Aldo Moro pensif, 1976, Photographie d'archives.

Aldo Moro en 1976 - Photo d’Archives.

 
 
 
« Je sais les noms de tous les groupes des puissants qui, avec l’aide de la CIA ainsi que des colonels grecs et de la mafia, ont créé une croisade anticommuniste, brisé 1968 et ensuite, toujours avec l’aide de la CIA, se sont refait une virginité antifasciste.
Je sais les noms de ceux qui, d’une messe à l’autre, ont donné les ordres d’assurer la protection de vieux généraux (pour avoir en réserve la structure nécessaire à un coup d’Etat), celle des jeunes fascistes ou plutôt néonazis (pour créer la tension anticommuniste) et enfin celle des criminels de droit commun pour créer la tension antifasciste qui lui succéda.
Je sais tous ces noms, et je sais tous ces faits (ces attentats contre les institutions, ces massacres d’Etat) dont ils se sont rendus coupables.
Je sais. Je sais mais je n’ai pas les preuves. »
 
Pier Paolo Pasolini, le 14 novembre 1974 sur « Il Corriere della Sera ».
 
« Ce que vous appelez la stratégie de la tension eut la finalité, même si heureusement elle ne parvint pas à son but, de remettre l’Italie dans les rails de la "normalité " après les événements de 68 et l’automne chaud qui suivit.
On peut penser que des pays intéressés à plus d’un titre par notre vie politique et donc ayant eux aussi un but dans cette affaire, y aient été d’une manière ou d’une autre impliqués à travers l’action de leurs services de renseignements.
Les commanditaires en étaient ceux qui dans notre parti, ceux qui dans notre pays, se rangent périodiquement, c'est-à-dire à chaque occasion qui se présente, du côté de qui repousse les nouveautés qui pourraient les déranger, ceux qui préfèreraient retourner à des temps plus anciens… ».
 
Aldo Moro dans les feuillets retrouvés et connus du « Mémorial de Moro ».
 
 
 
 
V - EPILOGUE ET EBAUCHE DE BIBLIOGRAPHIE.
 
 
 
 
Voici venu le moment de conclure.
Et c’est l’instant où je me rends compte que ce texte aurait pu, aurait dû, être tout autre.
Parmi les centaines et les centaines de faits, pourquoi avoir choisi la vingtaine d’entre eux que je vous ai présentés ?
Vingt autres à cette heure me paraissent bien plus probants.
 
Si c’était à refaire, je vous parlerais de l’audition, devant la Commission Parlementaire de 1999-2000, de ce Capitaine des Carabiniers qui emporta les papiers à peine retrouvés du « Mémorial de Moro », dans le repaire brigadiste de Via Montenevoso à Milan en 1978, pour les « photocopier » avant l’arrivée du Général Dalla Chiesa et de la Magistrature.
Lorsqu’on lui reproche son manque de déontologie et toutes les questions que celui-ci peut entraîner, quand on lui dit que Dalla Chiesa se déclara suspicieux devant la première Commission Moro de 1980, il rétorque que « C’est dommage que le Général ne soit plus des nôtres, qu’on a sûrement mal compris ses paroles et que s’il était encore là, il démentirait. ».
Quand on lui demande si, à son avis, les Brigades rouges pouvaient être infiltrées lors de la préparation de l’affaire Moro, il dit penser que non « puisque Mario Moretti lui-même l’a écrit dans son livre. ». 
 
Si c’était à refaire, je vous raconterais la première rencontre d’Eleonora Moro, justement avec cette Commission de 1980, où elle parle d’un mari devenu inquiet et taciturne, rédigeant son testament secrètement, après ce voyage à l’étranger où un haut représentant lui fit savoir « que s’il réalisait le compromis historique, il le paierait très cher », cette rencontre où elle narre son entretien avec un Ministre auquel elle reproche d’être allé fouiller le village de Gradoli sans chercher à savoir s’il n’existait pas une rue du même nom à Rome, ce Ministre qui s’en excuse en disant : « J’avais regardé sur un plan et il n’y en avait pas mais mon plan était ancien et ne contenait pas les extensions d’urbanisation romaine des années les plus récentes. », cette rencontre où, à l’interlocuteur assermenté qui lui demande « Pensez-vous que ce sont les Brigades Rouges qui ont tué votre mari ? » , elle répond : « Il faudrait savoir ce que sont les Brigades Rouges que vous me citez là et surtout qui est leur « metteur en scène », celui qui tire les fils. Alors, nous aurions répondu à la plus grande partie des questions. »
 
Si c’était à refaire, je vous dirais que partout, à un moment ou à un autre, dans les quelque 25000 pages des procès successifs et des actes des commissions citées, on en arrive toujours à tomber sur l’Institut parisien de Langues Hypérion…
 
Et peut-être qu’ainsi vous auriez mieux compris comment l’assassinat de Moro fut programmé à cause d’une convergence historique de multiples intérêts disparates qui se trouvèrent réunis en un moment précis sur sa personne -ou plutôt sur l’élimination de sa personne..
 
