Sade "Voyage à Naples" dans son édition chez Rivages Poche mai 2008

Sade - Scan de couverture de « Voyage à Naples » © Editions Rivages Poche.

 
 
 
Je ne renoncerai jamais au désir de donner envie de découvrir Sade parce qu’il est, pour moi, l’une des plus belles plumes du XVIIIème siècle.
 
Bien entendu, ce n’est pas un auteur qui peut être mis entre toutes les mains.
Et j’éprouve même quelquefois un doute sérieux à le conseiller à des adeptes de BDSM, tant c’est chez ceux-là que j’ai, je crois bien, rencontré le plus d’aversion « a priori » pour lui.
Cela tient peut-être aussi au fait que j’ai, dans ce monde du BDSM, trouvé que la plupart des « dits-pratiquants » avaient la lecture paresseuse et que Sade n’est pas un écrivain facile.
 
Voici qu’à la moitié de ce mois de mai les éditions Payot-Rivages (poche) ont la bonne idée de publier « Voyage à Naples », que tout le monde peut lire sans risque de se retrouver outré.
 
Avant que d’être embastillé Sade a, pendant des années, dû fuir la France bien souvent et ainsi franchi maintes fois la frontière des Alpes.
Alors qu’il ne se considère pas encore comme écrivain, il prend néanmoins, au fil du temps, des notes de voyage qui seront un jour (au XXème siècle) réunies sous le titre de « Voyage en Italie ».
« Voyage à Naples » est une partie de ce texte, la plus intéressante sans doute car elle est le fruit d’une longue permanence (janvier-mai 1776) de Sade dans la ville mais aussi parce qu’elle lui servira plus tard dans l’écriture du voyage de Juliette lorsqu’ il rédigera de 1799 à 1801 « Juliette ou les Prospérités du Vice ».
 
C’est très bien écrit, enlevé et foisonnant de détails sur la vie quotidienne -et non seulement celle de débauche- dans la capitale de ce qui est alors un Royaume à part entière.
Visiteur caustique, étonné parfois, Sade nous livre une « nature vive » de cette ville, grouillante d’activités et -déjà- de contradictions.
 
 
 
 
Sade Les cent vingt journées de Sodome exposition de 120 dessins de Marc Lavalle à Saint-Jeannet juin 2008
 
Marc Lavalle Sade une vision des "Cent vingt journées de Sodome" exposition juin 2008
 
Sade - « Les cent vingt journées de Sodome » - Dessins © Marc Lavalle
 
 
 
L’œuvre la plus contestée de Sade est « Les cent-vingt journées de Sodome ».
Monument de l’horreur selon certains, production inachevée selon d’autres, le manuscrit original se perdit à la prison de la Bastille pour n’être retrouvé qu’après la mort de son auteur, une dépossession dont il ne se consola jamais.
Ceux qui ne l’ont pas lu, ceux qui ne le liront jamais, pourraient toutefois être intéressés par un événement « autour de » ce texte.
 
Jusqu’au 29 juin 2008, Marc Lavalle expose, dans le village de Saint-Jeannet (à deux pas de Vence), une série de 120 dessins qu’il a réalisés sur commande d’un collectionneur.
Cette performance sera accompagnée de gravures inspirées de la correspondance entre le Marquis de Sade et sa femme.
Après Man Ray, Dali, Clovis Trouille (et quelques autres encore) qui ont donné leur vision du Divin Marquis, la démarche artistique de Marc Lavalle me paraît tout à fait particulière en ce début du XXIème siècle : son travail est une représentation personnelle souvent abstraite de l’ouvrage sadien, une restitution -non « alla lettera » du texte mais de ressentis et de climats- que la déferlante de la lecture des « Cent-vingt journées de Sodome » a provoqué chez le plasticien.  
Pour tous ceux du Sud-Est, un rendez-vous à noter absolument.
Et le site pour vous donner un aperçu.
 
 
 
Enfin, j’attire votre attention sur un article paru le 23 mai dans « Le Monde » (NB : deux pages le composent).
En août dernier, nous étions revenus enchantés de notre séjour provençal à Lacoste (ancien fief du Marquis de Sade) et de la restauration de son château grâce à Pierre Cardin.
Lorsque j’en avais parlé ici, quelques-uns m’avaient fait remarquer que tout n’était pas peut-être aussi rose que je le pensais dans l’attitude du mécène.
Il se trouve que ce reportage semble en effet le confirmer ou, tout au moins, poser certaines questions.
Un Lacoste « Bling Bling » en vue?
A lire donc, comme addenda à ce que j’avais pu exprimer alors sur mon blog, pour se faire une idée personnelle de la situation.