BDSM AURORAWEBLOG Le marionnettiste et la marionnette The puppeteer and the puppet

Photo © Whoa_Melly (Deviant Art)

 
 
Mes fictions BDSM partent la plupart du temps d’une image ou d’une photo.
Les histoires qu’elles racontent étant purement métaphoriques, un épisode leur suffit -sauf exception- pour que je leur fasse dire ce que j’entendais tirer d’elles.
Ainsi, cette fois comme souvent, il n’y aura pas de suite à ce "conte".
 
 
 
Tu ne sais plus quand tu l’as connu
Il y a des années maintenant que vous allez de ville en ville.
Etre sans mémoire, sans désir, tu n’es plus : tu accompagnes.
 
Le marionnettiste tire ses fils pour t’amener là où il veut. Il ne permet pas que tu puisses te retourner pour regarder son visage.
Il t’obligera à danser même si tu ne le veux pas.
Il y aura toujours des spectateurs devant toi pour t’applaudir car il saura te faire mouvoir avec grâce, sans que tu manques un seul pas.
Il a peint un sourire sur ton visage car il trouvait qu’en dessous, tu n’avais aucune expression.
Il te nie tout.
Quand il s’aperçoit que tes mains sont sur le point de tenter d’aller vers un objet qu’il ne juge pas bon pour toi, « Tac », il donne un coup sec pour que tu en reviennes au tempo juste.
Et quand tes jambes voudraient courir et s’enfuir, « Tac », un autre coup sec pour te ramener vers « ses » pas…
Les spectateurs ne s’aperçoivent de rien. D’ailleurs, la plupart d’entre eux le fixent, lui, qui te donne le mouvement, qui t’impulse la vie.
Mais quelle vie ?
Pas la tienne, qu’il t’a volée, ce qui fait que tous te croient feinte.
 
Le soir, le spectacle terminé et une fois la recette recomptée, il ôtera ton vêtement de satin et de dentelles pour que celui-ci ne s’abîme pas, ne se fane pas, il le repliera et le rangera avec soin.
Il te nettoiera à fond, avec des éponges délicates, afin que nulle trace de poussière ne demeure sur toi.
Il contrôlera que tu ne portes pas de traces, de taches, car il passerait pour un mauvais marionnettiste s’il devait exhiber une poupée détériorée.
Et, pour la nuit, il te déposera avec précaution enroulée dans des tissus chauds et doux pour que tu puisses bien te reposer et être prête le lendemain pour un nouveau spectacle.
 
 
Un matin, pourtant, il ne te trouvera plus.
Quelqu’un aura taillé les fils pour que tu puisses aller là où tu veux.
Quelqu’un aura taillé les fils pour que tu puisses rêver. Quelqu’un aura taillé les fils pour que tu cesses d’être immaculée et que tu gardes sur toi tes traces, tes marques, tes taches sans les cacher, pour que tu puisses les montrer avec orgueil...
 
Quelqu’un aura taillé les fils pour t’en nouer d’autres, des nouveaux, plus étroits et plus douloureux, qui enserrent les poignets et les chevilles mais qui te laissent cependant la sensation de ta liberté la plus extrême.
Il n’y aura jamais plus d’éponge délicate ni d’habit de satin, plus d’étoffes douces et chaudes pour dormir.
Il te jettera sur l’herbe glacée dans des poses étranges.
Mais il t’y rejoindra pour voir si tu les aimes ou s’il y en a d’autres que tu aimerais plus encore.
Passeur et montreur d’âmes.
Et tes liens vous lieront jusqu’à la fin de votre temps.