BDSM AURORAWEBLOG René Gruau femme au bandeau publicité Rouge Baiser 1949.

Publicité « Rouge Baiser » (1949) © René Gruau.

 

BDSM AURORAWEBLOG Bâillon John Willie parodie affiche Rouge Baiser de René Gruau pour la revue Bizarre No 10 1952.

Couverture Revue « Bizarre » No 10 (1952) © John Willie.

 

  

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Jeanne demandait joliment hier si le bâillon pouvait devenir bandeau.
S’il s’agit d’un foulard, bien sûr que oui.
Mais sinon, c’est vers un autre des jeux BDSM que nous allons, un autre des délicieux sévices de privation de l’un des sens : le regard cette fois.
Avec le bandeau, on ne voit plus mais on écoute et on sent.
On entend le moindre déplacement de l’air, on perçoit la plus petite odeur qui se répand.
On peut parler, dire son inquiétude ou son plaisir.
On est surtout dans la crainte de l’attente…puisque chaque bruit, chaque effluve nous met sur une piste qui va se révéler bonne ou erronée mais qui nous entraîne elle aussi, comme le bâillon d’hier, au pays de l’imaginaire.
Choisir l’un ou bien l’autre sera question de feeling. Ou plutôt de partage puisqu’à la fin, c’est l’Autre qui choisira pour nous…
 
J’en reviens donc à John Willie.
Et afin de narrer mon histoire, tout d'abord à René Gruau pour me permettre de mieux commenter ces deux images posées là en double miroir.
A la fin des années 40, l’illustration tient encore la dragée haute à la photographie en matière de mode et de publicité.
C’est en dessinant l’affiche du parfum « Miss Dior » en 1947, que l’affichiste René Gruau -déjà connu en France pour son style concis- arrive à la consécration internationale.
Deux ans plus tard, en 1949, il est choisi par « Rouge Baiser », le fameux rouge à lèvres indélébile lancé en 1927 par Paul Baudecroux , ce rouge qui « résiste à tout, même au baiser », pour faire une affiche marquant le « revival » d’après-guerre du produit et son expansion au-delà de nos frontières.
En quelques traits de crayon, il  esquisse ce visage épuré d'où nous sautent aux yeux cheveux fauves et bouche incarnat, le regard étant celé par le bandeau qui le masque.
Il ne fait -somme toute- que mettre en œuvre l’un des préceptes du maquillage valable encore aujourd’hui : à bouche très vivement fardée, regard infiniment discret.
 
Mais ici, le regard féminin se fait plus que discret et on se demande quels méandres de ses fantasmes lui ont inspiré cette belle rousse aux yeux bandés qui, dans son humble sobriété, ferait un magnifique emblème de soumise.
Pourtant le BDSM n’existe pas encore !
John Willie, si.
 
Et lorsque « Rouge Baiser » s’envole pour recevoir un accueil commercial phénoménal à travers le monde, l’image publicitaire du précieux raisin ne lui échappe pas.
C’est ainsi que, trois ans plus tard, il la parodie comme il aime à le faire sur la couverture de sa revue « Bizarre ».
Toujours rousse, toujours en foulard, mais cette fois-ci, le fin tissu noir se transforme en bâillon pour la belle.
Et l’image devient très vite l’une des « icônes » du SM d'alors.
 
Mais ce pastiche ne signifiait-il pas que, pour un cercle d’ « initiés », celle du bandeau de Gruau l’était déjà elle aussi ?