Bona de Mandiargues La vigne et le vin 2

« La vigne et le vin 2 » © Bona de Mandiargues (1926-2000)

                              Femme de l’écrivain André Pieyre de Mandiargues.
 
 
 
 
Cette note N’est PAS la dernière de ce blog.
Elle ne va pas plaire, certes.
Au moins aurai-je trouvé le courage de l’écrire bien avant la fin et en laissant les commentaires ouverts…
 
 
 
En mai, cela a fait dix ans que j’ai abordé aux rivages du BDSM « actif ».
Même si je portais cela en moi depuis mon adolescence, ma vie avait jusqu’alors été très « vanille ».
Dix ans, c’est très peu, même pas un quart de ma vie, et c’est beaucoup en même temps, assez en tout cas pour pouvoir aujourd’hui parler d’une déception qui, comme on le verra, n’engage que moi.
N’espérez pas trouver ici quelque chaude révélation : je n’ai jamais été soumise vénale, pas plus que joué les divas du Minitel Rose (je ne suis pas du temps du Minitel) et même dans mes périodes de vache maigre, je n’ai pas non plus été dame pipi dans les saunas glauques.
 
La surprise ne proviendra que de la phrase qui suit : je suis « venue » au BDSM par pur romantisme.
J’avais le BDSM « Mandiarguien » (pour comprendre, lire sous l'illustration, André Pieyre de Mandiargues a quasiment toujours écrit autour de « situations » sadomasochistes), si je puis le formuler ainsi, c'est-à-dire fortement intellectualisé, plutôt surréaliste, du genre « Lâchez la proie pour l’ombre et partez sur les routes », un BDSM à vouloir réinventer l’amour...
 
Ayant toujours détesté les amours qui ternissent, qui faiblissent, qui s’éteignent, je cherchais le lieu où « appartenir » et « s’abandonner » auraient un sens véritable et où l’engagement me semblait ne pouvoir prendre fin.
De plus, la gestuelle -j’espère que l’on comprendra ce que j’entends par là- érotique sadomaso me paraissait aussi être la plus proche de ce que ces mêmes mots reflétaient.
 
C’est donc dans une période de vide affectif et tout en ayant largement dépassé la trentaine que je me suis « lancée ».
Par ailleurs -et parce que cela explique tout le reste- il me faut ajouter que j’ai toujours été et demeure fortement sensuelle et aussi sexuelle. 
Je vais préciser ce « sexuelle » par un mot peu poétique, « génitale », ce qui veut dire que je n’atteins ma jouissance que de cette façon.
Je peux par ailleurs, vanille ou BDSM, éprouver du plaisir cérébral mais je n’ai d’orgasme que dans un rapport sexuel complet.
 
N’ayant pas plus d’ordinateur que de Minitel il y a dix ans, j’ai fait mes trois premières rencontres par le biais des petites annonces du « local » et encore, ce fut tout à fait par hasard, j’ignorais qu’il put contenir des messages codés, il fallut vraiment que mon œil se pose -au sens propre- sur l’un d’entre eux pour que je commence ma quête.
 
Ma première expérience fut avec un bondageur remarquable: il me liait toute habillée, faisant passer ses fines cordelettes (je n’ai jamais revu quelqu’un faire ainsi depuis, ni avoir des cordes aussi minces) par-dessus certains de mes vêtements, par-dessous les autres et, tout à la fin, comme un prestidigitateur, il pouvait me dévêtir en trois mouvements et ne laisser sur moi qu’une figure de « shibari » parfaite.
J’aurais pu tomber amoureuse de cet homme (il m’impressionnait par son « art » et j’aurais voulu que cet « art » rejoigne une dimension passionnelle) mais nous n’avions aucun atome crochu du point de vue politique et sa hargne contre Jospin -qui venait d’être nommé Premier Ministre- se projetant sur moi, la romance ne dépassa pas les deux mois.
Assez pour être bien attachée, pas assez pour vivre un vrai chagrin d’être détachée.
Nous nous étions rencontrés quatre fois sans rapports sexuels.
Je ne me suis pas posé de questions à ce moment-là, n’ayant jamais pensé qu’il fallait « coucher tout de suite ».
 
Il n’y eut rien avec le second, un Professeur d’Université spécialiste de Joë Bousquet que je fréquentai dans un café pendant quelques semaines.
C’est moi qui interrompis les rendez-vous : cet homme ne m’attirait pas du tout physiquement, je ne voulais pas lui laisser espérer quoi que ce soit.
 
