AURORAWEBLOG Colombina Gouache de Mario Eremita

Gouache « Colombina » © Mario Eremita.

 
  
 
Mardi matin.
Une fois avalé son petit-déjeuner, Pauline se précipite vers une maroquinerie toute proche du Campo San Polo pour s’y procurer un sac de voyage. Avec ses acquisitions de la veille, elle repartira de Venise bien plus chargée qu’elle ne l’avait imaginé.
Un coup de fil d’Alessio la cueille sur la place tandis qu’elle s’en retourne, son bagage contre elle.
« Pauline ! Ça va ? Et la Fabia, comment tu l’as trouvée ?
-Ah ! Réformée pour inaptitude morale et physique en cas de révolution, c’est sûr ! -s’exclame Pauline, caustique- « Bling-Bling », elle est devenue complètement « Bling-Bling »…
-Encore avec ce « Bling-Bling » ! Mais puisque je te dis que c’est son mari qui a les cornes ! Il passe encore les portes, le Giacinto ? »
Pauline renonce définitivement à lui expliquer ce « Bling-Bling » qui, elle s’en aperçoit, n’a pas passé la frontière. Elle ne veut pas non plus lui parler des projets ministériels du « cocu », de crainte qu’Alessio ne s’étouffe de rage…
« -Tu sais, avec quelques verres, nous ne les passions plus très bien hier soir, les portes, aucun d’entre nous…
-Oui, et ce soir vous irez danser. Et que crève l’Italie, hein ? -mais Pauline l’entend s’esclaffer.
-Danser, danser… Il faudrait que je me trouve des cavaliers…
-Dommage que je ne puisse pas venir. Je travaille, moi ! Mais n’oublie pas que nous sommes presque fiancés ! Je t’aurais volontiers donné le bras. Et récité un peu de Marx à la chère Fabia ! Dire que c’est elle qui nous faisait la leçon autrefois…Sale pute de vie !
Eh ! J’ai vu Sandro hier, il est venu exposer les horreurs de ses gogols au Centre Social de Trévise… »
Devant le silence de Pauline, il ajoute immédiatement :
«- Mais ne me prends pas pour un abruti, je ne lui ai pas dit que tu étais là. Quoique…Tu sais, je crois que tu aurais bien fait de le revoir, histoire de ne plus te traîner son ombre toujours parfaite. Lui aussi, il boit trop, il mange trop et tu sais la meilleure, il ne votera pas non plus s’il y a des élections…
-Alessio, ça suffit ! Arrête ! -le coupe fermement Pauline.
-OK ! OK ! Je ne dis plus rien. Mais tu n’es pas pour autant débarrassée de moi ! On se retrouve à Cannes en août…
-Et comment ! J’ai hâte de te voir en maillot ! ».
 
La maison Padovan.
Elle en franchit la porte.
L’oncle sort du salon immédiatement :
« -Pauline, Je voudrais vous parler. J’ai été odieux avec vous. Un goujat qui déshonore les Italiens. Je ne sais d’ailleurs ce que vous aurez compris. Si vous avez pensé que j’étais un aveugle enfermé dans ma perversion, comme vous dites, c’est bien fait pour moi. Mais ce dont j’ai peur, c’est de vous avoir blessée. En tant que femme. Que vous ayez pris mes mots comme se rapportant à votre physique ou à votre âge. Et cela m’est intolérable !
-Je vous en prie -dit-elle doucement- n’en parlons plus…
-Si, si ! Je vous ai dit que vous ne m’attiriez pas du tout. Je ne veux pas que vous pensiez qu’un vieux hibou n’a pas voulu d’une jeune femme comme vous.
Ce n’est que de mon côté qu’il y a quelque chose qui cloche, Pauline.
J’aime les femmes à la fois fragiles et fortes mais qui cachent leur force sous leur fragilité. Vous, c’est le contraire : vous vous protégez au fond d’une armure qui vous rend inatteignable et vous êtes de verre à l’intérieur…
C’est simplement que quelqu’un comme moi n’a plus assez d’énergie, ni de temps pour s’attaquer à détruire l’armure…
Nous n’étions pas destinés à nous croiser, Pauline. Mais vous trouverez, vous trouverez un bon forgeron, j’en suis certain…
J’y ai pensé toute la journée d’hier en pêchant. On a toujours le choix entre deux directions.  Si l’on se trompe, si on ne prend pas la bonne, s’il n’y a aucun banc de poissons là où on croyait en trouver, il suffit de rebrousser chemin et de prendre l’autre… 
-Oh ! La pêche ! -dit-elle- Attendez, attendez un instant, j’ai quelque chose pour vous !»
 
