Lee Miller photographiée par Man Ray en 1930.

Portrait solarisé de Meret Oppenheim par Lee Miller en 1930.

"La main qui explose" une photographie d'inspiration surréaliste Lee Miller 1930.

"Portrait de l'espace" une photographie égyptienne de Lee Miller 1937.

"The shadow of great pyramid" une photographie de Lee Miller en Egypte en 1938.

Pique-nique des Surréalistes à Mougins photographie de Lee Miller en 1937.

"Fire masks in London" Lee Miller 1941.

Human remains in Buchenwald by Lee Miller 1945.

Gardien SS noyé à Dachau Lee Miller 1945.

Lee Miller retrouve Picasso dans l'atelier du peintre lors de la Libération de Paris 1944 photographie dont l'auteur demeure anonyme.

 

Liste des photographies ci-dessus :
 
A – Lee Miller en portrait  - 1930 © Man Ray.
B - Portrait of Meret Oppenheim -1930 - © Lee Miller.
C - La main qui explose -1930 - © Lee Miller.
D - Portrait de l’espace - 1937 - © Lee Miller.
E - The shadow of great pyramid - 1938 - © Lee Miller.
F - Pique-nique des amis surréalistes à Mougins -1937 - © Lee Miller.
G - Fire masks in London - 1941 - © Lee Miller.
H - Human remains in Buchenwald – 1945 - © Lee Miller.
I - Gardien SS mort noyé dans un canal à Dachau - 1945 - © Lee Miller.
J - Lee Miller et Picasso lors de la Libération de Paris - 1944 -© Anonyme.
 
 
 
BDSM or not?
Là est bien la question en cette nuit.
 
Des rumeurs prêtent à Lee Miller (mais ne prête-t-on pas qu’aux riches ?) le fait qu’outre avoir été la muse, l’égérie, l’amante, la compagne, l’épouse de maints hommes célèbres, elle ait pu être aussi la « Maîtresse » -au sens BDSM- de quelques-uns d’entre eux.
C’est sans doute possible puisqu’il est acquis qu’elle fut l’une des « figures » du Surréalisme et que les Surréalistes etc. etc. (voir ma note d’hier).
C’est surtout sans importance aucune car rien dans son œuvre que l’on peut voir actuellement au Jeu de paume (Exposition « L’art de Lee Miller ») et ce jusqu’au 4 janvier 2009 n’a trait à ce sujet.
 
La très belle américaine commença sa carrière dans la photographie comme modèle de son père puis comme mannequin.
Ce n’est qu’en venant à Paris et en rencontrant Man Ray avec qui elle vécut une histoire d’amour et de jalousie féroce durant trois ans, de 1929 à 1932, qu’elle passa derrière l’objectif et devint photographe tout en continuant à poser.
Les yeux des « Larmes » de Man Ray, la bouche peinte de « A l’heure de l’Observatoire », ce sont ceux de Lee Miller.
Et tant d’autres choses encore dans les oeuvres les plus connues de Man Ray.  
 
C’est par le hasard d’un geste maladroit de Lee qu’ils découvrent ensemble le procédé de la solarisation qui va devenir leur marque de fabrique de ces années-là.
Lee Miller l’exploite dans le « Portrait de Meret Oppenheim » (1930), tout comme elle s’empare de l’inspiration surréaliste pour « La main qui explose » (même année).
En 1930 toujours, elle est « La Muse » dans le film « Le sang d’un poète » de Cocteau -dont on voit un extrait dans l’exposition- amputée de ses bras, corps et visage blanchis de poussière de plâtre, véritable Vénus de Milo et quintessence de la beauté.
 
Après l’inévitable rupture avec Man Ray, elle regagne New York où elle se fait photographe portraitiste jusqu’en 1934 lorsqu’elle épouse un égyptien fortuné et part vivre au Caire.
C’est là qu’elle réalisera ceux qui sont sans doute ses meilleurs clichés, ceux d’une Lee Miller artiste lumineuse et visionnaire [« Portrait de l’espace » (1937) et « The shadow of great pyramid » (1938) par exemple.]
 
Dès 1937, elle est revenue par intermittences à Paris où elle a connu Roland Penrose et revu ses amis surréalistes [« Pique-nique à Mougins » (1937) où l’on reconnaît Paul et Nusch Eluard, Man Ray et Ady Fidelin, sa compagne d’alors, ainsi que Penrose].
 
En 1939, elle divorce, quitte Le Caire pour s’établir à nouveau à Paris avec Roland Penrose.
En 1940, elle part pour Londres avec ce dernier et devient photographe officielle pour Vogue.
Elle commence à couvrir les événements liés à la guerre (« Fire masks in London » de 1941).
 
Après 1942, elle est l’une des deux seules femmes photographes accréditées par L’US Army et elle va alors commencer ses séries de reportages sur la seconde guerre mondiale qui l’amèneront des bombardements de Saint-Malo au Débarquement, à la Libération de Paris puis jusqu’à Buchenwald et Dachau.
 
Le curateur de l’exposition a jugé bon de présenter ces dernières images non sur les murs du Jeu de Paume mais dans des bacs où ils figurent sur les originaux des journaux qui les ont publiés.
Il s’en explique par la tonalité esthétique du reste de l’exposition mais aussi par le désir de les proposer sur le support papier qui les vit paraître à l’époque [« Human remains in Buchenwald », 1945 et « Gardien SS mort noyé dans un canal à Dachau », 1945 pour mémoire].
 
Cela n’est pas vraiment gênant en soi.
Mais cela donne le sentiment de scinder l'oeuvre de Lee Miller en trois axes: la part surréaliste, le côté glamour des années mode et enfin ce dernier versant, le plus réaliste, si réaliste même que -quelque part, qu'on le veuille ou non- on l'écarte un peu du « beau »... 
 
Il est vrai aussi que cette expérience, ce vécu de témoin, quoi qu’en disent les fâcheux, allait fondamentalement changer la vie de Lee Miller, en ce qu’elle stoppa net sa carrière de photographe « artiste ».
 
Après la guerre elle épouse Penrose, a un fils et continue à travailler mais de manière très sporadique pour les pages « Fashion » de Vogue, contribuant surtout aux travaux de biographe de son mari sur ceux qui furent autrefois ses amis les plus proches, Man Ray et  Picasso.
Lee Miller est décédée en 1977.
On peut lire sa vie, de façon très romancée, dans « L’œil du silence » de Marc Lambron qui obtint avec ce livre le Prix Fémina 1993.
 
L’extrême beauté de Lee Miller, son destin tout à fait exceptionnel ont, jusqu’à présent, totalement éclipsé dans les esprits qu’elle fut une artiste à part entière et une photographe remarquable.
C’est un fait que beaucoup encore ne veulent aujourd’hui lui reconnaître.
Espérons que l’exposition du Jeu de Paume leur dessille enfin les yeux et que « L’art de Lee Miller » trouve la place qui est la sienne…
 
Si j’ai voulu en « ouverture » un portrait de Lee Miller par Man Ray plutôt que l’un des nombreux autoportraits (parfois magnifiques) qu’elle fit d’elle-même, ce n’est pas un hasard mais une manière de rattacher cette note à celle qui la précède.
 
De la même manière, terminer par cette photo d’un anonyme qui « captura » Lee Miller et Picasso dans l’atelier du peintre en 1944 lors de la Libération de Paris et qui fut l’occasion d’un mot célèbre du prodige: « Paris est libéré et voici que vous êtes le premier soldat allié que je rencontre ! » n’est pas non plus purement fortuit : cela annonce déjà ma prochaine note et…notre expo suivante.