Man Ray Baiser aux Rayons X

Photo © Man Ray

 
 
Il l’avait serrée contre lui, cette sauvage, cette rebelle qui passait son temps à déclarer la guerre aux autres et à elle-même, cette tigresse qui parfumait ses journées de ciguë, chair tendre mais pierre dans le cœur, aimantée seulement de rage ou de colère.
 
Plus il la serrait, plus elle se débattait, aspirant par goulées cette liberté qui lui était nécessaire mais qui l’asphyxiait tel un gaz empoisonné si elle en avalait trop, comme celui qui rêve de s’échapper de sa prison tout en craignant le moment où il n’aura plus à se mesurer avec l’ombre de son gardien.
Il la connaissait : il savait exactement quand resserrer sa prise, quand la rendre plus molle,
Juste pour qu’elle se sente à la fois dépourvue et en sécurité entre ses mains.
 
Lorsqu’il la pensa domptée, il la prit contre lui, lui défit les cheveux et les embrassa.
Elle tenta de montrer ses griffes : il posa ses lèvres sur sa main.
Il savait que chaque acte de furie trahissait une blessure intérieure, une plaie ouverte.
Il voulait en recoudre les bords et guérir enfin sa souffrance.
Même par la douleur s’il le fallait : il pinça l’un de ses seins et caressa l’autre pour lui faire éprouver la différence entre le fer et la soie : mêmes mains pour deux gestes mais un seul sentiment.
 
Il la pénétra doucement, voulant lui insuffler le calme, lui dire qu’il était là pour elle, qu’il y serait toujours, qu’il ne l’abandonnerait jamais à elle-même, qu’il ne prononcerait pas de mots sacrés pour les oublier tôt ou tard.
Elle ne parlait pas, elle ne bougeait pas. Elle s’était pétrifiée sous lui. Une défense extrême.
Elle ne voulait pas se mettre à croire. Le croire. 
Croire en un homme, c’était mourir. C’était se parjurer, lâcher prise et prendre des risques.
L’antique risque de tout perdre, celui des temps immémoriaux.
 
Au-dessus d’elle, il ferma les yeux, il ne fallait pas qu’elle puisse voir son émotion et le risque que lui aussi prenait : sa propre peur de ne pas parvenir à l’atteindre, de ne pas réussir à la rejoindre dans les tanières secrètes et inaccessibles où elle cachait ses maux sans mots.