Guido Crepax et Valentina photomontage de l'exposition "Valentina, la forma del tempo" à la Triennale Bovisa de Milan 2008 2009.

Guido Crepax "Valentina assassina" clin d'oeil hommage à John Willie 1974.

Guido Crepax Valentina au débotté 1969.

Valentina la plus célèbre héroïne de Guido Crepax.

 

Montage Photographique 1 : Valentina et Guido Crepax © Triennale de Milan 2008.

                                             Dessins 2, 3 et 4 : © Guido Crepax.
 
 
 
 
Si nous nous sommes rendus à Milan, c’était d’une part pour être silencieusement présents et soutenir ainsi le Congrès sur le BDSM qui a finalement eu lieu à l’Université Bicocca du 30 octobre (peu de participants mais un débat très chaleureux qui aura permis au KOB d’atteindre son objectif : dépoussiérer les cerveaux quant à un éventuel « lien » entre BDSM et paraphilie) mais surtout d’autre part pour voir l’exposition « Valentina, la forma del tempo », autour des bandes dessinées de Guido Crepax à cinq ans de la disparition de celui-ci, exposition qui se tient dans le cadre de la « Triennale » de la ville depuis le 21 septembre et ce, jusqu’au 1er février 2009.
C’était la première fois que dans un lieu immense et avec tous les moyens visuels, auditifs et télématiques  possibles (cent fois mieux utilisés qu’à l’expo Gainsbourg de la Cité de la musique), on pouvait assister à un inventaire complet et une analyse de l’œuvre de Crepax placés sous l’égide du temps sous toutes ses formes, comme le titre laissait l’entrevoir.
 
Valentina, c’est l’une de mes pierres angulaires.
J’ai souvent essayé d’expliquer ici que, pour moi, le SM ou le BDSM ne sont pas une chose innée (donc encore une preuve de plus que, n’étant pas « génétiques », ils en sont d’autant moins une « maladie »…)
Ce que l’on sent, ce que l’on voit depuis que l'on est tout petit et qui nous intrigue est ce qui fondera ou ne fondera pas notre sexualité (un peu comme les images de Fellini hier au soir qui étaient au fond de lui mais qui n’en firent pas pour autant un « adepte »).
Moi, j’ai eu les indiennes ligotées au poteau des jeux de mon enfance, les films de la série des « Angélique » à la même époque et, à l’adolescence, la lecture des compagnons de route du Surréalisme tels Mandiargues ou Leiris et…la Valentina de Crepax.
Tout cela se mêlant en un tissu confus qui me faisait éprouver des émotions bien particulières sur lesquelles je ne mettais pas de nom.
On appelle simplement cela des ressentis.
Même à la lecture de l’ « Histoire d’O » et de quelques autres lorsque j’avais seize ans, je n’ai pas nommé les choses.
C’est venu quelques années plus tard et j’ai mis sous le boisseau.
Quant à passer aux actes, j’ai attendu la bonne trentaine…
Mais on peut dire que très tôt, je m’étais fait mon viatique et que je m’étais reconnue.
On n’a pas besoin du mot exact pour se reconnaître.
Guido Crepax m’avait donné les images nécessaires.
Autrefois, je me suis « pensée » Valentina…
 
Crepax, diplômé en architecture n’exerça jamais mais fut designer et publicitaire avant de devenir le dessinateur que l’on connaît, d’abord dans le mensuel « Linux » puis en albums.
Valentina est son héroïne la plus célèbre avec son visage si proche de celui de Louise Brooks et sa plastique impeccable.
Elle n’est pourtant pas la seule : il y aussi Bianca et d’autres, ainsi que les illustrations faites pour la « Justine » de Sade, la « Vénus à la fourrure » de Sacher-Masoch et encore… « L’Histoire d’O ».
 
Seulement, Valentina fut sans doute la « préférée » de Crepax  puisqu’il lui consacra la plupart de ses scenarii durant plus de trente ans, depuis sa « naissance » en 1965 dans « Linux ».
L’exposition est organisée autour de nombreuses « pièces » (une dizaine), telle une maison, des « pièces » qui parlent toutes du temps.
Je ne vais pas en faire la liste mais m’attarder sur quelques points car, si vous devez aller en Italie, je pense que cette visite s’impose, tant je n’avais jamais vu une « mise en oeuvre » (dans un local de type pavillon) structurée de la sorte et quasiment exhaustive.
 
Un parcours lumineux et féerique que l’on a du regret à quitter quand on l’achève.
 
Une salle est consacrée au « temps du réel » : Valentina vit à Milan qu’elle parcourt en voiture, métro ou à bicyclette.
Les images de la ville, celles des dessins de Crepax mais aussi des photos et des films des trois décennies concernées sont mises en place en de grands panneaux.
Elle est photographe de mode : son studio est reconstitué avec les meubles de l’époque, les objets, les modèles de vêtements présents dans les bandes dessinées de Crepax.
Sa maison aussi est là, par exemple sa bibliothèque de bourgeoise cultivée avec les ouvrages des philosophes et des sociologues fameux de son temps.
 
Une autre salle est dédiée au « temps onirique », celui où Valentina, dans ses rêves, affronte Baba Yaga, son antagoniste féroce, celui aussi où, du monde des songes citant les contes de fées elle passe en un éclair à d’autres rêves, érotiques et brûlants, qui l’entraînent souvent dans des rôles de victime ou d’égérie SM car Crepax rend de fréquents hommage à John Willie et à sa « Gwendoline » en ce domaine.
 
« Le temps de la mémoire » reconstruit le bureau de Crepax, « Le temps de l’Histoire » présente notamment l’amour de Valentina pour la révolution russe ainsi que d’autres périodes comme celle de la guerre du Vietnam, « Le temps retrouvé » donne à voir  -à travers des trous de serrure- les fameuses illustrations pour les livres érotiques célèbres cités plus haut, auxquelles s’ajoutent des planches de « Dracula », de « Frankenstein », des « Mémoires de Casanova » et j'en oublie...
 
Et il reste d’autres « formes du temps » à visiter dans d’autres salles...
Mais je m’arrête ici.
 
Ainsi, tous « les temps » de Guido Crepax nous sont rendus avec une clé de lecture bien particulière.
Et celui de Valentina, féministe, soumise et combative nous revient aussi en mémoire.
Pour nous rappeler -si besoin était (mais cela le paraît parfois pour certain/es)- que le BDSM et la soumission érotique n’empêchent pas d’être une femme à part entière.