I COMME INUTILE ( et un sourire au Petit Prince de St Exupéry)...

 

Pendant trois ans et quelques mois, j’ai vécu une histoire inutile. Cela peut arriver à tout le monde, BDSM ou pas…

Alors, pourquoi ne pas la raconter…

 

Je cherchais un Dominateur… Consciente que je ne le rencontrerais pas chez mon boulanger ou dans ma salle des profs (MDR !), je finis par répondre à une petite annonce un rien équivoque du journal hebdo local.

 

Le monsieur en question était un grand bourgeois de ma ville, d’autant plus grand qu’il en avait épousé en secondes noces l’une des belles fortunes.

 

Il était habillé très chic, avait de belles voitures, du bagout, et moi, je ne connaissais rien à la Domination.

 

Il aimait sa femme, c’est vrai, il ne parlait que d’elle. Je veux dire que lorsque nous traversions la ville en catimini , il me faisait observer que tel ou tel immeuble appartenait à celle-ci…Je demeurais tapie dans sa voiture, de peur qu’une des connaissances de sa femme ne nous vit.

 

Il aimait aussi sa voiture, tant et si bien que, lorsque nous étions ensemble à l’hôtel, il se relevait et remettait son caban de quart d’heure en quart d’heure pour aller vérifier qu’on ne la lui ait point volée.

 

Il m’avait interdit le parfum et le rouge à lèvres qui laissent odeur et couleur tenace sur les hommes et dans les voitures.

 

A part ça, c’était donc, disait-il, un dominateur… Sauf que pour y avoir la tête dans ces conditions….

 

Il me trompa toujours (une forme sans doute de dominer aussi.). Je ne le sus pas toujours. Mais à la fin , si !

 

Je ne lui plaisais pas. Cela, je l’ai toujours su…Il aimait fantasmer ( c’est déjà loin) sur Adriana Karembeu qui faisait recette chez Ardisson à l’époque…. Moi, je n’avais pas assez de.. et puis un peu trop de…

 

Et puis je ne voulais pas jouer les quatuors à corde, je ne voulais pas dominer les hommes, je n’étais pas bi, j’étais de gauche.

 

Ce n’était pas même un bon dominateur mais cela je ne l’ai su qu’après, bien après…

C’était un homme comme tant d’autres qui se la jouait expérimenté avec une pauvre novice.

Il n’avait pas le respect, le sens du partage, le goût de guider qui font les qualités de ce que nous appelons chez nous un vrai « dom ».

 

Pendant ces trois ans, j’ai fait beaucoup de choses pour lui plaire, je suis allée me donner en spectacle dans quelques lieux connus, je l’ai laissé me conduire comme à la potence chez quelques dominatrices professionnelles…

 

Pourquoi j’ai fait tout ça ? Oh ! C’est simple : parce qu’on ne trouve pas un dominateur chez son boulanger et puis  parce que moi, cet homme-là, je l’aimais…

 

S’il n’a jamais franchi les « limites » que j’impose dans les jeux, c’est à dire pour moi "l’humiliation", sans doute ne me suis-je jamais sentie aussi humiliée que pendant ces trois ans là….

C’est très dur d’aimer sans retour…. 

 

Un beau jour, il a eu une nouvelle fantaisie : il m’a demandé de me créer un, puis des pseudos sur un chat BDSM, pour attiser les hommes ….Un chat sur lequel il avait lui-même, à mon insu, plusieurs pseudos.

 

La suite est connue de beaucoup d’entre vous, vieux lecteurs. Elle ne mérite pas d’être ici ressassée une fois de plus.

 

Je dirai simplement qu’au bout de quelques mois, sur ce chat, j’ai rencontré M.

Et que lentement, lentement, il m’a apprivoisée….

 

Ce que je suis devenue, vous le savez…. Je suis l’Aurora du weblog.

 

 

                 

 

 

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince
- S'il te plaît... apprivoise-moi, dit-il !
- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi!
- Que faut-il faire? dit le petit prince.
- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

 

        ANTOINE DE ST EXUPERY - LE PETIT PRINCE