Elle va à sa chambre et redescend avec le recueil aux gravures recouvertes de papiers de soie.
Il semble ému.
«- Vous avez pensé à moi hier, vous aussi, alors ! Et si vous m’avez rapporté cela, c’est que vous ne m’en voulez pas…trop…
-Je ne vous en veux pas. Pas du tout.
Vous, vous m’attirez mais je me rends compte que c’est pour ce que vous dites. Parce que nos routes n’étaient pas faites pour se croiser et que pourtant c’est arrivé. Vous êtes un beau personnage…
-Dommage alors que vous ne peigniez pas... Et que vous n’écriviez pas non plus ! -plaisante-t-il- Moi aussi, j’aurai quelque chose pour vous. Mais si vous permettez, je vous le donnerai demain. Quand nous nous saluerons…
En attendant, Domiziana vous cherche partout pour ajuster votre costume sur vous… ».
 
La nuit est venue, Piazza San Marco.
La foule grouille et crie dans tous les sens.
Fabia et Giacinto jouent sur le registre des Années 20 : il a gominé le peu de cheveux qui lui restent et revêtu un costume croisé noir et un frac. Elle est un parfait sosie de Loulou, une sorte de Louise Brooks hallucinante, fume-cigarettes d’ivoire, sautoir et robe trapèze de Poiret…
Pauline les attendait en « traditionnels » Vénitiens, ils s’essaient à la carte de l’originalité classieuse…
Qu’importe, elle se sent une très jolie Colombine !
Trotte-Menu a travaillé tout l’après-midi comme une fée des aiguilles et, à cette heure, le costume corseté donne à Pauline une taille de guêpe que mettent en valeur les deux jupons empesés qui font de la jupe une corolle…
 
Ils dansent.
Tout d’abord entre eux. 
Puis les autres participants s’interposent et voici Pauline au bras d’un Casanova, puis d’un Arlequin qui lui hurle en vénitien « Ma femme ! Je te cherchais depuis si longtemps ! ».
Elle est heureuse, elle est prise dans le tourbillon de la fête qui éclipse les omniprésents groupes concurrents au profit de ceux qui ont enfin repris la main sur « leur » Carnaval…Les prix ont été distribués dans l’après-midi et les heureux vainqueurs de chaque section paradent sous les arcades pour se faire photographier, à la grande joie des touristes, mais laissant le bal aux habitants du cru ou -tout au moins- aux Italiens…
 
Fabia l’appelle de loin, elle veut lui présenter une connaissance retrouvée là par hasard, un « Onorevole » romain venu là se montrer, pas même déguisé et accompagné d’une « bimbo » qui fait parfois la une des tabloïds en France. Pauline ne se souvient plus si la jeune fille chante ou si elle est dans le cinéma.
Elle fait un sourire et un signe de la main mais ne s’approche pas.
Que Fabia reste avec sa jet-set ! De rouge, elle n’a désormais plus que le fard qui fait briller ses lèvres…
« Pauvre révolution ! Heureusement qu’Alessio n’est pas ici ! » -se dit elle.
 
