BDSM "Thérèse philosophe" dans "Romans Libertins du XVIIIème siècle" présentés par Raymond Trousson, Collection "Bouquins" chez Robert Laffont, réédition 2008.

Scan couverture des « Romans Libertins du XVIIIème siècle » - Collection « Bouquins » aux Editions Robert Laffont.

 
 
 
 
A pratiquer à petites doses ou bien à nuits sans sommeil comme le BDSM, cette somme de 1440 pages contenant les plus belles pièces des « Romans libertins du XVIIIème siècle », réunis dans la collection « Bouquins » chez Robert Laffont.
De Crébillon Fils avec ses  « Egarements du cœur et de l’esprit » jusqu’à Vivant Denon et son « Point de lendemain », il y a là un vaste panorama de ce qu’est la littérature du Siècle des Lumières, point d’orgue où le mot « libertin » change quelque peu de sens par rapport au siècle qui le précède et où « libertinage » se marie entièrement avec érotisme ou pornographie selon les cas.
 
Cette littérature libertine se situe toujours à mi-chemin entre Sade et Laclos qui, par leur passage à la postérité, ont éclipsé les autres auteurs de nos mémoires au fil des siècles.
Cette absence en a fait des écrivains « mineurs » et cependant, oscillant entre le « roman d'initiation » et l'« épistolaire », ils ont tous en commun une écriture remarquable, un style parfait à en rendre jaloux tous nos « scribouillards » de l’érotisme contemporain.
Sans doute est-il donc important de les redécouvrir aujourd’hui à travers cette réédition attendue, ne serait-ce que pour connaître ce que les deux sus-mentionnés avaient bien pu lire en leur temps…
 
A relire pour ceux qui les ont déjà « fréquentés », à explorer pour ceux qui n'avaient fait qu'en entendre les noms...
 
Noyé dans les pages des douze romans choisis par Raymond Trousson (qui en signe l’admirable préface) pour composer cette anthologie, se trouve le « scandaleux » titre « Thérèse philosophe » que certains attribuèrent à Diderot mais qui est plus probablement l'œuvre de Boyer d’Argens.
Un livre que Sade aimait.
 
BDSM oblige, j’en ai extrait comme citation une savoureuse scène où la flagellation apparaît comme... la médecine universelle !
 
 
 
Un vieux médecin se fait fouetter par la Bois-Laurier, remède souverain pour la génération.
 
« Un troisième (c’était un vieux médecin) ne donnait aucun signe de virilité qu’au moyen de cent coups de fouet que je lui appliquais sur les fesses, tandis qu’une de mes compagnes, à genoux devant lui la gorge nue, travaillait avec ses mains à disposer le nerf érecteur de cet Esculape moderne, d’où s’exhalaient enfin les esprits qui, par la fustigation mis en mouvement, avaient été forcés de se porter dans la région inférieure.
C’est ainsi que nous disposions, ma camarade et moi par ces différentes opérations, à répandre le baume de vie. Tel était le mécanisme par lequel ce docteur nous assurait qu’on pouvait restaurer un homme usé, un impuissant et faire concevoir une femme stérile. »
 
« Thérèse philosophe » (1748) - Boyer d’Argens ( ?) - in « Romans Libertins du XVIIIème siècle » - Collection Bouquins chez Robert Laffont - page 639 -1ère édition 1993 et réédition 2008.