aimé les maigriottes brunes : elles me rappelaient trop ces filles anonymes drapées dans leurs duffle-coats sur ce campus maudit.

Même si déjà, je sais que dans ces lendemains se profileront tôt ou tard les silhouettes d’autres femmes, puisque je suis ainsi, être avec elle, m’en aller avec elle, c’est avoir, je l’espère, surmonté cette malédiction du passé et, qui sait, peut-être un jour, parvenir à me retourner pour le regarder en face et savoir enfin qui je suis et pourquoi je suis.

 

 

 

 

 

Re-post du texte du début d'après midi , ma gestion d'images m'ayant laissée alors en rade!