Je sais que la vérité existe, qu’elle est quelque part dans ces milliers de pages, qu’elle est sous nos yeux et que nous ne savons pas la lire parce que nous ne prenons pas les bonnes pièces du puzzle, que nous croyons qu’il nous en manque alors qu’en fait nous en avons bien trop et que ce trop, ce sont les leurres qu’on a placé entre cette vérité et nous.
 
Pourquoi ai-je tant besoin de connaître cette vérité-là plutôt qu’une autre ?
Pourquoi vous ai-je « embarqués » avec moi dans ce voyage ?
J’avais moi aussi besoin de témoins.
Ces années-là, les Années de plomb, ce sont celles de la fin de mon adolescence.
A ce titre, ce sont les plus belles de ma vie. Et pourtant…
Je ne pense pas durant mes années italiennes avoir rencontré un seul terroriste (je suis obligée de le formuler ainsi car, si tel avait été le cas, on imagine bien qu’il ne serait pas venu me le dire !)
Mais je fréquentais assidûment les groupes de « Lotta Continua ». Et là, la tendance était très divisée : qui condamnait sans restriction ceux de la lutte armée, qui avait pour les terroristes une certaine indulgence, les nommant « i compagni che sbagliavano » (« les camarades qui se trompaient »). Mais « camarades » tout de même. 
J’ai été de ceux-là.
 
Jusqu’à cette fêlure du 16 mars 1978.
Pourquoi s’attaquer à l’homme du « compromis historique » ?
J’y croyais, moi.
Je pensais qu’il fallait laisser une chance à cette ultime solution.
Bien sûr, il y avait encore Andreotti au milieu.
Mais Moro, comme Berlinguer, étaient des hommes intègres.
 
Jusqu’à cette brisure du 9 mai 1978.
Elle marque pour moi la fin de l’innocence.
Ce jour-là, je suis devenue grande.
J’ai compris que ce n’était pas comme dans les dessins animés et qu’à la fin, quand on a joué à la guérilla avec de vraies armes, les morts ne se relèvent pas. 
Que l’on ne peut pas parler d’un Etat assassin tout en s’accordant le droit d’appliquer la peine de mort.
La peine de mort, le mot est lâché.
Mais de quoi d’autre s’agissait-il, sincèrement ?
 
Je suis revenue en France en 1981.
Pas volontairement. A la suite d’un chagrin d’amour.
Je suis revenue juste à temps pour voter pour la première fois de ma vie (j’avais enfin l’âge).
Et en votant pour Mitterrand et le Programme Commun de la Gauche, je crois franchement que j’ai voté pour que se réalise -même ailleurs, mais que se réalise-, le « compromis historique ».
 
Enfin -et comprenne qui pourra- j’ai pensé que plutôt que d’ensevelir le mai 68 français sous une note « bobo » d’hommage de plus qui participerait « nolens volens » à son enterrement de première classe, il valait mieux que je vous fasse le récit du mai 78 italien.
Réfléchissez bien. Vous verrez que l’un et l’autre ne sont pas sans rapport.
Que l’un nous a peut-être évité l’autre.
 
Avant de revenir en France, j’avais eu le temps d’assister à la fin des Brigades Rouges.
L’affaire Moro fut leur « coup d’éclat » mais aussi leur « chant du cygne ».
En 1981, avec l’arrestation de Moretti, c’est le glas qui sonne pour eux même si dans les deux années successives, quelques commandos organisent encore des actions dans la ligne qu’il avait impulsée aux BR.
Mais la plupart prennent le chemin de la France, où la « Doctrine Mitterrand » leur accorde l’asile politique.
De repentis en dissociés, de ceux qui déclarèrent la fin de la lutte armée parce que devenue historiquement inadéquate, toutes les têtes pensantes, tous les terroristes ayant réellement agi, sont aujourd’hui, peu ou prou, hors de prison, en semi-liberté pour la plupart.
Demeurent dans les geôles ceux qui ne se dédirent jamais et, en une parallèle effarante, ceux qui ont toujours crié leur innocence.
 
