Picasso Epoque Cubiste "Mère et son fils".

Tableau « Mère et son fils » de Picasso.

 
 
 
En ce 3 septembre, mon blog fête ses cinq ans.
Si tant est que je puisse le considérer un peu comme un « enfant », il est certain qu’il est déjà « grand »…
Mais ce n’est pas de lui dont je veux parler aujourd’hui.
 
Un enfant, j’en ai un, vous le savez tous et, depuis que ce blog existe, il se trouve que justement, il a bien grandi.
Le « Petitou » des premières notes est désormais un pré-ado.
Qu’en dire ?
Il est adorable, mutin, intelligent mais aussi très introverti.
A peine moyen en Maths, très bon en Français.
C’est qu’il lit beaucoup et qu’il écrit aussi.
Et là, on dira qu’il a pris cela de moi. Une mère toujours avec un livre à la main, une maman blogueuse.
Car « Préado » sait que je blogue. Et il est très fier de cela.
 
Lorsque U-blog existait, il lisait mon « Oiselle » avec passion. Et il n’a pas manqué, au fil des ans, d’entrevoir « Aurora ».
Notre lieu de vie est ainsi fait que mon PC ne peut être placé ailleurs que dans le salon, à proximité de la télévision.
Mais il était encore petit alors. Maintenant, un coup d’œil malheureux deviendrait nettement plus dérangeant.
Dans les temps les plus récents, je ne lui ai donné à lire que certaines de mes pages de Word avant publication. Il a suivi toute la genèse des notes sur Aldo Moro au printemps dernier, par exemple. Mais je ne lui offre pas d’accès direct à mon blog. Il ne me le demande pas, d’ailleurs.
 
Le BDSM, ça ne pose aucun problème lorsque les enfants grandissent.
Tout simplement car, comme lors de leur plus tendre enfance, les parents (ou le parent) qui a cette sexualité se comporte comme n’importe quel autre parent ayant une sexualité plus classique : il fait en sorte que celle-ci n’affecte en rien son enfant.
C'est-à-dire qu’il respecte la règle de l’intime.
La sexualité en général est un sujet sur lequel on informe, un sujet dont on parle. La sexualité des parents, non.
Sinon, ce serait manquer de cervelle ou du plus élémentaire sens de ses responsabilités.
 
Un blog BDSM, par contre, cela pose un très gros problème lorsque les enfants grandissent.
Depuis un an, je joue à cache-cache avec mon fils pour entretenir « Aurora », postant mes notes à des heures impossibles, menant ainsi une vie qui finit par me fatiguer physiquement.
J’avais décidé de l’arrêter définitivement aujourd’hui afin de ne plus avoir ce souci.
 
Ma crainte tient dans le fait que, si pour l’heure, mon fils ne s’intéresse absolument pas à ce blog de façon concrète, il ne finisse par me demander de le lui donner à voir.
Un jour ou l’autre, cela risque d’arriver.
Peut-être même plus tôt que je ne le crois.
Un risque, un simple risque. Oui, mais que je ne souhaite pas « risquer ».
 
Je ne veux pas qu’il lise « Aurora ». Non que j’en ai honte. Bien au contraire.
J’ai toujours pensé que si un jeune devait, au hasard de la Toile, tomber sans le vouloir sur quelque chose qui traite de BDSM, il vaudrait mieux qu’il arrive chez moi.
Vous serez sans doute stupéfaits de l’orgueil (qui pourrait paraître démesuré) que je manifeste en ces lignes mais je suis persuadée d’être la moins « nocive » parce que la moins choquante pour un « néophyte ».
C’est en cela que je me suis constamment « bridée », choisissant une ligne de conduite à laquelle je n’ai pas dérogé.
Depuis le 3 septembre 2003, lorsque je me suis lancée et que j’étais alors la seule, j’ai toujours eu ça en tête : ce potentiel public de hasard auquel je devais de ne pas faire dans le graveleux quant aux illustrations ou aux mots, de ne pas sombrer une seconde seulement dans le prosélytisme ou encore dans la vulgarité, de ne jamais proposer un contenu qui puisse avoir une quelconque parenté avec la pornographie.
 
Hélas, cela ne vaut pas pour mon fils.
Pour lui, c’est la blogueuse et non le blog qui est le cœur du problème.
Il ne peut pas, il ne doit pas être le fils d’ « Aurora ».
C’est trop lourd à porter.
Ma sexualité n’a pas à influencer la sienne, que ce soit par rejet ou par identification.
Elle n’a pas non plus à le troubler, à l’interpeller, à être pour lui source de questionnements qui finiraient toujours par lui devenir personnels et empêcher ou entraver sa propre maturation.
 
