Pas de BDSM ce soir parce que, vraiment, il y a beaucoup plus important.
Parce que le BDSM, ce n’est pas toute ma vie, toutes nos vies.
 
Aujourd'hui, une journée d’actions (grèves, manifestations) pour une retraite solidaire et contre la déréglementation du temps de travail a lieu dans le pays.
Ce n’est pas la première depuis quelques mois mais elle est d’une importance sans précédent.
On ne peut pas comme le font certains organismes se contenter de dire que la date est mal choisie (c’est vrai, mais…) et de prendre acte pour la rentrée.
A la rentrée, toutes ces lois seront passées.
Nous pourrons alors nous couvrir la tête de cendres. Nous ne changerons plus rien.
 
Un an et des poussières ont suffi à faire la démonstration de pour qui et dans quel but le gouvernement « gouverne ».
Vous savez très bien qu’aujourd’hui, chacun s’étant pris dans la tête une des mesures de Sarkozy and Co, il n’y aurait plus 53 pour cent de Français pour l’élire.
Le jeu de la démocratie étant ce qu’il est, ce Président est cependant en place pour quatre ans encore.
Et aucun type d’élection dans les mois à venir n’est à même de contester sa légitimité.
 
Si nous ne voulons pas que se poursuive le démembrement de tout un système que plusieurs générations se sont battues pour construire, c’est en défilant aujourd'hui que nous pouvons le faire comprendre.
C’est notre unique -j’insiste bien -moyen de nous faire entendre, de tenter d’infléchir le cours des choses.
 
Nous assistons à des « soldes » gravissimes d’acquis de nombre de luttes passées : on nous entraîne vers la flexibilité de tout, c'est-à-dire vers la précarité et la paupérisation.
Celui ou celle d’entre nous qui se croit le plus à l’abri ne l’est pas. Tout est à chaque instant remis en cause.
 
Ce gouvernement lâche une nouvelle idée toutes les semaines.
Certaines sont des écrans de fumée de quelques jours (la lettre de Guy Môquet, la "chaîne" de la Shoah en CM2), les autres sont de grandes annonces au coup par coup (la suppression de la publicité sur les chaînes de télé publiques, la loi OGM) qui sécrètent en elles-mêmes leur propre venin.
Le but est de « montrer » une suractivité. De faire croire à une bonne « gouvernance ».
 
En attendant, les seules choses à avoir vraiment été mises en œuvre étaient contenues dans le programme du candidat mais avec des lignes très floues.
Lorsqu’elles se sont heurtées à l’ultimatum européen de réduction drastique du déficit, le paquet fiscal (TEPA) qui n’a bénéficié qu’aux plus fortunés avait déjà été voté dans les cent premiers jours du sarkozysme.
Nous n’obtenons plus maintenant qu’une seule justification à tout ce qui nous tombe dessus : « Les caisses sont vides. ».
 
Depuis, il y a un trompe-l’oeil de dynamisation de l’économie qui s’est mis en place alors que derrière ne se cachent que des décrets et lois qui nous plongent dans la régression sociale.
Plus de « candidat du pouvoir d’achat », disparu au profit d’un gestionnaire à courte vue qui ne voit qu’une solution : « dégraisser » en désengageant l’état au maximum.
 
Pourtant aucune des réformes contre lesquelles nous allons nous battre aujourd'hui dans les rues ne peut apporter une solution durable (je ne dis même pas définitive) au problème qu’elle est sensée résoudre : non, ce n’est pas en allant vers une augmentation du temps de cotisation que l’on résoudra le problème des retraites (l’emploi des seniors ne se redéclenchera pas sur les seuls voeux pieux du gouvernement ou sur ses invocations verbales), oui, la retraite solidaire par répartition est en grand danger (aujourd’hui que les lois Fillon sont toutes en place en 2008, on commence à voir des situations dramatiques ou cocasses [par cocasse, j’entends « qui prête à sourire pour ne pas pleurer »]) se profiler.
 
Vous pouvez lire dans les commentaires de mon avant-dernière note le témoignage de mon compagnon qui, « fils-père »* en disponibilité durant deux ans de sa carrière pour prendre en charge ses cinq enfants après que leur mère s’est « volatilisée », vient d’avoir la surprise du calcul d’une retraite qui le place plus bas que le niveau de vie de mon aïeul qui touchait ce que l’on nommait à l’époque le « fonds national de solidarité ».
Je peux aussi vous parler de cette amie qui, sachant combien elle aura peu après avoir élevé trois enfants, met d’année en année des bâtons dans les roues de son mari pour un divorce (alors qu’ils sont séparés de fait depuis plus de 12 ans), afin d’être demeurée son épouse le plus longtemps possible lorsque viendra l’heure de la pension de réversion.
 
Attendons-nous soit à la misère complète pour nos vieux jours soit à la mise en place d’un financement privé à côté de l’actuel, ce qui, pour ceux qui ont actuellement plus de quarante ans et un salaire « moyen » serait inaccessible : la voie est donc ouverte pour les retraites à deux vitesses !
 
Quant à la déréglementation du temps de travail, elle supprimera de fait la « carotte » qui fut pour quelques uns leur principale raison de voter pour Sarkozy : « travailler plus pour gagner plus ».
Les négociations en roue libre entreprise par entreprise une fois le tabou des 35 heures tombé (chacun d’entre nous connaît au moins, je pense, un exemple ; je pourrais, pour ma part, vous parler de ce qui se passe dans une grande enseigne de distribution) aboutiront à ce que les fameuses heures supplémentaires défiscalisées soient noyées avec l’eau du bain.
Par contre, bonjour le chantage à l’embauche (et là, les femmes seront encore plus touchées que les hommes) : on sait très bien ce que « flexisécurité » signifie dans les faits…
 
Si l’on rajoute à tout ceci d’autres mesures, celles contre la Fonction Publique : suppressions en masse de postes, gestion comptable sur les 2-3 années qui viennent et sans prospective sur l’avenir plus lointain, nous sommes dans de beaux draps.
 
Je connais la réticence -ou l’impossibilité- de/pour certains à faire grève.
Je comprends aussi la lassitude de ceux et celles qui, comme moi, défilent depuis des mois sans obtenir quoi que ce soit.
Mais…
 
Les manifestations dans la plupart des grandes villes aujourd'hui ont été programmées entre 11 et 14 heures afin que l’on puisse s’y joindre à l’heure de la pause-repas.
Soyons très, très, très nombreux.
 
Un échec aujourd'hui, la remise aux « calendes grecques » d’une grande manifestation forte comme un « NON » à la sonorité implacable, serait laisser le champ libre à ce gouvernement pour détricoter deux de nos fondamentaux de vie les plus importants : temps de travail et retraites.
 
Comme l’on sait que c’est dans l’été que l’on va s’attaquer au troisième, les remboursements de la sécurité sociale, autant dire qu’en ne protestant pas aujourd'hui 17 juin, nous serions en partie responsables de l’avenir sombre que l’on nous prépare et dont nous ne voulons pas.
Ni pour nous, ni pour nos enfants.
 
 
 
 
* Les pères qui ont élevé leurs enfants seuls, ce qui est de plus en plus courant aujourd'hui, n’ont droit à aucune majoration au moment de la retraite, contrairement aux mères.