Je suis restée trois ans et des poussières avec le troisième.
Je m’en suis crue éperdument amoureuse (j’étais en fait « amoureuse de l’amour »), j’en ai bavé des ronds de chapeau car il ne m’aimait vraiment pas et que je restais malgré tout « en espérant qu’il finirait par m’aimer », guettant le moindre signe, en voyant même là où il n’y en avait pas.
De lui, je garde un seul bon souvenir, celui de notre première rencontre où il se contenta de me bander les yeux et de « jouer » avec une allumette et un élastique alors que derrière l’écharpe, je me sentais « entaillée par une lame » et « fouettée jusqu’au sang ».
Il avait, au moins cette fois-là, fait fonctionner mon imagination…
Nous eûmes en ces trois ans très peu de rapports réellement génitaux : aucun n’aboutit.
Ce qui nous tenait lieu de sexualité était donc seulement la fellation.
C’était un problème pour moi. Trois ans, c’est long comme ça…
Il me convainquit, quelques mois avant notre fin, d’acheter un ordinateur puis de m’abonner à Internet, m’envoya -contre ma volonté- sur un chat chercher « des autres ».
A force de ne rien recevoir de lui, à force de chercher pour lui, je me mis à chercher pour moi-même autre chose.
Là, mes « trouvailles » et rencontres furent assez lamentables pour ne me mener à rien et prolonger de quelques mois cette passion univoque qui allait de plus en plus mal.
 
Mais sur ce chat, hors recherches, j’avais découvert l’univers BDSM -celui des mots et de la réflexion- par le biais d’un forum.
C’est là que j’appris qu’il y avait des « chapelles », des gens qui étaient proches des « règles » mais, pour le souvenir que j’en garde dans l’ensemble, ce ne fut pas en ces temps que je pris date du poids que celles-ci faisaient plomber sur ce que je ne nommais pas encore un « milieu ».
Ma mémoire est surtout marquée par des débats très contradictoires mais de qualité.
D’une certaine façon, je peux dire que « Aurora » est née là, en dialoguant avec des gens intéressants.
Deux choses encore : c’est là que j’ai rencontré Marden et, si nous ne sommes plus tels que nous étions alors, il reste tout de même en nous des choses qui sont en partie liées aux prises de positions que nous avons assumées jadis en cet endroit.
La seconde est que, si j’ai été virée de ce lieu manu militari, à tort ou à raison, il y a plus de six ans maintenant, lorsque j’y repense c’est avec une forme de nostalgie (non pour moi mais pour ceux qui « débutent » aujourd’hui): rien, plus jamais, n’a pu accueillir en France de discussions et de controverses aussi actives que celles qui se déroulèrent, là, pendant deux ans environ.
 
Une fois mise à la porte du chat, j’ai vécu le « blog » tout de suite (celui-ci n'est pas mon premier) mais bloguer est -comme on le sait- une aventure solitaire.
Parallèlement, j’étais inscrite sur les listes -dites de diffusion- BDSM de MSN (fermées depuis) : c’est alors que les « règles », que l’on trouvait dans le sommaire de chacune d’entre elles me sont devenues familières et, très vite, insupportables puisque tout le monde s’y référait.
J’avais voulu connaître un monde transgressif et -je l’ai expliqué- surréaliste (au sens artistique, philosophique etc., avec toutes les références qui y sont collées), voici que je découvrais un univers ultra codifié et d’une lourdeur exceptionnelle.
Pire qu’une secte, qu’un parti politique.
Fondé sur la pensée unique.
 
J’ai alors choisi de vivre dans sa marge, de l’observer et de n’en recueillir que ce qui me convenait exactement.
En un mot, je n’étais pas dans le BDSM mais une « compagne de route ».
 
Si l’on veut comparer la situation d’alors à celle d’aujourd’hui, je sais que pour beaucoup, le blog « CercleO » est une sorte de Bible : dès que j’y mets les pieds, moi, j’ai de l’urticaire.
Une des récentes entrées sur le droit de la soumise à l’esprit d’initiative m’a fait me demander comment on peut encore en être là, à palabrer doctement sur ces choses…
De même que la discussion qui s’y tient actuellement sur la différence entre vieux mots et nouveaux mots, entre SM ou BDSM aussi (on y part de l'excellent livre de Mona Sammoun pour, après mille digressions qui se veulent subtiles, laisser la citation de clôture au Grand Ordonnateur du « SM Latin » ennemi du « SM anglo-saxon » -une vraie Guerre de Troie-, j'ai nommé « Maître Bob » des  « Amis de Germanicus », une sorte de confrérie d'illuminés) me donne le prurit.
De nouveaux mots, oui, mais avec de semblables vieilles badernes comme référence, il fallait vraiment oser y penser!
 
