AURORAWEBLOG Affiche de l'exposition Araki Gold Rome 2008

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Paysage Tokyoïte Tokyo Diary 2004

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Le shooting Tokyo Diary 2007

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Love Stories

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Love Stories

 

AURORAWEBLOG Série Bondages Nobuyoshi Araki 2008 Rome

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Ginza Japon et Traditions

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Ginza Japon et Modernité

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Polaroïd

 

AURORAWEBLOG Nobuyoshi Araki Flowers

Photographies © Nobuyoshi Araki

 
 
Cette note aurait dû, pour être réussie, avoir les photographies qui l’illustrent intégrées dans le texte.
C’est -hélas- quelque chose que je ne sais pas faire …
 
 
 
Durant quelques jours, à la fin des vacances de Noël, nous nous sommes rendus à Rome.
C’était pour nous -pour moi, surtout- l’occasion de ne pas rater un rendez-vous -maintes fois reporté et vécu seulement au travers des livres- avec l’œuvre de Nobuyoshi Araki.
 
Depuis le 24 novembre et ce jusqu’au 17 février 2008, l’Institut National des Arts Graphiques propose au Palazzo Fontana di Trevi une exposition de plus de 6000 photos du maître japonais, rétrospective nommée "Araki Gold".
N’ayant pu voir celle du Barbican il y a deux ans, je n’ai aucun moyen de comparaison.
La vérité est que de photos exposées, on en compte seulement un peu plus d’un millier, tout le reste étant composé de longueurs de murs avec les fameux « Polaroids » d’Araki.
 
Cela n’est en rien décevant. Bien au contraire.
Plus de 1000 photos, c’est déjà beaucoup et c’est même énorme pour qui peut se rendre ainsi compte que l’art d’Araki ne s’est pas seulement limité à réaliser des clichés de bondage (je reconnais avoir moi-même ici trop insisté sur cette seule partie de son inspiration).
 
L’exposition est divisée en sections :
 
1) « Tokyo Diary », la plus vaste, composée de toutes les photographies diurnes et nocturnes qu’Araki a consacrées de 2003 à 2007 à sa ville, à sa vie dans sa ville, avec les gens, les paysages et l’on en retire le bruissement de l’humanité dans cette capitale et le sentiment d’un vrai journal intime mis en images.
 
2) « Color Rays », une petite série de photographies abstraites d’un Tokyo nocturne et méconnaissable, des essais de procédés techniques en quelque sorte…
 
3) « Love Stories », cinq « histoires d’amour » sous la forme du roman-photo (début, déroulement et fin)  avec cinq modèles d’une rare expressivité.
 
4) « Bondages » et là, je crois que j’ai déjà tout dit et tout écrit…
 
5) « Families » où Araki capte des gens qui posent en groupe, à leur domicile : une sorte de recherche sociologique d’autant plus inattendue chez lui qu’elle comporte quelques clichés intitulés « Noble Series » qui représentent, sous la même forme, des membres de la noblesse japonaise.
 
6) « Ginza, » qui n’avait jamais été exposée jusqu’ici, a été réalisée au milieu  des années 60 dans ce quartier tokyoïte des affaires. Plus de 500 photos témoignent du boom économique qui transforma alors radicalement le Japon, le partageant entre coutumes ancestrales et modernité.
 
Ces deux dernières sont une belle occasion de démontrer aussi aux spécialistes qui affirment qu’Araki a fait, contrairement aux autres photographes japonais contemporains, une œuvre de mégalomane solitaire ne s’attachant pas à « chanter » son pays que la chose est fausse.
 
8) « Portraits », avec quelques mises en scène de célébrités (dont Bjork) par Araki.
 
9) Et enfin, « Flowers », les fameuses fleurs d’Araki, d’une stupéfiante sensualité vénéneuse…
 
Ces dernières années, j’avais été quelque peu agacée par la « peoplisation » (et oui, encore!) qui s’est faite en Europe autour d’Araki et même par ses shows de vernissage (le maître, son staff, la modèle et les polaroïds) déjà répétés une dizaine de fois.
De plus, je dois avouer ce soir que je ne les apprécie pas plus que ça, les polaroids d’Araki : je sais qu’il veut ainsi démontrer que la photographie est vie et mouvement ininterrompu mais souvent l’absence de cadrage fait qu’ils sont tout simplement ratés…
« Araki Gold » a été une bonne façon de remettre mes pendules à l’heure et les polaroïds à leur juste place : pas plus qu’une mosaïque de couleurs dans le parcours d’un photographe qui, en définitive, a réellement touché à tout.
 
Il ne faut pas non plus se leurrer : dans cette exposition (gratuite et qui se déplacera ensuite à Turin du 4 au 27 avril 2008), la foule se masse majoritairement autour des photos de nus.
C’est vrai qu’ils sont exceptionnellement beaux, que l’on y sent toute la complicité du photographe et de celle qu’il shoote, c’est vrai qu’Araki a été connu à cause d’eux par le scandale qu’ils ont fait dans un premier temps au Japon…
C'est vrai que c'est de l'érotisme et du grand érotisme.
 
Ce qui est dommage, c’est que l’on n’accorde pas la même importance à ses autres thèmes parce que dans tout ce qu’il fait, Araki est un photographe prédateur : il s’empare de tout, personnes et décors pour créer un rapport à trois : lui, son sujet et son objectif.
L’appareil photo est toujours au centre de ce trio amoureux car Araki aime tout ce qu’il vole au temps.
C’est sa particularité.
Vampiriser ses modèles, alors que peu de photographes ont sans doute autant aimé la femme et la féminité.
Dévorer tout cru l’inconnu qu’il attire vers sa pellicule et dont il rend ensuite l’image la plus véridique, la moins fabriquée qui puisse exister de ce « passant qui passe ».
Avaler la lumière d’un paysage pour l'inscrire dans la durée d'un noir et blanc idéal.
 
Boulimique, atypique, polymorphe: ce sont les mots que j'emploierais pour qualifier Araki.
Et c'est pour ça que je l'aime. 
Araki photographie dans une course perpétuelle contre la mort, semble-t-il.
Il est fort possible que la disparition de sa femme, Yoko, alors qu'elle était très jeune ait déclenché en lui cette lutte emblématique contre le temps qui fuit et que symbolisent très bien ses photos de fleurs immensément, intensément vivantes. Et presque carnivores ou tout au moins hypnotiques lorsqu’on les regarde trop longtemps.
J’ai d’ailleurs toujours interprété ainsi ses bondages (qui n’ont rien d’extraordinaire d’un point de vue « technique du shibari ») : comme des liens qui retiendraient la vie et la beauté, qui les empêcheraient de s’envoler ou de se faner…