Je précise que j’élève mon fils sans tabous et très librement.
Il aime comme moi la peinture et la photographie : il m’accompagne aux expositions qui le tentent et chez moi, tous les livres sont accessibles, je ne propose jamais rien mais je n’interdis jamais rien non plus.
Le fait est que de connaître tous les nus de Modigliani et de Man Ray ne l’a pas engagé sur la route de l’imitation : il dessine et photographie (très bien) des paysages…
Et c’est le passage au collège qui a été pour lui le lieu de rencontre frontale avec la pornographie…
Les autres n’ont peut-être pas de mère blogueuse mais, plus dégourdis, ils ont de quoi télécharger sur leurs consoles ce que je n’aurais jamais pensé que l’on voie déjà à cet âge.
Contre ces images-là, j’ai eu la chance de pouvoir opposer l’érotisme qu’il connaissait justement par mes livres d'art…
 
Mais mon blog BDSM, non, jamais.
Là, c’est tout autre chose, c’est de moi dont il est question. Et ce « moi » est « sa » mère.
Je lui dois ce respect d’être sa mère avant que d’être moi.
Quoi qu'il m'en coûte.
 
Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.
Dans les douze à dix-huit mois qui viennent, mon fils accomplira sa puberté.
Il doit la faire sainement, pleinement.
Je me sens tout à fait capable de répondre un jour à la question « Maman, c’est quoi le BDSM ? ».
Je ne veux pas avoir à répondre à la question  « Maman, c’est quoi  « ton » BDSM, ce truc dont tu parles sur ton blog ? ».
Si j’étais à peine plus âgée que lui lorsque j’ai lu Mandiargues et que j'y ai découvert le SM, Mandiargues n’était pas l’un de mes parents…
 
C’est  pourtant dommage de stopper ainsi un si vieux blog…
D’autant plus que l’on s’aperçoit qu’il y a toujours quelque chose à dire au moment où l’on pense que tout est achevé et que l’on a fait le tour de la question.
 
J’ai quelques libertés dans la semaine pour continuer à nourrir « Aurora » à des heures décentes.
Ce sera, en revanche, bien moins régulier et fréquent que ce que vous avez pu connaître jusqu’ici.
 
Par ailleurs, il n’est pas non plus question que je mente à mon fils et que je lui dise que je ne publie plus rien.
 
J’ai donc pris la décision de scinder ce que je poste en deux parties, en deux blogs.
Ici, demeurera tout ce qui a trait au BDSM.
Et là, sur cet autre blog KarmaOS, ce « Fil d’Ariane » que certains d’entre vous ont déjà pu apercevoir au cours des derniers jours, je déposerai tout le reste : les notes sur la politique, la société, les livres lus, les films vus, les expos lambda, mes textes de fiction (même s’ils ont trait à l’érotisme qui, je le répète, n’est pas le fond du problème).
C’est ce second blog que j’ouvrirai à mon fils si d’aventure le jour vient où il réclame « à voir ».
 
J’ai pleinement conscience que ce faire appauvrira considérablement « Auroraweblog » (qui n’avait depuis longtemps plus pour vocation d’être seulement un blog BDSM) puisqu’il faudra au lecteur jongler d’une page à l’autre pour suivre ce qui a jusqu’ici été proposé directement dans une certaine continuité en un seul lieu.
Je comprendrai parfaitement que certains se découragent, d’autant plus que j’ai mis pour l'instant -afin d’éviter qu’un maladroit ou un malintentionné- ne vienne faire référence à « Aurora » chez « Ariane », les commentaires en validation différée sur « Le Fil d’Ariane » où je ne veux être qu’…Ariane.
 
Mais en mon âme et conscience, c’était cela ou fermer « Aurora ».
Et cela aurait été un bien triste cinquième anniversaire…
 
 
 
 
 
PS 1 : Si quelques personnes étaient surprises à la lecture du sous-titre du « Fil d’Ariane » et pensaient avoir déjà lu ça quelque part, je n’ai plagié personne sinon moi-même.
Comme ce problème (mon fils, mon blog) se pose à mon esprit depuis longtemps, j’ai tenu quelques semaines l’an passé un « Canalblog » de « test » que je lui laissais lire et voir (mais que j’ai abandonné pour cause de « nullité technique » personnelle qui faisait qu’une note avec des photos sur l’éditeur de cette plateforme me demandait des heures à la publication) et dont je viens de reprendre ici l’intitulé.
 
PS 2 : Message perso.
J’en profite pour demander excuse à Serge qui m’avait fort joliment commentée sur « Le Fil d’Ariane » mais dont je n’ai pas pu tout valider puisqu’il avait …deviné !
 
PS 3 : Je laisse cette note quelques jours en ligne afin de recueillir vos avis.