Cette note est une réaction à la chronique de Pierre Assouline dans « Le Monde 2 » de cette semaine, chronique où il commente les obsèques d’Alain Robbe-Grillet sous le titre « A la vie, à la mort ».
Je n’ai pu trouver aucun lien télématique avec ce texte.
Si quelqu’un est plus habile que moi, je souhaiterais qu’il le poste ici dans les commentaires.
Merci d’avance.
Il serait, en effet, essentiel de l’avoir lu pour comprendre mes propos…
 
 
Parmi les nombreuses questions qui demeureront quant à Alain Robbe-Grillet et à son œuvre, il en est une -parfaitement subsidiaire et stérile- qui ne mériterait pas même qu’on la pose si elle ne relevait du domaine de l’indignité et c’est celle de savoir ce que A.R.G. avait donc bien pu faire ou écrire qui lui vaille une telle haine de la part de Pierre Assouline.
Pas de quoi faire une thèse assurément, juste écrire ces quelques lignes pour servir de contrepoids en récapitulant les faits (même si hélas mon blog n’aura jamais l’audience qu’a eu Le Monde 2 de cette semaine) afin que l’incident passe au plus vite à l’oubli…
 
Cinq textes. Pas moins de cinq.
Venimeux, outranciers, écrits par Pierre Assouline sur Alain Robbe-Grillet depuis ce mois d’octobre.
Avant cette dernière chronique sur « Le Monde 2 », quatre sur son blog, cette fameuse « République des Livres », qui paraît tellement suivi que, depuis quelque temps, il est sponsorisé par « Chapitre.com » et que la colonne de droite s’orne de toutes les publicités possibles et imaginables.
 
Sur un blog qui "rapporte", on se prend très vite à devoir faire dans le sensationnel pour attirer le "client".
Assouline a commencé dès le 15 octobre, stigmatisant outre mesure « Un Roman sentimental » dans son post intitulé « Robbe grillé ».
Nous pourrions admettre sa bonne foi quant à cette première note, bonne foi due au fait que le livre ait pu le heurter réellement.
 
Pas au point cependant de prétendre, le 20 novembre 2007, dans son article « Sade récupéré » que Robbe-Grillet allait obtenir le Prix Sade car son épouse, son avocat et l'une de ses amies y siégeaient.
Assouline (accordons-lui d’être assez « germanopratin » pour avoir des sources fiables), ne pouvait ignorer que son pronostic était une intox, d’autant plus qu’Alain Robbe-Grillet avait déjà été le lauréat de ce Prix pour le ciné-roman « Gradiva »…
Mais il a néanmoins publié cette élucubration, qui lui a valu -comme le précédent article consacré à A.R.G.- foultitude de commentaires.
Dès cette étape, on pouvait remettre en doute sa déontologie de blogueur.
Ce qui amenait du même coup à s’interroger sur ses deux autres casquettes, celle de critique et celle de journaliste.
 
On en arrive au funeste 18 février. 
Assouline met alors en ligne sa note « Pied de nez de Robbe-Grillet à l’immortalité », très malignement pensée et pesée.
Pour l’anecdote -et quant à la liberté de parole offerte sur son blog (Assouline a déjà écrit publier tous les commentaires qui sont postés chez lui)- je lui laisse la nuit même quelques lignes fort peu amènes sur le thème du « Comme vous mesurez, il vous sera mesuré », l’invitant à s’interroger sur la postérité de ses œuvres à lui (je ne le signe pas de mon lien afin que l’on ne pense point que je suis allée me « faire de l’audience » là-bas sur un blog très lu mais je vois mon intervention disparaître dans la demi-journée.).
 
Pas même quarante-huit heures ne passent avant qu’il en remette une couche dans son post « Et maintenant l’ère du soupçon » qui consiste en un lien habilement mis en valeur  -genre « fumet pipolisant » et « ragot de chaisière »- avec les propos de Claude Sarraute sur Bibliobs : « Il (Robbe-Grillet. ndlr) a tout piqué à maman ».
 
Là, on est obligé de se gratter la tête pour tenter de comprendre. 
C’est quoi cet acharnement ? Ce n’est pas normal, ça vient d’où ?
On laisse encore une fois de côté.
Après tout, c’est le problème d’Assouline.
Mais on commence à regretter les commentaires en nombre qui montrent que la plupart de ses lecteurs ne connaissent pas Robbe-Grillet et que donc l’amoncellement d’anathèmes, de purs jugements de valeur sans objectivité publiés régulièrement par Assouline risquent de passer comme des « oracles » en une heure aussi cruciale que celle de la disparition d’un auteur.
 
Jusque là, on n’est que dans le domaine du regret.
Il y aura -pense-t-on- tellement d'autres journaux, d’autres textes pour redresser cela.
C’est le cas.
Parmi ceux-là, mes préférés vont de « L’Humanité » à « Télérama », en passant par « Les Inrockuptibles » (pas de lien hypertexte possible avec ce dernier titre) car Jean-Emmanuel Ducoin, Pierre Lepape et Nelly Kaprièlian  y rendent de bien beaux hommages à Alain Robbe-Grillet cette semaine.
 
Et puis « Le Monde 2 » de ce samedi.
Assouline publie sa chronique hebdomadaire « Juste un détail ».
Et là, il dépasse toutes les bornes permises.
De façon choquante, totalement indigne, il cible la cérémonie d’adieu du crématorium de Caen.
 
