Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir (si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

AURORA

Pour C.

JALOUSIE (quatrième partie).

 

             

                          Tableau de Patrice MURCIANO

L’AUTRE :

Je l’aime… Je l’aime, lui…Je l’aime comme encore je n’avais jamais aimé… Je l’aime comme une possédée… Une folle quoi ! Pour lui, je me traînerais dans la boue, je mangerais du fer …

J’ai voulu croire les aimer tous les deux mais c’est impossible, ça n’existe pas, jamais, on ne peut partager ça, l’amour… Je sais que je serai toujours la dernière et d’ailleurs, je l’aime aussi, elle si doucement ronde, si bonne, si solaire mais c’est seulement parce que pour moi, elle est une partie de lui… Même son corps à elle, pour moi est une partie de son corps à lui… Elle est une torture, une punition de plus, si douce, oui mais une punition si acerbe…

C’est un simple serment à me faire à moi-même dans ma tête, ne jamais faire que ce qu’il ordonne, ne jamais être que ce qu’il veut et surtout surtout ne leur être jamais un poids, ne jamais être un poids pour eux puisqu’eux c’est lui…

 

 

LUI :

Elle est étonnante elle va où je veux, elle fait ce que je veux … Et nous nous enfermons tous les trois dans cette folie, ceux qui nous croisent, je lis dans leur regard la stupéfaction….

Sans doute n’ai je jamais été aussi envié…. Toutes mes humiliations de jadis enfin renvoyées dans la gorge de ceux qui ne peuvent plus les avaler… Mais quelle importance, je domine, je domine partout, je domine des âmes, je domine des corps, je domine des empires qui se font et se défont chaque matin… Je pars d’un endroit, ils croient m’avoir détruit et dès le lendemain, je reconstruis un empire à peine un peu plus loin… Je souris, je souris comme je n’avais jamais souri….

 

 

ELLE :

Je ne veux plus, je ne veux plus… Je ne la veux plus… N’importe qui mais pas elle, plus elle…Je vais lui trouver quelqu’un qui lui conviendra…. Ou bien qu’il le lui trouve lui…

Mais cela doit finir maintenant, maintenant que je porte son enfant.

Je ne partagerai pas cela. Lui et moi, lui et moi….

 

 

LUI :

Mais comment me séparer d’elle ? Que faire ? Que dire ? Je renonce à la voir deux semaines et puis, je la retrouve dans l’atrium de mes bureaux ou bien je me retrouve moi, à composer son numéro de téléphone… Il faut pourtant en finir c’est vrai… Avec elle du moins puisque pour le reste je ne changerai jamais…. J’attends moi aussi cet enfant mais quel sacrifice me demande-t-elle là ? Comment peut-elle croire que les choses deviennent un jour différentes du tout au tout ? Même si je lui sacrifiais celle-là, il en viendra d’autres… Elle m’aime et je ne peux la croire dupe : elle sait que je suis ainsi…

Mais, bien, je vais lui donner ce qu’elle attend, je suis las de ces disputes, de ses larmes…

J’aime qu’elle pleure mais pas pour ça….