AURORAWEBLOG Fellini Huit et demi Répétition de la scène du fouet

                  AURORAWEBLOG Fellini Mastroianni Otto e mezzo La frusta

               AURORAWEBLOG Marcello Mastroianni dans la scène du fouet Huit et demi Federico Fellini   

                                                            Photos © Cineriz

 
 
 
 
Hier, dans mon post du soir, je notais « Je sais que c’est très difficile à expliquer. »
C’est un sentiment qu’il m’arrive fréquemment d’éprouver.
Comme je n’écris jamais rien d’intime qui ait une saveur « érotique » au sens où la plupart des gens l’entendent, comme je parle de l’Eros à travers des symboles et du BDSM de la même manière, je sais que cela n’est ni clair, ni d’ailleurs « porteur » aux yeux d’un quelconque lecteur (le mot « lectrice » serait tout aussi convenable dans ces circonstances).
Pourtant, dans mes pages, il y a la vie qui va.
 
« Le fouet et la plume » ne sont pas seulement une vision de mon esprit enfiévré.
Lors de notre première rencontre, Marden posa entre lui et moi un fouet.
C’était très symbolique.
Nous étions assis sur la banquette d’un café de gare. Et j’étais bien perplexe devant ce geste.
Il aurait pu le sortir, ce fouet, un peu plus tard, en d’autres instants.
Mais là, un fouet « entre » nous ?
Cela voulait dire quoi, pour des gens qui ne se connaissaient quasiment que de plume ?
Un fouet pour unir (un lien qui allait de la mèche au manche) ou bien pour marquer dès le départ la différence, le jeu des rôles BDSM ?
 
Le lendemain, il me donna à lire un texte qui parlait du fouet et de l’écriture. Du fouet et de la plume, si vous préférez.
Un texte que je n’avais jamais lu encore mais qui « mettait en mots » avec une exceptionnelle virtuosité des concepts que j’avais exprimés par de vagues intuitions lors de nos dialogues virtuels.
Et ce texte était signé d’un écrivain.
Je n’en dirai pas plus.
 
Le « Maestro, please » de ce début de nuit est dédié à Idalie qui était bien la seule -et bête que je suis de ne point y avoir pensé- à n’avoir pas besoin d’explications quant à ma note précédente…
 
 
« Maestro », c’est ce que l’on disait de Fellini  Et traduit, cela veut bien sûr dire « Maître ».
Mais pas « Maître Taloche » ou « Maître des Dés ».
Non, « Maître » comme on le dit d’un chef d’orchestre.
Et la symphonie fellinienne me manque souvent. Elle s’est éteinte il y a déjà bien des années pour passer immédiatement dans le domaine des « classiques ».
« Maestro », donc.
 
Si l’on excepte quelques-uns de ses longs métrages, le cinéma de Fellini est très largement autobiographique.
Ses interprètes masculins sont souvent ses « doubles ». On retiendra Marcello Mastroianni comme ayant été le plus évident de ceux-ci.
Et, tranchant parmi la longue liste des films « felliniens » qui renvoient fréquemment à l’enfance ou à l’adolescence, « Huit et demi » est certainement celui qui est le plus proche de Fellini adulte, de Fellini cinéaste accompli.
 
Quand on sait que « Huit et demi » fut tourné alors que Fellini débutait une analyse avec un médecin d’obédience jungienne, on comprend mieux le bouleversement qui apparaît dans l’œuvre du cinéaste avec ce film : l’introduction de la dimension onirique qui ne la quittera plus (cette dimension onirique est justement celle réunie sous forme de dessins dans l’ « Oniricon » - édité en France cet automne sous le titre « Le livre de mes rêves » chez Flammarion.)
 
C’est un pléonasme que de dire que ce film traite de la création artistique tant c’est effectivement son sujet premier tel qu’il saute aux yeux.
Mais en même temps, il y a un contrepoint dans cette œuvre, une galerie de portraits de femmes ici rassemblées qui sont celles qui ont traversé - ou qui ont encore à traverser - les films déjà faits ou restant à faire du cinéaste.
 
Or, ce sont ces femmes que le « double » Guido Anselmi-Mastroianni veut réunir comme dans un gynécée pour qu’elles ne puissent plus s’interposer entre lui et le film qu’il veut faire et qui, lorsqu’elles ne l’entendent pas de cette oreille, nous valent la mémorable scène du fouet.
 
Loin de moi l’idée de penser que Fellini avait consciemment un quelconque rapport avec le BDSM, le SM ou quoi que ce soit d’approchant.
Mais je suis persuadée qu’inconsciemment, le rêve (le phantasme) de la domination ou celui de la soumission existe dans chacun de nous (et se manifeste ou ne se manifeste pas).
 
L’artiste a le pouvoir d’exorciser tout ce qu’il porte au-dedans de lui. Son côté soleil comme son côté ombre. L’œuvre d'art est toujours cathartique.
 
Les photographies ci-dessus font partie d’une série parmi les plus célèbres du cinéma italien. J’ignore qui en est l’auteur. Je les crédite donc à la production. Elles ont été prises sur le tournage de « Huit et demi ».
 
On y voit Fellini vautré sur le sol face à Mastroianni. Le réalisateur parle en manipulant distraitement « le » fouet de la scène à tourner, celle où Guido doit prendre, veut prendre le dessus sur « ses » femmes.
Les dominer ou les « (d)écrire » à sa guise. Les filmer, en fait, soumises à son objectif, fidèles à leur rôle, c'est-à-dire ici à leur archétype.
 
Puis Fellini s’enflamme et s’investit au point de « jouer » la scène lui-même en plein mimétisme avec son acteur.
 
Et enfin, « on tourne » : c’est Mastroianni (et son ombre) qui « joue » la scène, qui tient le fouet.
 
Fellini lui, est maintenant de l’autre côté. Il tient la caméra.
 
Le fouet, la plume, la caméra, le pinceau, la pointe ou les ciseaux, il n’est pas de différence…
 
 
 
 
 
 
 
PS : Le Prix Sade 2007 a été attribué ce soir à Dennis Cooper pour « Salopes » (une « cyber-narration » très hard), chez POL Editions.
Pierre Assouline doit enfin dormir sur ses deux oreilles !