De temps à autre, des groupuscules qui intègrent « Brigades Rouges » dans un nom composé commettent des attentats et ravivent la frayeur dans le pays.
Toutefois, à part l’appellation qu’ils s’attribuent, ils n’ont rien à voir avec l’idéologie originelle des BR.
 
Je veux ici préciser qu’au grand dam de mes amis italiens et peut-être à votre grande stupéfaction, je milite pour une amnistie qui serait accordée aux « acteurs » des Années de plomb.
Quels qu’ils soient.
Si peu de militants de l’extrême droite (qui fut la plus responsable en nombre de morts ou blessés) ont été pris tandis que l’on accordait de façon occulte à leurs chefs des sauf-conduits vers des exils dorés que je pense que, si l’oubli doit tomber, il doit le faire sur eux aussi.
Ma motivation en ce sens est que je crains que dans les coups de filet à l’aveugle qui se multiplièrent (si la police avait été d’une inactivité stupéfiante durant l’affaire Moro, elle fut d’une fébrilité tout aussi stupéfiante dans les temps qui suivirent son assassinat), il y ait eu des non coupables qui aient été pris, ainsi que de simples connaissances qui ne commirent que l’erreur d’accepter qui un fugitif en transit, qui quelques tracts à cacher.
Le seul homme politique -mais l’intérêt personnel qu’il avait dans cette affaire n’échappera à personne- à avoir envisagé cette possibilité d’amnistie fut (à mon grand regret de me retrouver ainsi liée à lui) Francesco Cossiga.
Devant la colère nationale suscitée, il y renonça.
Je comprends totalement les Italiens qui ne peuvent oublier -selon eux, c’est encore trop récent et ces années (qui ne sont les plus belles de ma vie que parce que j’étais jeune) furent terribles à vivre, il faut le dire.
De la crainte permanente d’un « putsch » aux batailles de rue, en passant par les attentats, les diverses périodes de lois d’exception qui eurent lieu de 1969 à 1979, ils ont payé un lourd tribu.
Des familles ont été brisées par la perte d’un proche, d’autres ont été atteintes d’une manière diverse en ayant en leur sein un activiste, qui d’extrême gauche qui d’extrême droite, parfois même les deux comme le montrait le beau film « Mon frère est fils unique » de Daniele Lucchetti, l’an passé.
Il n’empêche.
Toute une génération -qui se trouve être la mienne- ne peut être ainsi « gommée ».
Elle est coupable avant tout d’une erreur personnelle mais elle est aussi le symptôme d’une horreur de l’Etat.
Au vu des phrases que j’ai placées en exergue et qui authentifient l’existence de « la stratégie de la tension », pourquoi les mains qui firent devraient-elles être stigmatisées définitivement alors que les têtes qui commanditèrent  n’ont jamais payé, ne paieront jamais ?
 
J’avais aussi eu le temps de voir l’échec de la mise en place du « compromis historique ». Devant des divergences incommensurables avec Andreotti, dès janvier 1979, les communistes reprirent leurs distances.
 
Et j’avais eu encore le temps de voir la Mafia être, rester, demeurer la superpuissance
qu’elle est toujours aujourd’hui comme on le voit depuis des mois dans la crise des ordures de Naples.  
 
Si j’étais restée en Italie, j’aurais vu la Démocratie Chrétienne se désagréger de 1989 à 1992, prise dans le scandale de « Tangentopoli » (incroyable affaire d’énormes pots de vin versés à la plupart des partis politiques dans le cadre de marchés publics) qui entraîna l’opération « Mani Pulite » (Mains Propres) du Juge Di Pietro.
 
J’aurais vu le Parti Socialiste de Bettino Craxi disparaître totalement en 1994 à la suite de cette même enquête.
 
J’aurais vu en 1991 le PCI -qui dépassait pourtant la Démocratie Chrétienne en nombre de voix en 1984 à la mort de Berlinguer- éclater et devenir peu à peu un Parti social-démocrate qui se situe exactement dans la ligne du PS français tel qu’il est actuellement.
Comme le PCI n’était nullement impliqué dans les enquêtes de corruption qui secouaient alors le pays, je dois dire qu’à ce jour, je n’ai toujours pas compris pourquoi il prit ce tournant.
Seule façon pour eux d’accéder un jour à un gouvernement de coalition comme il advint en effet, peut-être, sans doute même, mais à quel prix de reniement !
Et j’aurais, naturellement, vu l’ascension berlusconienne en laquelle se réunissent toutes les options politiques négatives que voulut combattre Aldo Moro.
 
