AURORAWEBLOG BDSM Submissive Blindfold Auteur Inconnu

Photo : Auteur Inconnu

 
 
Quand je lis ici ou là, il m’est désormais difficile de trouver quelqu’un qui exprime quelque chose de nouveau, quelque chose de différent quant au BDSM.
D’une part, il faut prendre en compte que les forums finissent tous par se répéter -une « cuvée » d’adhérents de l’année ne fait que poser les questions auxquelles il a été répondu déjà deux ou trois fois, dans les cycles successifs de la vie d’un site- et d’autre part, j’ai moi-même fait -et refait- le tour de la question sur ces généralités qui peuvent s’y dire.
Les deux facettes de la chose expliquent mon ennui.
 
Sur le site italien où je vais, il y a un inscrit tout récent.
Prouvant une fois encore que -comme au casino- la chance sourit à ceux qui arrivent, il a tout de suite trouvé une soumise, l’une des femmes les plus sympathiques de ce forum en plus.
Du coup, ouvrant son blog, il lui dédie ces quelques lignes :
 
[Ce ne sera pas moi qui te dirai que faire.
Jamais je ne dirai « viens nue, viens seulement avec un soutien-gorge, épile-toi, enfile-toi un plug dans le c…l, mets ton collier ».
Jamais je ne te dirai ces choses mais seulement « Surprends-moi ! »]
 
Je dois avouer que ces phrases m’ont bien plu. Leur état d’esprit.
J’ai cliqué le profil pour voir.
Cela commençait par : « Je n’ai jamais aimé les esclaves* soumises, je les veux fières, je les veux mes égales. Je les veux chattes et tigresses… ».
Belle profession de foi.
C’est le second C.V. de dominateur qui me plaît sur ce site en deux ans de présence.
Parmi des centaines, c’est dire…
Celui du premier était « A quoi sert le chanvre ? C’est l’esprit le lieu où les cordes se nouent… ».
Je vous les cite pour vous montrer ce que je juge digne d’intérêt.
En tout bien tout honneur.
Je ne vais en ces lieux qu’avec mon profil barbelé.
Il ne me prémunit pas de tout (les hommes cliquant pour dialoguer sans lire la plupart du temps) mais tout de même, il m’évite des gênes (j’écris en forum aussi dans ce but).
 
Le monsieur qui affichait son « Surprends-moi ! » a surpris.
Pas comme il le voulait.
La communauté est là-bas « chaleureuse » : tout le monde se permet d’intervenir sur le blog du voisin pour dire ce qu’il pense.
Et, dans son cas, ce sont les soumises qui se sont manifestées.
Désorientées au minimum, en colère dans le pire des cas.
Du message (qui ne leur était pas destiné), elles ont cueilli le résumé « Je ne donne pas d’ordres » et se sont insurgées.
La plus neutre a écrit : « C’est ta manière de te positionner comme maître mais je dois dire qu’elle ne me conviendrait pas. »
Les autres ont dit (quelques extraits en vrac) : « La soumission c’est obéir et c’est tout. Ici, c’est impossible, il manque tout le plaisir de se conformer aux ordres reçus », « Mais comment ! Tout reposerait sur la soumise alors ? », « Avec toi, quelle fatigue et quelle imprécision !  Le maître doit indiquer ce qu’il faut faire !  ».
 
C’est tout de même étrange cette façon de voir l’obéissance comme -plus encore que la formule magique habituelle du don ou de l’abandon- un dépôt complet de la volonté, presque une forme de la paresse ou de la passivité (j’ai trouvé l’expression « Quelle fatigue ! » proprement ahurissante, même si, à parcourir quelques blogs en France, j’avais déjà ressenti cette espèce d’effet « soumission = confort de ne plus décider par soi-même »).
Sans compter ce désir inconscient de déculpabiliser, souvent sous-jacent mais qui ne s’exprime généralement au grand jour qu’après, une fois seulement que la relation est rompue : « Je ne suis pas responsable de ce qui s’est déroulé. « On » me le faisait faire. ».
 
L’auteur de la note « bloguée » s’est défendu en expliquant qu’il désirait uniquement que sa soumise le surprenne comme lui la surprenait, que pour lui le plaisir du jeu était là et que ce n’était peut-être pas proposer le chemin le plus facile car les ordres tracent une voie qui demande peu de participation « mentale ».
Peine perdue.
 
C’est dommage. C’était la première fois depuis longtemps qu’un vrai débat relativement inédit aurait pu avoir lieu.
Car de quoi parlait cet homme -finalement- sinon de réciprocité ?
 
Ce qui m’a lassée en tout premier lieu dans ce que j’ai pu lire puis relire et relire encore du BDSM était justement situé dans cette absence de réciprocité.
J’aime être surprise mais j’aime aussi surprendre.
Sinon, je ne me sens pas exister, je ne me sens ni « participante » de ce qu’ils appellent « la séance », ni de la relation en soi.
Si la possibilité de se surprendre réciproquement n’est pas l’un des délices du jeu érotique BDSM et que l’on pousse à l’absurde, autant acheter un DVD -comme avec l’aérobic il y a quelques années- et suivre les indications du coach sur son écran, nul besoin d’un maître ou d’un « autre » pour tout ça.
 
Entre « Tu ordonnes, j’obéis » et « Tu me surprends, je te surprends », il est pourtant facile de voir de quel côté penche la balance de l’imagination et de la fantaisie.
Quant à celle du partage, n’en parlons même pas…
 
 
 
 
 
 
 
 
*La traduction du mot « soumise » en italien est l’équivalent de « esclave », comme celle de « maître » est « patron ».
C’est encore plus désagréable qu’en français…mais c’est ainsi !