Camille Claudel Bronze L'Implorante vers 1895

 

Camille Claudel sculpture bronze et onyx "Profonde Réflexion" 1905

« L’Implorante » - Camille Claudel- © Musée Rodin.

« Profonde Réflexion » -Camille Claudel- © Collection particulière.

 
 
 
 
Camille valait bien Auguste, ce n’est pas une découverte.
Et si Rodin fut "Maître", ce fut pour une élève qui l'égala bientôt et non pour une esclave. 
 
On peut s’en rendre compte jusqu’au 20 juillet 2008, justement au Musée Rodin de Paris dans une rétrospective consacrée à la statuaire (ainsi qu’elle se définissait elle-même) géniale et folle, -ou peut-être simplement follement géniale- Camille Claudel, qui porta la sculpture féminine à ses plus grands sommets en une époque où la femme était encore socialement dominée par le poids de la puissance masculine (toute la destinée de Camille est scandée en trois époques où sont « responsables » d’elle d’abord son père, bienveillant soutien, puis Rodin, l’amant ambigu, et enfin Paul, le frère tant aimé qui trahit et abandonne la malheureuse à son sort psychiatrisé). Et une mère qui mesure le monde à l’aune du même carcan : une femme n’a pas à être artiste, une femme n’a pas à être sujet de scandale.
 
Insoumise et rebelle dès son enfance, Camille Claudel n’a strictement aucun rapport avec le BDSM qui fait le sujet de fond de mon blog.
 
C’est moi et moi seulement qui vois dans certaines de ses œuvres une représentation de la soumission.
L’art est un domaine si particulier qui fait que nos yeux, en s’y posant, transfigurent parfois les intentions de l’auteur pour y mettre « en plus » une interprétation qui nous semble limpide bien que nous la sachions complètement falsifiée par ce que nous voudrions absolument y trouver : un reflet de nous-mêmes.
 
Parmi tant et tant de sculptures, le bronze « L’Implorante » m’apparaît comme les mains tendues d’une offrande amoureuse toute de sensualité bouillante.
Quant à la composition d’onyx et de bronze « Profonde Réflexion », elle me parle d’attente, de résignation, et de plaisir dans cette résignation.
 
Or, « L’Implorante » n’est qu’une ébauche, un travail de départ pour un sujet qui viendra ensuite prendre place dans le groupe dit de « L’Age Mur » (et qui, dit-on, figure le triangle amoureux maudit qui scellera l’infortune de la sculptrice : Rodin emportée par sa vieille compagne, Rose Beuret, tandis que Camille essaie de le retenir en une dernière supplique avec l’ardeur de sa jeunesse) et « Profonde Réflexion » -dont on connaît trois versions- ne représente qu’une femme à genoux devant une cheminée, se laissant aller à ses pensées et appartient à une époque où Camille se consacre à travailler « techniquement » les états d’âme au travers des postures.
 
Il n’y a donc aucun BDSM et aucune soumise dans ces deux œuvres d’un point de vue objectif.
Il n’y a que moi qui m’y projette une vision de moi.
Qu’importe au fond puisque c’est une vision d’amoureuse…