Serge Gainsbourg dandy à la canne et Jane Birkin en 69 l'année érotique.

L'homme à la tête de chou une sculpture de Claude Lalanne exposition "Gainsbourg 2008" Cité de la musique Paris.

Origine des photos ci-dessus :

A- « Serge Gainsbourg, dandy à la canne et Jane Birkin en 1969, l’année érotique ». Photo © François Corbineau.
B - « L’homme à la tête de chou », une sculpture de Claude Lalanne. Photo © Patrick Kovarik.
 
 
 
BDSM ?
« No comment ! » aurait-il répondu, j'en suis sûre.
Mais quand Jane Birkin dans l’entretien qu’elle a accordé au Nouvel Observateur du 16 octobre 2008 déclare « Ce qu’il adorait, c’était les chambres de passe, les lits en fer, les menottes, les corps blêmes, les lumières lugubres, les bas noirs et les dessous de soie » et que l’on se souvient de quelques séances de photos (celle notamment pour la pochette de « Lolita go home »), on se pose rêveusement la question.
Pure raison d’une certaine esthétique de l’érotisme ou au moins ce que l’on nomme une « attirance pour le BDSM », de celles que l’on ne réalise pas ?
 
Ce n’est certes pas l’exposition de la Cité de la Musique qui lèvera le doute même si l’on y apprend que Serge Gainsbourg tint le rôle du Marquis de Sade dans le « Valmy » d’Abel Gance et que l’on y entend quelques bribes de paroles équivoques lancées dès le temps des premiers succès comme le refrain ironique de 1959 :
« L'amour à la papa,
Dis-moi, dis-moi,
Dis moi, ça ne m'intéresse pas ! »
et les mots ambigus de « L’eau à la bouche » en 1960 :
« Je te veux confiante je te sens captive
Je te veux docile je te sens craintive. »
 
Gainsbourg est un personnage suffisamment emblématique pour avoir touché au cœur plusieurs générations et c’est une chance pour cette exposition : chacun y vient en apportant avec lui « son » Gainsbourg, c’est un peu l’auberge espagnole, peu de chances donc d’être déçus même si…
 
Même si le travail de commissaire de Frédéric Sanchez est tout à fait de la génération télématique : 24 colonnes totems, 48 hauts parleurs pour 500 mètres carrés !
Des colonnes où voisinent photos, vidéos, textes, des hauts parleurs qui diffusent une bande où se mêlent voix célèbres qui « disent » Gainsbourg, musiques classiques dont il s’inspira et ses propres morceaux bien sûr...
Entrelacements, correspondances, rapprochements entre musique, mots et images...  
Peut-être un peu trop pour ne pas finir dans une sorte de brouhaha ou de vertige pour ceux de mon âge qui ne savent pas faire dix choses à la fois et ne pratiquent pas le zapping.
 
Rien à reprocher du point de vue de la chronologie par contre.
Gainsbourg est présenté ici par tranches de vie : « La période bleue » (non, je ne confonds pas avec l’expo Picasso !) des débuts marquée par le passage initiatique du classique au jazz à travers la relation avec Boris Vian, « Les idoles » ou le temps que Gainsbourg passa à faire chanter les yéyés en gardant pour lui-même des perles qui ne rapportaient que bien peu, « La Décadanse » ou les années Jane, les plus belles et les plus heureuses et enfin « Ecce homo », l’ère de « Gainsbarre ».
 
Reste aussi tout au bout du parcours l'agréable mise en valeur de quelques objets venus de la rue de Verneuil et très chargés de sens lorsqu’on sait que Charlotte Gainsbourg a dû, la taille de la maison ne le permettant pas, renoncer à faire classer celle-ci comme musée.
Aurons-nous l'occasion de les revoir?
 
On s’attarde donc autour de « L’homme à la tête de chou », sculpture de Claude Lalanne qui figurait sur la pochette de l’album auquel elle donna son nom, tout comme devant « Mauvaises nouvelles des étoiles », le tableau de Paul Klee qui inspira lui aussi un autre album.
 
On découvre un autoportrait très réussi, l’un de ses rares tableaux de jeunesse que Gainsbourg n’ait pas brûlé et l’on regrette le peintre qu’il aurait pu devenir si la chanson, cet art qu’il définissait comme « mineur », ne l’avait pas emporté dans son tourbillon.
 
Un Dali aussi témoigne de son goût très sûr.
Les années Jane, les années Jane, vous dis-je…
 
En fin de compte, cette exposition fonctionne un peu à la manière d’un collage ou plutôt d’un « slide show » puisqu’elle est toute pensée autour des nouvelles technologies.
 
Il y a beaucoup à voir à Paris en ce moment (Le Futurisme à Beaubourg, Emil Nolde au Grand Palais, Mantegna au Louvre sans compter Picasso et le Mois de la Photo).
On peut donc parier que la Cité de la musique ne sera fréquentée que par des « aficionados ».
Et comme ceux qui furent « fans » de Gainsbourg le furent (et le restent) pour de bon, en ce sens et malgré le bémol que j’ai pu émettre plus haut, Frédéric Sanchez a, de toute façon, d’ores et déjà gagné son pari de nous restituer un Gainsbourg vivant et tel que nous l’aimions, lui qui sut quasi instantanément coller au plus près à chaque tendance musicale ou technique dans son œuvre artistique.
 
Un « Gainsbourg 2008 ».
 
 
 
 
 
NB : Autour de cette expo, beaucoup de manifestations musicales dont mon grand regret, avoir manqué le 23 octobre la représentation de « Histoire de Melody Nelson », dirigée par Jean-Claude Vannier en personne…