Un lecteur d’autrefois sur U-blog me retrouve et m’envoie un mail pour me demander comment il peut commenter ce blog.
C’est simple. Il suffit d’aller sur la page d’accueil www.karmaos.com et de s’y créer un compte. Ça demande cinq secondes et vous devenez "utilisateur".
Autrement, c’est vrai, le commentaire déposé (même en précisant un « pseudo » et un mail) aboutit en « erreur fatale »…
Par contre, je ne peux pas vous contacter seulement grâce à vos commentaires car je ne vois pas vos adresses email: seul le webmaster de KarmaOS les connaît.
Puisque vous êtes "utilisateur", politique de confidentialité oblige!
Mais on peut toujours m’écrire en privé (des amabilités ou des choses désagréables): je viens de rajouter un « widget » indiquant mon courriel dans la colonne de gauche, sous le dessin…

  

BDSM AURORAWEBLOG John Willie Bâillons dans la revue "Bizarre" No 10 1952.

Dessins in Revue « Bizarre » No 10 (1952) © John Willie.

 
 
 
L’instrument -l’objet de « jeu »- a pour moi une importance sacrée dans le BDSM.
Par tout ce qu’il implique de fantasmes, de rêves mais surtout, à leur suite, de possibilités.
Son esthétisme compte par dessus tout dans les deux premiers domaines.
 
Nous avons (je le mets au pluriel car c’est, bien sûr, M. qui la possède) une cravache magnifique.
La voir et l’entendre est déjà un plaisir avant que de la sentir me percuter.
Il en va de même avec les cordes, j’aime les regarder, respirer leur odeur, les palper dans les prémices d’un bondage. Ainsi, elles érotisent déjà mon corps.
Le cuir du fouet, sa mèche, son tressage restent l’énigme majeure à mes yeux.
C’est l’objet qui est le plus à « craindre », celui qui demande le maniement le plus expert, c’est donc en lui que doit s’incarner le summum de la confiance, la palpable complicité.
Et quoi qu’on puisse en dire, tous ces instruments sont « choses » d’amour.  
 
En ce moment, je désire un bâillon.
Pas folle,  il n’y a rien d’urgent !
Avec la toux d’enfer qui me tient, « jouer » bâillonnée me mettrait en danger d’étouffement…
Et puis, sans même évoquer le toujours possible foulard de soie, un bâillon, j’en ai déjà un.
Il est beau lui aussi, en cuir noir, mais hélas il est trop large pour moi et sa forme bêtement, rigoureusement, strictement rectangulaire n’arrange rien : quand je m’entraperçois avec, je vois bien qu’il me mange plus d’un tiers du visage.
Et un bâillon n’est pas un masque, là on est dans un jeu d’un autre registre.
 
Le bâillon, en BDSM, c’est la plainte rendue muette, le silence des mots, un plongeon en soi, un cocon pour moi, un instant où seuls mes yeux ont le droit (et le devoir) de parole.
Privée de l’un des sens, tous les autres -on le sait- se décuplent : ici, avec le bâillon, c’est le regard et l’ouie qui s’en viennent prendre les premières loges.
 
Si je ne peux pas Te dire que j’aime, que je T’aime, mes yeux Te le diront…
Si je ne peux répondre à Tes questions, commenter Tes propos ou Tes baisers et Tes caresses, ils en auront encore plus d’importance pour moi…
 
Sur un site connu pour posséder en son sein une boutique au choix raffiné, je suis donc allée cette après-midi faire un tour, m’attarder, essayer de choisir.
Et …impossibilité totale !
 
Pourtant, ce ne sont pas les variations qui manquent à leurs bâillons.
J’écarte d’emblée le tout venant, le bâillon boule que l’on nomme aussi le « gag-ball » et qui donne -une fois dans et sur la bouche- une mine à être en train de tenter d’avaler une balle de ping-pong.
Je regarde les autres modèles, soupèse mentalement leur cuir, évalue sa souplesse, observe l’ingéniosité des formes et…repars bredouille !
 
Rien. Rien ne s’est passé. Pas le plus petit déclic qui aurait correspondu à mon désir ou à mon fantasme de cet objet.
 
Le problème, c’étaient les photos.
Soit l’objet était « nu », posé là sur la page et ne me « parlait » pas (or, un bâillon doit « parler » à la bâillonnée avant qu’elle ne l’élise pour la faire se taire), soit il était posé comme il le faut sur les visages de jeunes femmes (mais ce n’était pas moi, même si elles étaient bien plus belles que je ne le suis et je ne pouvais me « voir » avec cet objet) ou de jeunes hommes (et alors, là, il m’était complètement irréalisable de faire le transfert vers ma personne).
J'ai cliqué pour me déconnecter.
Il n'y avait pas mon bâillon là-bas. Pas celui que je porte dans mes pensées.
Pas celui qui est fait pour mon visage.
Pour les phrases que je veux que Tu lises sur mon visage.
 
L’érotisme -et particulièrement dans le BDSM- est une somme de l’imaginaire et de la réalité.
Ça va très mal avec les catalogues. Ou alors, il faudrait que, pour ceux-ci, on ait un Newton derrière l’objectif.
Ou un John Willie à ses crayons.
 
La « renaissance » ces derniers jours de mon désir de bâillon me venait en fait de cette planche posée plus haut, un extrait d’un des numéros de sa revue « Bizarre » dont l’intégrale publiée à la toute fin des années 1990 est malheureusement épuisée mais continue à faire mon plus grand bonheur d’acquéreuse au bon flair que je fus alors.
 
John Willie, dessinateur (de « Gwendoline » entre autres) et photographe, est l’un des illustrateurs que je préfère.
Même si cet Anglais, né en 1902, mort en 1962, relève pour beaucoup de l’art SM désuet, je ne peux m’empêcher de penser que c’est bien à tort.
Il a proposé -dans le cadre de notre univers BDSM- une image de femme sensuelle et jamais victime (les malheurs de « Sweet Gwendoline » se terminent toujours bien).
Ses dessins sont tendres et habités.
Quant à ses photographies, elles irradient d’humour et de « fun » infiniment sexys. Il n’hésitait pas à prendre des clichés « à la manière de » (Man Ray et d’autres notamment).
 
Sur l’image de ce soir (qui appartient au numéro 10 de « Bizarre », celui dont la couverture parodie la publicité de René Gruau pour « Rouge Baiser » en déplaçant le bandeau originairement posé sur les yeux vers la bouche), John Willie n’invente pas des modèles de bâillons : il invente des femmes bâillonnées.
A chacune d’entre nous de se reconnaître à présent derrière l’une ou plusieurs d’entre elles, de ressentir les émotions qu’elle veut éprouver et offrir à l’autre.
 
Pour ma part, je me voudrais « Perfecto ».
Ou encore « Beanie ».
Selon l’instant…