Vincent Van Gogh "Portrait de Madame Ginoux en arlésienne" 1888.

Picasso "Portrait de Lee Miller en arlésienne" 1937.

A - « Madame Ginoux en arlésienne » - 1888 -Vincent Van Gogh.
 
B - « Portrait de Lee Miller en arlésienne » -1937 -Pablo Picasso.
 
 
 
Où l’on retrouve Lee Miller…en arlésienne telle que la voyait Picasso !
 
 
Et voici la note qui fait un « couac ».
La « not BDSM ».
Car Picasso -puisque c’est de lui qu’il s’agit- s’il fit pleurer bien des femmes, n’eut pas besoin de se servir d’un martinet.
Il ne fit pas assez attention à elles tout simplement.
Il n’était né que pour la peinture.
Quant il a écrit, ce n’était que sur la peinture.
Et sa très longue vie -qui couvre presque un siècle- il l’a passée à peindre.
 
« A l’âge d’un gosse, je faisais des dessins académiques. Leur minutie, leur exactitude m’effrayaient. »
Pablo Picasso.
 
« Académique », cela vient de la première « Académie » de Peinture fondée par Vasari en 1563 à Florence.
La peinture, la sculpture, l’architecture sortent alors d’un cadre corporatiste pour accéder au statut d’activités que l’on nommerait aujourd’hui « professions libérales ».
Un peu comme le passage d’un régime artisanal à un régime professionnel organisé.
A travers toute l’Europe et durant trois siècles, les Académies vont fleurir jusqu’à ce que les premières avant-gardes les remettent en cause et les dénoncent comme « la peinture officielle »…
 
Elles auront pourtant permis à de nombreuses individualités au talent d’exception de se faire connaître.
Car en peinture, au fil des siècles, il y a eu « Les Maîtres » (et ceux-là n’ont rien non plus de BDSM).
Rejeter « l’académisme », c’est non seulement le connaître mais aussi être capable de le reproduire pour mieux le dépasser. Voire le réinventer par amour puisque comme écrivait Henry Miller (qui savait de quoi il parlait) : « Peindre, c’est aimer à nouveau ».
 
C’est de cela et de ceux-là (Les Maîtres) dont il est question à travers les trois expositions que Paris accueille en cet hiver : « Picasso et les Maîtres » au Grand Palais, « Picasso/Delacroix : Femmes d’Alger » au Musée du Louvre et enfin « Picasso/Manet : Le Déjeuner sur l’Herbe » au Musée d’Orsay, toutes trois du 8 octobre 2008 au 2 février 2009.
 
Comme pour toute exposition majeure, commençons par un conseil pratique : les billets coupe-file ne dispensent pas d’au moins deux heures d’attente et il vaut mieux si l’on veut éviter les visites bondées programmer tôt le matin ou tard le soir.
Ce serait dommage de connaître de mauvaises conditions pour voir ce que vous ne verrez qu’une fois dans votre vie, dites-vous le bien !
 
Deux cent dix toiles au Grand Palais, des œuvres qui pour la plupart ne voyagent presque jamais venues des quatre coins du monde : Picasso et ces peintres qui l’ont transporté, qu’il a triturés, charcutés, leur empruntant ici une couleur ou l’idée du sabot d’un cheval, là une posture de main de femme et là encore une silhouette entière ou la composition totale d’une toile.
 
« Qu’est-ce qu’au fond qu’un peintre ? C’est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu’il aime chez les autres. C’est comme ça que je commence et puis ça devient autre chose. »
Pablo Picasso.

 

 

   

     Francisco Goya "La Maja Desnuda" 1800.

      Picasso "Grand nu couché ou Femme avec un chat sur les pieds" 1964.

  A - « La Maja Desnuda - 1800 - Francisco Goya.

                         B - « Grand nu couché ou Femme au chat » - 1964 - Pablo Picasso.

 
 
On voyage en écoutant en sourdine les dialogues de Picasso et Rembrandt, le Greco, Manet, Goya, Poussin, Delacroix, Ingres, Cézanne, Van Gogh, Gauguin, Zurbaràn, Velasquez, Titien et j’en oublie…
Autoportraits, natures mortes, vanités, portraits, nus, et encore les récits majeurs de la peinture comme « L’enlèvement des Sabines » ou les amours de « Raphaël et de La Fornarina » ainsi que la série « hispanisante » des Ménines…
  
Etranges dialogues qui font que l’un ne « copie » pas, que les autres ne protestent pas, n’invoquent pas la spoliation tant ils savent qu’une fois passée à la « moulinette » Picasso, leur tableau n’est plus « ce » tableau mais une autre œuvre à part entière.
Winckelmann disait qu’il fallait « imiter pour devenir inimitable ».
C’est sans doute là la leçon qu’il faut tirer du rapport de Picasso et des « Maîtres » : il fonctionne comme l’abeille bien-aimée de Montaigne qui produit son miel en butinant les fleurs et devient une seconde nature, celle d’un artiste qui, étant allé glaner quelques épis dans les champs des autres, moud ensuite sa farine au moulin de sa propre originalité.
« Picasso et les Maîtres » ou l’art par la métamorphose.
 