Depuis l’an passé, sur décret du gouvernement Prodi, ce que l’on célèbre le 9 mai dans toute l’Italie, c’est un hommage aux victimes du terrorisme des Années de plomb.
L’initiative est louable mais pas le choix de cette date.
C’est un peu comme si la classe politique assassinait Aldo Moro une seconde fois, tentait de faire oublier ce dérangeant fantôme en le noyant au milieu de tous les autres.
Ne vous méprenez pas : je n’entends pas dire ici que la vie d’un homme d’Etat est plus importante que celle du plus infime des citoyens.
Non, pas du tout.
Mais Aldo Moro est tout de même comme un caillou dans la chaussure de tous les gouvernements qui se succèdent.
Que l’on nomme ce caillou comme on le voudra : regret, remords.
Qu’on le nomme même, comme nous l’avons vu au moins pour deux des membres du Sénat, de son vrai nom : « culpabilité ».
Qu’on le nomme de cent manières s’il le faut mais ce caillou existe. 
Et l’enfouir dans le sable de « toutes les victimes du terrorisme » est une façon de s’en débarrasser en espérant que, l’âge aidant, les « dietrologues » se lasseront de faire des conjectures, tant l’on est sûr d’avance que l’on ne trouvera rien dans ces archives secrètes qui vont s’ouvrir à la fin de ce mois.
Comme l’on n’a jamais rien trouvé en 1978 dans le bureau officiel de celui qui était alors le Président de la Démocratie Chrétienne.
 
Pensez un peu, un homme qui dirigea cinq gouvernements et qui n’a -dans le bureau que l’Etat met à sa disposition- aucun classeur, aucun dossier d’envergure !
Pourtant c’est bien lui qui, catholique fervent par ailleurs, fut à l’origine des lois les plus progressistes votées en Italie après les années 60.
Je ne prendrai qu’un seul exemple : celle autorisant le divorce qui fit couler tant d’encre et qui lui valut bien des inimitiés au sein de son parti.
Une de celles qui lui coûtèrent, comme je l’ai expliqué, plusieurs fois la charge de Président de la République.
 
Si vous parlez à de jeunes Italiens d’Aldo Moro, vous vous apercevrez qu’un sur deux seulement connaît son nom et qu’il l’associe à son assassinat par les Brigades Rouges.
Encore moins savent qu’il fut un homme politique.
Parlez de lui aux plus anciens et vous verrez que sur Moro, l’on n’a rien à vous dire.
Paradoxe italien, on a par contre des tas d’anecdotes et surtout de blagues à vous raconter, avec beaucoup de bonhomie, voire de sympathie, sur Andreotti et Cossiga.
 
« De la vie et de la mort d’Aldo Moro, l’Histoire jugera » avait écrit la famille dans le faire-part de décès.
De sa mort, l’Histoire n’a rien jugé qui a cristallisé son cadavre dans le mensonge.
De sa vie, je ne suis pas certaine qu’elle juge à sa juste valeur.
 
Aldo Moro était le mât d’honnêteté qui maintint en vie, dans la plus absolue des discrétions, pendant des années une DC toujours plus pourrissante au fur et à mesure des exactions de certains de ces membres.
Mais à avoir joué ce rôle dans l’ombre -parce que cela ne pouvait fonctionner qu’en se tenant à l’écart- ce sont les pourris, denier rendu à leur populisme, qui demeurent populaires.
 
Il en va de même avec les Brigades Rouges, étrange fil qui court de la victime à ses bourreaux, mais en sens inverse. 
De toute l’histoire du terrorisme, rouge ou noir, on ne retient qu’eux.
J’ai eu à corriger sur un blog la semaine passée le fait que les BR ne furent pas les auteurs de l’attentat de la gare de Bologne.
 
A l’heure de refermer ces pages, que dire d’Aldo Moro pour tenter, après avoir parcouru les heures les plus sombres, de vous en donner une image de vie, l’image d’un homme vivant ?
Quel souvenir ai-je gardé, moi ?
Celle de cette mèche blanche frisée sur le front alors que tout le reste de sa chevelure était resté châtain.
Celui de sa voix, pas une voix de tribun, mais celle d’un homme qui parle lentement, calmement, et prolonge comme dans le Sud de l’Italie toujours un peu trop les voyelles.
 