Lorsque l’acronyme BDSM naquit -de la part de pratiquants SM américains- vers la fin des années 60, le seul but réel était l’introduction du fameux SSC (que l’on ne saurait remettre en question tant il était nécessaire dans certaines communautés gays très hard de l’époque).
Mais qui veut vraiment faire croire aujourd’hui que ces SM-là, ces gens des sixties consciencieux et raisonnables, seraient devenus différents de ce qu’ils étaient la veille et l’auraient renié du seul fait d’avoir ajouté deux lettres aux deux premières ?
Le SM soft avait toujours existé.
Et si créer le « SSC » était indispensable, je pense que l’on aurait très bien pu se passer du « BDSM ».
 
Par contre, le BDSM a donné naissance à un second terme, la relation « D/s », et à la théorie de « l’échange de pouvoir », bâtardise purement mentale en provenance de gens qui vivent virtuellement dans le discours oiseux ou la théorie nombriliste.
Aujourd’hui, écrire les initiales « SM » est presque choquant, tandis qu'écrire « BDSM » (et c’est ce que je fais tout en n’en pensant pas moins) est « politically correct ».
Il n’empêche : je préfèrerai toujours les analyses de Deleuze dans « Le Froid et le Cruel » aux « bla blas » vaseux et dogmatiques de Polly Peachum et autre Gloria Brame.
Encore une fois, je plains les débutants qui n’ont que ça à se mettre sous la dent.
 
Comme il ne reste pratiquement plus que de ceux-là, je vois au quotidien sur un forum italien les ravages que cela donne et ces filles qui écrivent « mon propriétaire veut que…mon propriétaire veille à tout pour moi…je ne fais que ce que dit mon propriétaire... » (on peut mettre si l’on veut le mot « maître » à la place, je n’en ai même plus envie tant la situation s’est, selon moi, dégradée les deux dernières années et tant nous atteignons des sommets de bêtise désormais) .
Ah ! Il est bien échangé le pouvoir et, en plus, comme le BDSM en son acception D/s est à la mode, il y a chaque jour de plus en plus de « nouveaux propriétaires », à croire qu’il n’y a que dans le BDSM que la crise de l’immobilier et des « sub-primes » ne fait pas rage !
 
Si le BDSM en soi ne me captive plus, j’ai gardé une certaine curiosité pour lui.
C’est une « sexualité » (si j'ose dire...) tellement « jeune » que sa façon d’évoluer (tout à fait différente, hélas, de celle que je prévoyais) m’intéresse tout comme me passionne la représentation qui en est donnée dans le domaine de l’art.
 
C’est en fréquentant les forums transalpins que je me suis très vite aperçue que ce que je nommais au début de ma note « la génitalité » est quasiment toujours absente de ces rapports BDSM.
Pour connaître bien maintenant là-bas quelques personnes, j’ai pu avoir avec celles-ci des polémiques instructives : en fait, selon eux, une Domina ne peut faire l’amour avec son soumis sinon il ne la prendrait pas au sérieux (chose affirmée par les deux parties, d’où les pratiques des cages de chasteté ou toute cette nébuleuse du « cuckold », le cocufiage comme acte sexuel avec un tiers [le mari, le compagnon, le soumis ne jouant que le voyeur volontairement lésé] et de même, tout rapport autre que fellation, sodomie ou dilatation avec mains ou objets n’est pas imaginable entre une soumise et un Maître car (là aussi,  de l’avis des deux rôles) ce dernier perdrait son « statut » aux yeux de la dominée.
Pour être tout à fait honnête, je me dois de reconnaître que quelques-uns m’ont confié pratiquer le sexe dans la position de la levrette.
Pas besoin de dessin pour expliquer pourquoi !
Mais le « missionnaire », l’ « Andromaque », les « petites cuillères » etc. n’ont vraiment pas la côte : on les laisse de côté !
En BDSM, le Kama-Sutra est limité.
L’amour -le « sentiment » amour-, n’en parlons pas… Ce serait un sujet fâcheux de plus.
 