« Il suffit parfois d’observer un enterrement pour comprendre une existence.
Aucun écrivain, ni éditeur n’a ainsi assisté aux obsèques du caustique Robbe-Grillet. […] N’essayez jamais d’assister à vos obsèques, vous risqueriez d’être déçu.
Rien ne reflète la vérité d’une vie comme la cérémonie d’une mort.
Il y avait une petite foule de quelque 80 personnes pour assister à l’incinération du romancier Alain Robbe-Grillet la semaine dernière. Des amis, des gens de cinéma, des lecteurs, des curieux et des représentants des corps constitués. Mais, d’après Alain Beuve-Méry, l’envoyé spécial du Monde au crématorium de Caen, pas un académicien, pas un écrivain, pas un membre du jury Médicis, pas un éditeur.
Le Calvados n’est pourtant pas dans les DOM-TOM ! 
[...] On a les obsèques qu'on mérite. »
 
L’extrait que je cite (les premières lignes de la page) donne-t-il le ton ?
Même pas.
Ce qui suit est bien pire.
Je ne peux malheureusement pas me permettre de reproduire ici l’intégralité du texte mais uniquement user de mon droit très bref de citation.
Pour bien poser le "décor", je peux toutefois dire que Pierre Assouline ose, sans humilité aucune, l'accumulation de phrases déclaratives affirmatives au présent de l'indicatif (pas de conditionnel) pour garantir -comme si son écrit était la vérité complète et absolue, l'information objective en somme- les raisons qui ont motivé les écrivains, éditeurs etc. à "bouder" cette cérémonie.
 
Mais enfin, après avoir déjà tant dit et tant éructé sur son blog, fallait-il vraiment ajouter cette rafale de méchancetés issues de son aigreur personnelle impossible à définir, ce mitraillage de bassesses surprenantes mais aussi impardonnables de la part d’un journaliste, d’un critique ?
 
Alain Robbe-Grillet était un écrivain.
Pas un dictateur aux mains couvertes de sang, pas un homme politique corrompu ayant entraîné des désastres pour son pays.
Sa mort est avant toute chose celle d’un homme.
Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, sur le dénombrement et l’analyse de la « qualité » des présents à ses obsèques  ou sur le déroulement de celles-ci -comme sur celles du plus humble des citoyens- la décence réclame que l’on se taise.
Non pour la solennelle minute de silence mais à cause de la symbolique de souffrance que revêt ce moment pour les proches qui doivent l’affronter.
 
Or Assouline se livre sur « Le Monde 2 » au trivial exercice, nouveau en matière de littérature, d’un « J’irai cracher sur ta tombe » oublieux de toute bienséance voire de toute humanité.
Il n’hésite pas de surcroît à déformer la réalité.
L’éditeur de la quasi totalité des ouvrages d’Alain Robbe-Grillet était Jérome Lindon.
Celui-ci n’étant plus, deux de ses fils ont fait le voyage jusqu’à Caen.
Mais puisqu’ils ne sont pas les « repreneurs en titre » des Editions de Minuit, confiées à leur sœur Irène, cela permet à Assouline d’écrire :
 
« …S’agissant des Editions de Minuit, outre que son légendaire patron Jérome Lindon n’est plus, les horreurs colportées sur son compte par Catherine Robbe-Grillet en 2004 dans le Journal intime qu’elle publia à l’instigation de son mari n’ont pas dû encourager l’actuelle responsable de la maison à se rendre à Caen. »
 
La femme et le mari liés dans « des horreurs colportées », l’une les ayant écrites, l’autre ayant été l’instigateur de leur publication.
Il faut le faire !
Asséner un double coup de pied de l’âne à l’instant du deuil, c’est comme dire à celle qui reste: « Toi aussi, de ces absences "prestigieuses" à Caen, tu es en partie responsable ! ».
Et c’est infâme, ignoble.
Oui, c’est de la haine, une rancune cristallisée d’Assouline dont on ne peut identifier la provenance mais seulement constater la durée et l’acharnement.
 
Les « horreurs colportées » ?
Pas même 10 pages (sur les 588 que compte le livre de mémoires « Jeune Mariée- Journal 1957-1962 » de Catherine Robbe-Grillet) concernent la narration sans détails graveleux d’une « tentative » de triangle érotique entre les Robbe-Grillet et Jérome Lindon.
Pas de quoi « horrifier » qui que ce soit.
 
Un peu comme si Assouline se mettait à crier au scandale pour le livre d’Annick Geille, « Un amour de Sagan », qui raconte cette saison (et là, dans la totalité de son récit) la singulière relation amoureuse et érotique qu’elle entretint avec Françoise Sagan et Bernard Frank.
 
Mais là-dessus, Assouline n’a rien à dire, ni à écrire.
Il est vrai que cela ne concerne pas Robbe-Grillet…et qu’Assouline, comme la célèbre « mule du pape », n’avait qu’une seule vengeance à assouvir.
 
C’est fait désormais mais c’est fait avec une telle abjection qu’il sera difficile que cela n’entache pas la future crédibilité de (l’écrivain?)-critique-journaliste-blogueur.
Les obsèques d'Alain Robbe-Grillet ou l’honneur perdu de Pierre Assouline.
A la vie, à la mort...