BDSM: Modeler, créer la soumise parfaite.

Image © Martin Armand.

  
 
 
J’ai déjà expliqué pourquoi, à un certain moment, j’ai choisi de ne plus intervenir que sur des forums BDSM étrangers, scindant ainsi mes écrits en deux parties, deux tiroirs bien distincts : mon blog, ce lieu intime où, fatalement, je suis protagoniste principale et ces autres endroits où « Aurora » est un pseudo quelconque parmi 5000 autres qui ne recouvre aucune particularité pour ceux qui lisent mes interventions au milieu des leurs.
Je n’imagine pas un seul instant, même si avant le blog c’est là que j’ai commencé à écrire sur le BDSM, de m’en revenir sur des forums français et d’y parler en tant qu’ « Aurora ».
C’est tout simplement impossible pour moi car j’aurais l’impression que les autres pensent que je viens là dans le but d’y tenir une forme de « leadership ».
 
Sur les forums, BDSM ou autres, il y a toujours des gens qui tiennent ce « leadership », soit qu’ils aient fondé l’endroit, soit qu’ils en soient les participants les plus actifs, les plus sensés, soit -pour ce qui est du BDSM- qu’ils soient connus du « Milieu » pour une raison ou une autre et que chacun leur reconnaisse une certaine autorité (ou une autorité certaine) de parole.
 
Je lis donc toujours avec attention les écrits d’une personne, un homme, un dominant, qui a « la bonne cinquantaine » et sans doute même un peu plus.
Si je lui reconnais ce « leadership », si ses propos m’intéressent, ce n’est peut-être pas pour la même raison que les autres.
Cela tient pour ma part au fait qu’il vivait aux USA dans les années où fut créé l’acronyme BDSM -au départ de certains groupes de réflexion ou de communautés militantes pour le SSC- et qu’il sait remarquablement en faire l’historique.
 
Pour le reste, lorsqu’il aborde les thématiques principales (règles du BDSM etc.), je ne suis pas d’accord avec lui 90 fois sur cent -mais qu’importe- ce sont mes antagonistes qui m’ont souvent plus aidé à me construire que ceux qui pensaient et vivaient comme moi.
Se positionner « contre », c’est avoir compris ce « pour » quoi l’on est.
C’est ce que j’appelle « se construire » ou maintenant pour moi « s’être construit ».
Ne plus être dans le no man’s land des doutes mais se connaître.
Ce qui ne signifie absolument détenir « LA » vérité mais simplement être sûr de la sienne.
 
Je lis donc maintenant cet homme depuis plus de trois ans et -entre accords et désaccords- je lui concédais jusqu’à ce soir mon respect total, ne l’ayant jamais vu écrire une sottise, un propos non pesé de hâbleur, quel que soit le contenu de ses dires (encore une fois la plupart du temps fort éloignés de mes idées).
 
Voici que gagné comme les autres -mais bien après tous- par l’envie d’ouvrir blog, il annonce la création du sien où je me rends à l’instant et me retrouve amèrement déçue.
 
Je le répète, je ne l’avais jamais lu proférer d’énormités.
Or, sur la principale plateforme de blogs du pays en question, il y a un petit carré qui implique l’obligation de se présenter.
 
Et sa « présentation » me frappe comme une immense désillusion.
Il écrit : « Machin-Truc, Dominant, Telle Ville : J’aime modeler une femme et créer la soumise parfaite ».
 
C’est ce « créer la soumise parfaite » qui m’a fait tomber de très haut.
Mais comment, après tant et tant d’années de pratique BDSM, peut-il encore cultiver ce non-sens de « la soumise parfaite » et de plus, prétendre la « créer ».
 
Eût-il ajouté « pour moi » ou « à mes yeux » (« créer la soumise parfaite pour moi/à mes yeux ») que je n’aurais rien trouvé à redire.
Il y a toujours du Pygmalion dans le dominant BDSM.
 
Mais là, il pêche par l’orgueil incommensurable de vouloir affirmer qu’il existe une « soumise parfaite » en soi et qu’il est, lui, capable de la créer.
 
Cela va tellement contre son habituelle pondération (d’accord avec lui ou pas, il n’est en général pas de ceux qui « assènent ») que je me dis dans un premier temps que, peu habitué au phénomène du blog, il n’a pas su se décrire et que ces mots emphatiques et prétentieux ont dépassé sa pensée.
 
Je lui envoie donc un message privé afin d’éclaircir la chose.
Il me répond que non, il n’y a aucune bévue, que c’est exactement ce qu’il voulait dire, que la « soumise parfaite » est une notion très concrète et tout à fait objective (« parfaite » pour lui mais donc aussi pour tous) et que sa longue expérience lui donne le droit de s’affirmer, contrairement à d’autres, rompu à la « créer », qu’il l’a déjà fait des dizaines de fois dans son existence.
 
J’insiste et lui demande « Mais après vous, ont-elles été parfaites aussi pour leurs « Maîtres » suivants, pensez-vous que votre idée de la « soumission parfaite » soit universelle ? ».
 
Il clôt la discussion en me rétorquant qu’il ne s’inquiète jamais de « l’après-lui » et que, se plaçant toutefois dans mon hypothèse, s’il se trouvait qu’elles n’aient pas été « parfaites » pour leurs « Maîtres » successifs, c’est que ceux-là n’auraient pas été de « vrais » Maîtres.
 
Nous y revoilà donc : « la soumise parfaite » et le « Vrai Maître ».
Les billevesées navrantes du BDSM.
 
Rien de bien nouveau sous le soleil mais j’espérais seulement que cet homme -d’après ce que je croyais en savoir-  ne mangeât pas à cette auberge.
 
Hélas !
 
« Leadership », « leadership », quand tu nous tiens, tu nous fais incontestablement grossir les chevilles ou la tête…