Je suppose donc que les « vieux » couples BDSM installés et ayant « en plus » une vie sexuelle comme on la conçoit habituellement sont absents des forums puisque, comme dirait l’autre, ceux-ci ayant aussi fonction de chat, quand on a trouvé, on n’est plus sensé chercher…
 
Justement, dans les mois les plus récents, j’ai fait une désagréable expérience « à l’insu de mon plein gré » ou -pour être plus claire- je me suis rendue sur des sites de rencontres « généralistes » (pas uniquement BDSM),  pour n’y chercher « personne » mais  y « rechercher » quelqu’un…
Je ne voulais en fait qu'avoir accès au listing des abonnés de ces sites.
Il me fallait donc en faire partie moi-même...
 
Pour ceux qui ne connaîtraient pas -et sans en nommer aucun puisque tous fonctionnent de la même façon- il faut remplir un profil très perfectionné (tout est basé sur le système des affinités) où, en plus des « portraits » habituels, l’on vous demande de cocher quelques pratiques sexuelles, de même que la réponse à des questions : sexe ou non (j’avais coché « oui »), virtuel ou réel, webcam exigée ou pas.
Ensuite, pour aller plus avant, il faudrait s’abonner (très cher, de 29,90€ à 39,90€ le mois).
Heureusement (si l’on peut dire), lorsque vous êtes une femme, même si vous n’êtes pas abonnée, vous ne pouvez pas envoyer de messages mais vous en recevez des hommes qui, eux, ont payé (toujours le rapport du nombre, de l’offre et de la demande, favorable une fois encore aux femmes).
 
Ayant coché « bondage » et quelques mots du même style, je me suis retrouvée dans les « nuances » des profils BDSM de ces sites illico presto et ai eu immédiatement des contacts « appropriés », selon les affinités promises.
J’y ai même revu -sans vraie surprise- quelques abonnés de SensationSM sous leur propre pseudo (le mien n’était pas « Aurora », ils n'auront donc pas à rougir s'ils lisent cette note).
Puisque j’y étais  -nolens volens- j’ai un peu correspondu.
Toujours la même chanson.
Recherche principale : du  virtuel (même si on passait sur mon absence de webcam puisqu’il suffisait que je discute : les onanistes vont bien, merci pour eux…) ou du sans sexe (parce que le BDSM, c’est justement une sexualité qui se passe du sexe, on me l’a très bien réexpliqué : cérébralité si ardente qu’elle fait fi de tout le reste, orgasme cérébral etc., bref, tout dans le neurone, rien dans le pantalon !).
 
Quant à ceux qui m’auraient bien volontiers « honorée » si j’avais donné suite, c’était les queutards de service -hors BDSM- (n’oubliez pas que j’avais coché oui à sexe) du genre à jouer le énième dans les gangbangs, le troisième dans les histoires de cocu - cuckold ou bien les habitués de l’échangisme qui « tirent » tout ce qui bouge...
 
Je vais faire hurler mais tant pis.
Je m’en moque totalement à présent.
Je n’ai pas l’intention de prolonger indéfiniment ce blog qui aura cinq ans en septembre.
Joli moment pour finir, non, que l'arrivée de l'automne ?
J’aurais donc tort maintenant de me priver d’y dire ce que je pense.
 
Alors, voilà : il y a longtemps (depuis le début en fait) que je mets en doute la virilité des « maîtres » et que je trouve que le BDSM est une belle « planque » pour tous les « blessés » du féminisme ou les « sucer n’est pas tromper » tremblant devant Bobonne et, quant aux soumises, pour accepter de vivre cette sexualité au rabais, soit elles ont des problèmes de jouissance, soit elles s’estiment vraiment très peu.
De toute façon, ce que je remarque surtout, c’est une pénurie du mot « amour » dans toutes ces histoires.
Et ça, c’est un grand mal, un immense vide qui fait parfaitement écho à celui de la période sociale, politique, philosophique etc. que nous traversons.
 
Attention ! Je ne généralise pas.
Je pense que dans quelques angles du BDSM, il y a des tas de gens comme moi à être (pour en demeurer à la terminologie usuelle) BDSM mais aussi  vanille, de ceux qui, une fois posée la cravache, font un vrai câlin.
Seulement, ils se taisent tellement fort qu’on finit par croire qu’ils n’existent pas.
C’est bien dommage.
 
Alors, le check-up des dix ans ?
J’aime toujours autant les mots comme « abandon », « appartenir », « respect », « partage »,  « consensualité », « complicité »…mais je ne les dissocie toujours pas des mots « amour » et « sexe ».
J’aime toujours la « gestuelle » SM et son esthétique érotique…mais je regrette de ne la trouver bien souvent que dans l’art et non dans les galeries de photos persos « toujours plus ».
Je reste « Mandiarguienne » et surréaliste.
 
Quant au BDSM ?
Sourire…