Au bout d’un moment passé dans les vastes salles, la magie s’accomplit, on finit par voir, oui, où est « l’emprunt » mais il apparaît de moins en moins important, se gomme même peu à peu totalement pour ne laisser place qu’à la scène dessinée par Picasso.
J’ai bien écrit « dessinée » car Picasso fut avant tout un génie du dessin et dans toutes ses « réinterprétations », c’est celui-ci qui, épousant la couleur, au final donne les clés de ce que Clouzot appela justement dans son film « Le mystère Picasso ». .
 
« Qu’il n’y ait pas le dessin d’un côté et la couleur de l’autre. Ou le dessin de la couleur et la couleur du dessin. Il faut qu’à la fin quand on regarde le dessin et la couleur, ce soit la même chose. »
Pablo Picasso.
 
C’est particulièrement flagrant au Louvre où, à travers l’une des variations de 1955 autour des « Femmes d’Alger dans leur appartement » de Delacroix, il réussit une peinture solaire de Jacqueline, sa nouvelle compagne.

 

                  Eugène Delacroix "Femmes d'Alger dans leur appartement" 1884.

Picasso "Femmes d'Alger" 1955.

A - « Femmes d’Alger dans leur appartement - 1884 - Eugène Delacroix.

B - « Femmes d’Alger » - 1955 – Pablo Picasso.

      

Car l’amour et l’érotisme sont l’un des moteurs de l’œuvre de Picasso, on en voudra pour preuve l’exposition du Musée d’Orsay autour du « Déjeuner sur l’Herbe » de Manet.
Pendant plus de 20 ans, de 1954 à 1970, il va accumuler ce que vous pouvez y voir : toiles, dessins, céramiques, sculptures, gravures, autant de variantes pour une obsession : rendre Pica-sien le tableau original.
Et n’est-ce pas chose faite en 1970, trois ans avant sa mort lorsqu’il parvient dans cette petite eau-forte méconnue à en donner cette version sublime et sublimée : le peintre et son modèle devant le tableau qui représente une scène bien plus transgressive, bien plus érotique que celle de Manet ?
La somme finale : un tableau dans le tableau.
Et ainsi, Picasso « entre » enfin en personne dans « Le Déjeuner sur l’Herbe » qui l’a tant intrigué…
 
 
 
Edouard Manet "Le Déjeuner sur l'Herbe 1863.
 
Picasso "Le Déjeuner sur l'Herbe" petite eau forte érotique de 1970.
 
                                A - « Le Déjeuner sur l’Herbe » - 1863 - Edouard Manet.
 
                                 B - « Le Déjeuner sur l’Herbe - 1970 - Pablo Picasso.
 
 
Nous arrivons à la conclusion et tout ceci ne doit pas nous faire oublier que nous parlons ici du cadre bien précis d’une exposition avec un thème quand bien même celle-ci se répandrait sur trois sites.
Picasso eut d’autres sources d’inspirations.
Comme la plupart des Surréalistes, il collectionna les masques africains primitifs et ce sont ceux-ci que l’on retrouve comme « citation » dans « Les Demoiselles d’Avignon » (hors sujet et donc non présentées à Paris cette année).
Par ailleurs, dans une œuvre plus que super-prolifique, les « emprunts » aux « Maîtres » n’empêchent pas que Picasso ait aussi produit dans l’inventivité personnelle et bien plus souvent que cette note sur le sujet de cette exposition ne pourrait le donner à penser.
 
Et à la fin ?
A la fin, il meurt en 1973, lui le Génie, lui, le Sans Pareil, l’Ogre qui dévorait les toiles d'autrui, le révolutionnaire de la peinture, l’inventeur du cubisme, le communiste, le peintre de « Guernica ».
 
Le « Maître » du 20ème siècle.
Il s’endort en sa 93ème année, celui qui écrivait :
 
« L’art est subversif. C’est quelque chose qui doit être libre. L’art, comme le feu de Prométhée, doit être dérobé pour que l’on s’en serve contre l’ordre établi. Sinon, il devient le nouvel académisme ».
Pablo Picasso.