Il m’est très difficile de le revoir bouger.
Alors que, quand je ferme les yeux je retrouve très bien Berlinguer en mouvement, souriant, s’agitant dans les meetings.
 
La tragédie a figé Aldo Moro en deux photos, celle de son visage fatigué sur le Polaroïd des BR et celle de son cadavre replié dans le coffre de la Renault 4 retrouvée Via Caetani.
 
Il me semble à présent bien plus le connaître par ses écrits que par le reste.
Ces lettres de « prison », puisque c’est d’elles qu’il s’agit, révèlent non un homme qui a peur devant la mort, mais un homme tourné vers l’espoir.
Presque jusqu’au bout.
Et tout à la fin, c’est encore l’espérance qui domine, cette espérance d'authentique chrétien, si rare dans ce monde de la Démocratie Chrétienne où l’église n’était pour beaucoup des politiciens que fausse caution, prétexte à paraître -cette espérance que je lui reconnais même si je ne partage pas sa foi- une espérance dans un autre monde où il retrouvera tous ceux qui lui sont si chers.
 
Ces lettres, objets de bien des polémiques puisqu’il finit, quand il comprit qu’on l’avait abandonné, qu’on le sacrifiait pour d’obscurs desseins, par y dire ce qu’il pensait, ce qu’il avait probablement toujours tu par souci de courtoisie ou de nécessité politique, sont bien plus de lassitude et d’écoeurement que de vengeance.
 
Face à la mort, on fait son bilan.
Celui qui l’inscrivait dans l’histoire de la Démocratie Chrétienne devait l’horrifier.
Alors, il écrivit ce « Mémorial » où il donna tout à connaître à ceux qui le tenaient prisonnier et qu’il avait toujours appelés -au grand scandale de son propre mouvement mais aussi du Parti Communiste- « le parti armé », ceux que lui, « le moins impliqué de tous », considérait comme les héritiers de ce mouvement étudiant du bref 68 italien avec lequel il était allé dialoguer dans son Université, suscitant les lazzi des autres « grands » hommes politiques de la DC. 
Tout à connaître, et certainement encore bien plus que ce que ceux-là avaient désiré entendre dans leur « procès populaire ».
Il se fit Historien en quelque sorte et usa du droit de l’Historien à tout dire.
Confirmant ainsi la théorie « visionnaire » de Pasolini.
Le second bilan, le fil qui le reliait à sa famille, est un bilan d’amour.
 
Ce sont donc les mots d'Aldo Moro que je veux ici pour terminer.
Un extrait de sa dernière lettre du 5 mai 1978, adressée à Noretta (Eleonora), sa femme :
 
« Je voudrais comprendre…
Avec mes yeux de simple mortel, comment ferons-nous pour nous voir, après ?
S’il y avait de la lumière, ce serait splendide.
Mon amour, je serai toujours à tes côtés… ».
 
 
 
 
 
 
(FIN)
 
 
 
(Trop) Brève bibliographie
 
 
En Français :
 
Aldo Moro : « Mon sang retombera sur vous » (Lettres retrouvées d’un otage sacrifié, mars-mai 1978) - Editions Tallandier - 2005 et réédition chez Points Seuil (Poche) mars 2008.
 
Leonardo Sciascia : « L’affaire Moro » - Editions Grasset juin 1978 et réédition dans « Les Cahiers Rouges » -Grasset- 2008.
 
Emmanuel Amara : « Nous avons tué Aldo Moro » - Editions Patrick Robin - 2006.
 
En Italien :
 
Sergio Flamigni : « La tela di ragno » - Kaos Edizioni - 1988.
 
Du même: « La sfinge delle Brigate Rosse » - Kaos Edizioni - 2004.
 
Ferdinando Imposimato : « Doveva morire » - Chiarelettere Edizioni - 2008.
 
 
Films
 
« L’affaire des cinq lunes ("Piazza delle Cinque Lune") » (2003) de Renzo Martinelli (sous forme de fiction « thriller » mais s’appuyant sur des documents reconnus, jamais sorti en salles en France et seulement disponible en DVD, ce film est le seul à avoir reçu l’approbation de la famille Moro).
 
« Buongiorno, notte » (2004) de Marco Bellocchio (très librement adapté des mémoires de la brigatiste Anna-Laura Braghetti, ce film reconstruit de manière métaphorique les jours et les ressentis d'une des geôlières d’Aldo Moro dans la « prison du peuple »).