Pauline mime des pas sur le mode du « je m’approche et je m’enfuis » avec un Pulcinella qui lui a offert une rose.
Elle retrouve ici une gaieté de théâtre. Sous le masque, on peut tout faire, on peut tout être.
Elle est bien, au coeur de cette liesse, elle reprend avec d’autres des refrains de chansons connues qui parviennent de la sono…
Elle joue, Pauline, comme elle ne l’avait plus fait depuis des années. Elle porte une besace remplie d’énormes sachets de confettis, de serpentins et elle prend part à toutes les batailles qui se déroulent sur la place qui se fait de plus en plus noire de monde…
 
Et le temps passe.
Fabia vient la rejoindre, fendant la foule :
« Eh ! J’ai froid et je voudrais me remaquiller !  On se fait l’arrêt-pipi au Florian ? Je te paie un café ! ».
Le Caffè Florian est une institution. Là, sous les voûtes de la place, il a accueilli les noms les plus prestigieux du XVIIIème à nos jours. Pauline se rappelle y avoir souvent vu jadis, à travers la vitre, Marguerite Yourcenar… 
« -Et Giacinto ?
-Oh ! Il est à bader derrière le groupe de guerriers grecs qui a eu le prix « Histoire de l’Antiquité », tu as bien vu, ces jeunes Hollandais avec des cuisses nues … ».
Le café est vite bu, « On en reprendra un autre après », et les voici devant le miroir de la salle qui est située juste avant les toilettes.
Pauline n’a pas emporté de maquillage, c’est Fabia qui lui fait quelques retouches avant que de s’occuper d’elle-même.
« -Mais tu es sûre que Giacinto ne va pas nous chercher ?
-Mais non ! C’est Carnaval, qui cherche qui ? Et puis il est bien trop occupé ! Ah ! Giacinto ! Pédé comme un foc ! Qu’est-ce qu’on peut y faire, hein, Pauline ? Vingt ans de mariage sans baiser une seule fois ! ».
Pauline demeure interloquée
« -Mais Enzo ! Mais votre fils ! Il a les yeux de … ».
 
Elle ne termine pas sa phrase. Fabia a détourné ses yeux du miroir et la fixe.
« Enzo a les yeux de son père, oui. ».
Pauline couvre sa bouche d’une main.
«  Je croyais -dit Fabia- je croyais que tu avais compris cette fois. En étant chez lui, en le voyant…. ».
Pauline secoue la tête pour dire « Non, non, pas ça… »…
« -Ne juge pas, Pauline, ne juge pas ! Et surtout ne le juge pas, lui.
Il voulait cet enfant. Pas moi. J’étais trop jeune. J’ai essayé d’avorter par tous les moyens. Et crois-moi, malgré la loi, il n’y en avait guère.
Alors, je les ai détestés, lui et ce qui grandissait dans mon ventre. Je suis partie.
Quand j’ai dû me résigner, il n’y avait que de la haine en moi. 
Entre nous, c’était devenu irréparable. Je lui avais fait tellement de mal…
C’est moi qui ai demandé à Giacinto. A cause de mes parents. Et Maurizio a fait ce qu’il fallait. J’ai mis des années à commencer à sortir de cette haine et à pouvoir m’intéresser à mon fils. Je m’enivrais, je m’amusais, je couchais à droite et à gauche, avec n’importe qui…
Pendant tout ce temps, Giacinto a été là pour Enzo… Tu vois qu'on ne peut jamais juger… ».
-Mais tu lui as pris son fils, Fabia…Tu as pris à Maurizio Padovan le fils qu'il désirait !
-Non, non, pour comprendre vraiment, il faudrait pouvoir remonter le temps. A l’époque, pour moi, ni lui, ni moi n’avions de fils. Moi, j’avais de la haine et lui du chagrin. Je ne pouvais pas lui prendre son chagrin, ni lui me vider de ma haine… Et maintenant, c’est trop tard.
-Tu ne diras jamais rien à Enzo ? Il ne verra jamais son père ?
-Pauline, pour Enzo, son père c’est Giacinto ! Que veux-tu que j’aille remuer ?
Et je ne crois pas que Maurizio le voudrait… ».
 
Elle a raison.
Maurizio Padovan ne le voudrait pas. Lui est demeuré à Venise, là où le temps est immobile et où il n’y a que la fin à attendre.
 
