Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir ( si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

AURORA

Pour C.

JALOUSIE ( première partie).

               

                          Tableau de Patrice MURCIANO

 

LUI :

Qui suis-je ? Quand cette question finira-t-elle de me tarauder ? Qui suis-je ? A quoi ont donc servi ces années de travail, m’être hissé là, tout en haut … Sinon à me donner confiance et voilà que comme toujours c’est cette confiance qui me fuis qui s’absente… Qui suis-je ? Pourquoi, rien, jamais ne vient me remplir, je veux dire complètement ? D’où vient ce vide, ce ressenti de vide qui ne s’apaise jamais , cette faim d’ogre… Malheureux encore lorsque j’ai tout enfin pour être heureux… Mais ces dorures, le piège de ces ors et de ces fastes ne comblent pas cet enfant que j’étais, abandonnique comme avait dit cette maudite assistante sociale lorsque je trébuchais sur l’année du brevet… Si elle pouvait me voir à présent !

Mais qui suis-je, moi qui ai tout, l’argent, la puissance, la gloire, ces femmes à mes pieds….à mes pieds vraiment puisque je ne peux les désirer qu’ainsi…Moi qui n’aime que blesser, qui confonds la caresse et l’outrage, qui ne me sens réalisé que dans ce que j’impose, douleurs, contrainte même à celle qui partage mes jours, la mère de mon enfant et que j’ai modelée ainsi… D’où me vient alors cette soif, encore et toujours plus, qu’est-ce qui me pousse vers plus d’affaires, plus de voyages, plus d’argent, plus de femmes…

Au fond peut-être ne suis-je moi-même que sur ma moto quand la vitesse et le danger me mettent moi, en péril, me grisent et m’emportent….

 

UN AMI D’AUTREFOIS :

Il avait réussi partout là où nous nous plantions toujours, il était une star du business à pas même trente ans, on l’appelait de loin…Il était LA ressource, celui dont les doigts, le doigté transformait tout en or…Massif, grosse voix, un physique de motard, pas la classe qu’il faut dans le monde des grands mais décidé à tout faire au mérite pour le faire oublier….

Lorsqu’il s’est planté, parce qu’il avait trop eu confiance dans les requins qui se servaient de lui, là, ça a été dur…Je crois d’ailleurs que peu après il a divorcé….Il avait rencontré une autre femme, ça aussi , ça l’a déboussolé…

Je ne le vois plus…Mais je sais qu’il fait toujours de très belles affaires…Il a le nez pour ça c’est sûr…

 

ELLE :

Soumise, oui, totalement maso, délabrée…J’allais le soir chatter des heures durant… Je ne parvenais à rien construire.. Bon dieu, qu’est-ce que je me faisais payer à rechercher ces situations branques, ce mec avec qui j’étais depuis mon divorce et que je me complaisais à appeler " maître ", un sombre abruti qui se servait de moi.. Et tout investir dans le boulot, essayer d’être au top toujours, pour moi, pour le petit aussi, que je faisais garder trop souvent.. Pas disponible, trop de travail et la nuit toutes ces heures sur ce chat…

La gérante du chat, madame Fabienne, m’avait prise en affection, elle trouvait que j’écrivais bien… C’est elle qui m’a mise en contact avec lui… Elle pensait que nous étions fait l’un pour l’autre…

Je le revois arriver la première fois, descendre de sa moto, j’ai pensé qu’il n’était pas léger léger et au premier abord, je n’ai pas pensé que…

 

LUI :

Dès que j’ai correspondu avec elle, j’ai joué au chat et à la souris : il me la fallait…Qu’importe que nous ayons été si encombrés chacun de son côté…Lorsque j’ai vu couler le miel de ces cheveux hors de ce ridicule bonnet qu’elle portait pour notre première rencontre , j’ai su que j’allais la vouloir à tout prix…J’ai pensé qu’elle, peut-être, assouvirait ma faim d’ogre ou m’aiderait à l’assouvir…J’ai lu dans ses yeux le potentiel de ce qu’elle pourrait supporter et m’offrir… C’était une esclave reine, la seule qui enfin, allait savoir porter ces bracelets de métal, ce collier d’acier si lourd dont je ceignais et parais les autres mais qui sur elles perdaient leur couleur et le sens profond de leur symbole…On voyait à sa bouche de chair vive combien elle aimait la douleur et je savais déjà en tout point comment je la ferai souffrir, comment tous les deux de ce mal, nous tirerions enfin l’essence de nous sentir vivants et de renvoyer derrière les eaux noires des miroirs ces ombres du passé qui nous rongeaient.. Car en cela aussi elle était ma semblable….