Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir (si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

AURORA

Pour C.

 

JALOUSIE (troisième partie)

 

             

                        Tableau de Patrice MURCIANO

 

LUI :

Les femmes… Je pense à ces étudiantes que je croisais sur le campus autrefois…Toutes semblables, comme vêtues d’un uniforme … On ne dira jamais combien c’est laid un jean…

J’aurais eu envie de leur dicter d’autres tenues, de les rendre enfin toutes différentes, si féminines…. Je n’ai jamais compris ces femmes qui s’obstinent à cacher leur féminité…

J’aurais voulu les guider toutes, leur apprendre en tête-à-tête les gestes qui arrondissent, les poses qui exaltent…. Les soumettre c’est vrai et voir dans leurs yeux écarquillés par la douleur leurs vingt ans se révéler enfin…. Je les rêvais toutes à moi, je ne leur adressais même pas la parole.

 

 

UN CAMARADE D’ETUDE :

C’est si loin… Bien sûr que je sais de qui vous me parlez...Je crois qu’on va donner son nom à une promotion mais vous voyez, j’ai beau faire un effort, je me souviens très peu de lui…Il venait rarement aux cours, je crois qu’il bossait à côté pour payer ses études et malgré tout il était toujours le premier aux partiels…Et pourtant les jours d’examen, il était livide, une ombre, on s’attendait toujours à le voir s’enfuir ou à le ramasser sur le carreau…Et après, premier dans toutes les citations… Une sacrée tête mais sympa, non…. Fuyant, même pas méprisant, je dirai d’une timidité excessive plutôt….

 

 

ELLE :

Je suis annelée, piercée de partout comme il le voulait…. Il m’a demandé de vivre avec lui….

Je n’ai jamais été aussi fière, aussi heureuse, aussi reconnue….

Qu’il est beau, qu’il est grand et fort, je m’en remets à lui complètement… Hier nous avons même signé un contrat, un vrai pas une de ces billevesées de ces gens qui s’y croient, je lui ai donné jusqu’à ma vie mais il a signé aussi qu’il la prenait en charge… J’y crois, je le connais, nous sommes de la même race des seigneurs, je ne crains plus rien, surtout pas elle...

 

 

LUI :

Je les ai dominées hier en commun, souffrance pour souffrance et qu’est-ce que c’était beau ! Elles se feignent amies et même amantes mais leur rivalité saute aux yeux … Et c’est là que je suis le plus glorieux, quand elles ne sont plus que femelles liquides et marquées par moi comme nul sans doute ne se le permettrait, quand je sens que je force leurs barrières, que je fais reculer leurs limites jusqu’aux confins de la folie et qu’elles acceptent tout cela pour moi, pour moi. J’ai toujours, en toutes circonstances, fait reculer les montagnes mais comme là, leurs montagnes à elles, jamais….