« Je ne lui écris pas, je ne lui téléphone pas mais je lui envoie des photos d’Enzo, tu sais. Alors, il a un fils, malgré tout, et je pense qu’il le tient de loin sous son aile… ».
Le vieux lion du Campo San Polo. Le lion ailé de Venise. Oui, c'est la même chose.
Pauline a envie de pleurer. Elle pense :
« Mais il l’a, sa descendance…C’est pour ça qu’il est si puissant, si sûr de lui…
Invincible. La mort ne sera qu’un passage. Le sang des Padovan coule ailleurs, loin de Venise.
Il a seulement pris un autre chemin. Le bon chemin… ».
 
Sous son maquillage Fabia, qui regarde le sol en silence, lui semble soudainement faire enfin son âge.
Pauline saisit sa main :
« Tant de souffrance, tant de temps perdu, oui. Mais votre fils est une merveille. Il deviendra l’héritier des condottieri.
Ce n’est pas pour rien que la Réage n’avait pas écrit de fin à son « Histoire d’O »… Elle a ainsi toutes les fins possibles au monde…Enzo est là…Tu es là…Et vous êtes tous là… ».
Fabia hoche la tête douloureusement.
«- Il y aurait pu avoir une autre fin… Mais je crois que Maurizio m’a pardonnée…
-Il t’a pardonné... ».
 
Pauline voudrait ajouter quelque chose mais une « Marquise » fait son entrée, soucieuse d’enlever de son oeil une paillette de son masque qui s’y est infiltré. C’est une Vénitienne âgée, cossue et corpulente. Elle se lamente en dialecte et se met à blasphémer comme un cuistre.
Ça aussi, c’est Venise !
Pauline et Fabia, devant la situation désopilante, ne parviennent pas à garder leur sérieux et doivent sortir au plus vite.
L’instant de ce rire, elles ont retrouvé leurs vingt ans.
« A la vie à la mort -dit Fabia- El pueblo unido jamas sera vencido ! ».
Et elle se serre contre Pauline.
 
Puis, une fois retrouvé Giacinto, Fabia et lui sont repartis vers leur hôtel.
Des baisers, des promesses.
On verra bien. La vie verra.
Pauline demeure au milieu des derniers fêtards, elle a décidé d’attendre l’aube, de savourer Venise, le théâtre de Venise, ses masques, ses faux-semblants mais aussi sa vérité jusqu’ à l'ultime seconde.
 
Elle s’assied au ponton où sont amarrées les gondoles endormies, là, juste face à l’île de San Giorgio.
Il lui reste une poche de confettis rouges. Elle les lance dans l’eau, le plus loin qu’elle peut, comme quand on veut faire des ricochets. Le mouvement faible du flux les lui ramène.
Est-ce une illusion ou bien la mauvaise qualité du papier ? Ils semblent déteindre à vue d’oeil et s’élargir devant elle en une petite mare de sang.
Elle repense à cette robe de coton indien, au fond rouge avec de tout petits motifs jaunes, que Sandro lui avait offerte parce que c’était « leur » mode et qui, malgré le soin qu’elle avait mis à la laver à l’eau froide dans la baignoire, avait été irrémédiablement gâchée, un rouge épais ayant envahi l’émail, un rouge qu’ils avaient mis des heures à ôter, appelant au milieu de leurs rires la baignoire « la baignoire de Marat »…
 « Allez, je peux rentrer à présent -songe-t-elle- la fête est finie et tout est fini. ».
Du passé, il n'y a plus que des cendres. Le moment est venu d'en faire table rase.
Belle leçon qu’ils lui auront tous donné : la vie continue toujours et elle gagne son combat contre les spectres.
 
 
*
 
 
 
Mercredi 6 février. Le jour des Cendres.
Juste avant neuf heures, elle est prête et descend ses bagages.
Elle embrasse Domiziana.
« -Vous reviendrez, hein, Mademoiselle ? L’an prochain ?
-Oui, bien sûr, je n’y manquerai pas -répond Pauline- Je vous remercie pour tout. ».
 
