Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir ( si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

 

AURORA 

 

Pour C.

 

JALOUSIE ( sixième partie)

 

                  

                 TABLEAU DE PATRICE MURCIANO  

   

 

 

ELLE :

 

Il ne domine plus que moi… Du moins c’est ce qu’il dit.. Et je le crois… Il m’aide tout au plus lorsque c’est moi qui mène le jeu… Tous n’y verraient que du feu mais moi, je le sens absent. Il me contemple, c’est tout…

Je domine souvent avec élégance, dirais-je dans les lieux publics mais quand c’est en privé, je me laisse aller… C’est étrange, un peu comme si je voulais que de mes bras, de ma voix, de ma force, ce soient les siennes qui s’exhalent… Etre à son image, être devenue un peu lui…

Alors, de mes mots, de mes mains sortent des cruautés dont je ne me serais jamais crue capable et qui laissent les autres bouche-bée…

Je paye, je paye tout cela très cher lorsque nous nous retrouvons en tête à tête… Et pourtant, je le sens différent, avec une espèce d’inaccessibilité, non entre lui et moi mais entre lui et lui…

Et je souffre car lui qui m’a fait être, j’aimerais tant qu’il soit ou bien peut-être qu’il devienne puisqu’au fond de moi, je crois bien que le problème a toujours été là…

 

 

UN COUPLE QUI LES CONNAIT DEPUIS SIX MOIS :

 

Ils sont extraordinaires.. Quelle classe… Pour lui, il ne faut pas s’arrêter à ce que l’on voit, ce côté ours jovial et ironique… Vous savez, c’est un très grand monsieur, pas seulement cette grosse voix, non , une allure folle…

Et elle, quelle femme ! Une dominatrice hors pair, il faut la voir faire… Lorsqu’elle joue avec ma femme, c’est d’un beau à voir et j’aime me mêler à elles, ô jamais trop, je ne suis pas sûr que lui apprécierait mais quel style, bon sang, quel style… Nous sommes drôlement heureux d’être de leurs amis… Il faut dire qu’en vérité au delà des apparences, le vrai couple top du SM en France, c’est eux, alors pensez un peu, pour nous de les connaître, on est vraiment contents….

Je voudrais que nous devenions comme eux….Etre comme eux, c’est ça, oui… Ce serait tellement bien….

 

 

L’AUTRE :

 

Je ne l’ai pas revu. J’ai hiberné longtemps, longtemps…. Je ne suis plus allée à leurs soirées. J’avoue que j’ai parfois au début essayé de l’appeler… Des dizaines de fois par jour…Il avait changé de numéro de portable et là-bas,il me faisait répondre qu’il était absent par son secrétariat….

J’ai fini par être cette ligne vide, ce foulard dénoué… C’était écrit : il fallait qu’il fût à jamais ou mon bonheur ou mon malheur….

Il est donc mon malheur. Je vis. Je n’aimerai plus. Je me livre à des pantomimes de ce que nos fûmes… Je vis….

J’ai de leurs nouvelles : il y a toujours des personnes bien intentionnées.

Ils dominent à deux maintenant, paraît-il…. Parfois de manière extrême dit-on , parfois de façon plus « académique ». Je l’ai vue prise en photo à telle ou telle fête : elle est rayonnante…Moi, j’ai surtout reconnu en toile de fond ses jambes à lui, croisées… Il était assis sur un fauteuil… J’ai du perdre un peu le fil qui me faisait entrer en télépathie avec lui… J’ai du mal aujourd’hui même en me concentrant à parvenir à imaginer ce qu’il pense.

Tous disent qu’il a fait mon malheur , ils me regardent comme un champ de ruines et moi, j’ai pitié d’eux qui ne comprendront jamais combien il m’a donné à vivre, que c’est grâce à lui que j’existe…

J’ai pitié de tous ceux-là mais quand pour quelques secondes mon fil d’antenne se renoue vers lui, alors, quelque part, j’ai pitié d’elle aussi….