Alain Robbe-Grillet et Catherine Robbe Grillet sur le tournage de "Glissements progressifs du plaisir en 1974.

Photo Alain Robbe-Grillet et Catherine Robbe-Grillet sur le tournage de « Glissements progressifs du plaisir » © Archives IMEC.

 

La photographie pour ne pas oublier qu’à côté du jalon qu’est Alain Robbe-Grillet pour l’ « Histoire » de la littérature, il y a aussi l’histoire du couple qu’il forme avec sa femme, Catherine et que celle-ci a apporté sur son époux un témoignage exceptionnel dans son journal « Jeune Mariée », paru chez Fayard.

 
 
Le désir n’est pas ce soir de clore mais bien au contraire de laisser mes pages ouvertes sur Alain Robbe-Grillet, me réservant le plaisir de présenter au fil des mois certains de ses livres, auxquels je n’osais pas « toucher » parce que tant d’autres l’avaient déjà fait -ou que d’autres encore « l’auraient fait » bien mieux que moi.
 
Ces précautions n’ont plus de raisons d’être à présent qu’elles laissent place au désir de perpétuer qui n’est autre que celui de donner envie de lire…
Non pas en expliquant avec force détails (je me souviens d’avoir rarement aimé le titre d’un auteur quelconque que l’on me faisait étudier en le « disséquant » au lycée puis à l’université mais de lui avoir toujours préféré les autres œuvres, celles de la bibliographie jointe que nous étions libres de lire ou pas, c'est-à-dire aussi d’aimer ou pas, quitte à revenir un an ou deux après sur le volume qui n’était désormais plus « imposé » pour le redécouvrir alors d’un œil neuf et « personnel », le trouvant tout à coup bien plaisant…) mais en disant tout simplement pourquoi cela fait date pour moi.
 
D’Alain Robbe-Grillet, vous ne connaissez rien mais vous avez entendu parler de son sado-érotisme comme s’il s’agissait d’une pornographie malsaine ?
Lisez donc « Topologie d’une cité-fantôme » ou « Souvenirs du Triangle d’Or »…Vous vous ferez votre propre opinion.
Vous vous êtes colletés avec les ouvrages dits du « Nouveau Roman » et n’en avez pas dépassé les trente premières pages ?
Entrez dans « les Romanesques ». Vous serez étonnamment surpris !
 
Je viens de terminer ma relecture du « Miroir qui revient » et je voudrais, de façon symbolique, il est vrai -et vous aurez tôt fait de comprendre pourquoi- mais aussi pour vous montrer un autre aspect de Robbe-Grillet, conclure ma note avec le dernier paragraphe de cet ouvrage…
  
 
 
 
[Il faisait déjà presque nuit. Nous venions de prendre le thé, qui donnait lieu chaque jour à une véritable cérémonie. Quand mon père s'est tu, grand-mère, qui avait plus de quatre-vingt-dix ans et oubliait tout au fur et à mesure, a demandé : « Alors, on ne prend pas le thé aujourd'hui ? ». Sa fille lui a répondu avec agacement : « Mais on vient juste de le prendre ! Il est fini le thé ! »
Après un instant de réflexion, grand-mère, de cet air hautain qui planait désormais sur sa tête perdue, a dit comme pour elle-même : « Imbécile, va ! Le thé, ça n'est jamais fini. »]
 
Alain Robbe-Grillet - Le miroir qui revient - Editions de Minuit - 1985.