Maurizio Padovan l’attend, il lui tend un long objet précieusement enroulé dans du papier.
Pauline devine et s’exclame :
« Non, non, je ne peux pas le prendre ! »
Il sourit :
« Vous vouliez que je vous donne quoi alors ? L’album de photos ? »
Elle lui dit :
«-Mais vous ne pouvez pas vous défaire de ça…
-On peut se défaire de tout, Pauline. Il faut se défaire de tout.
-Mais avec ce tableau, elle était encore ici. Vous la gardiez avec vous. Comme vous l’aviez connue.
-Comme je l’avais créée, Pauline. Mais la vraie Fabia, celle qui existe aujourd'hui, ne peut pas être ici et vous ne l’ignorez pas. Ne voyez en ce geste que ce qu’il est. Je vous donne l’une de mes anciennes toiles qui s’appelle « Amore ». Il n’y a rien à dire de plus. Rien à chercher derrière. Et si je vous la donne, c’est que je peux vous la donner.
-J’ai appris…Je veux dire… Fabia, hier, m’a tout dit et…
-Chut ! Vous ne savez rien, Pauline. Il n’y a rien à savoir d’ailleurs. Savoir, c’était la prétention des alchimistes. Venise a enseveli leurs billevesées…
-Nous ne nous reverrons jamais, n’est-ce pas ?
-Je ne crois pas, non.
-Alors, je voudrais vous dire combien vous êtes… ».
 
Mais elle s’arrête et sort de son sac son passeport. Elle en tire une photo. C’est un cliché de Sandro et elle, le seul qu’elle n’ait pas brûlé il y a vingt ans et qu’elle tient, religieusement depuis, toujours sur elle.
Elle le pose sur un guéridon et dit « Je n'avais conservé que celle-ci. Vous en ferez ce que bon vous semblera. Je repars sans fantôme à mes côtés. C’est grâce à vous. »
Il lui prend le visage entre les mains et murmure :
« Je la garderai. Je vous le promets. Venise garde très volontiers ses fantômes. Elle les entoure de beaucoup d'attentions et de tendresse… »
 
Quand elle arrive à la gare, elle est très en avance.
Elle achète « La Gazzetta Veneziana » et un quotidien français pour elle ainsi qu’une revue qui rassemble « Les plus belles images du Carnaval de Venise 2008 » pour Marc.
Tandis qu’elle patiente, elle fixe les écrans géants qui donnent l’actualité du jour.
Elle se sent d'humeur badine : « Si Fabia est déjà arrivée à Rome, je vais peut-être la voir à la météo ! ».
 
Soudain, une nouvelle attire son attention :
«Ce matin, le Président de la République Italienne Giorgio Napolitano, faute de trouver un consensus sur un gouvernement de transition, a dissous les deux Chambres. L’Italie sera appelée aux urnes en avril. Silvio Berlusconi est donné favori dans les sondages avec 16 pour cent d’intentions de votes supplémentaires par rapport à ses adversaires de gauche et du centre. »
 
Dans le train qui démarre, c’est là l’objet de toutes les discussions. Certains en viendraient presque aux mains.
Elle regarde la lagune qui s’éloigne, qui se fond dans la luminosité du matin.
Déjà, on est à Mestre et l’odeur de ses usines puantes envahit le wagon.
 
 
« Je ne reviendrai plus jamais à Venise -se dit-elle- ou alors, c’est que j’aurai un enfant avec moi. ».
 
Ses voisins continuent leur violente diatribe autour des élections.
Pauline se demande ce que pense Alessio de tout cela à cette heure.
Et aussi ce que pense Maurizio Padovan.
Elle n’est pas certaine que ce soit très différent.
 
 
 
 
 
 
(FIN)
 
  
« Le jour des Cendres » est dédié à E…
 
 
« …J’ai vieilli moi dans les miroirs
Mais toi toi qu’ils n’ont point noyé dans leurs eaux noires
Invisiblement tu demeures le même
Jeune homme blond front pur ô corps doré
Et je n’écoute pas ceux qui me consolent à dire
Combien les saisons t’ont changé… »
 
Louis Aragon  -"Le Voyage d’Italie"-  in « Les Poètes » - Editions Gallimard.