Dali, Portrait de Gala, mais ce pourrait être l'Aurora de Leiris!

                                         Tableau « Gala » © Salvador Dali
 
 
 
 
Fabrizio De Andrè (« Faber » pour les intimes) qui fut le « Georges Brassens » italien, eut deux très beaux vers dans l’un de ses plus grands succès : "Via del Campo".
 
« Dai diamanti, non nasce niente
Dal letame nascono i fiori... »
(Des diamants, ne naît jamais rien,
Du fumier naissent les fleurs...).
 
Sans doute qu’ils m’ont largement inspirée dans mes choix de vie, ne serait-ce que celui du BDSM et en tout cas, à coup sûr, pour celui de mon pseudo.
 
Il m’est arrivé récemment une étrange chose.
Je suis passée l’autre soir sur SensationSM afin d’y changer mon « nick ».
C’était « auroradublog » (à comprendre « Aurora de chez U-blog » ).
L’imparfait s’impose ici tout autant que s’imposait la décision de ne plus porter cet alias, même en un lieu où je ne passe presque jamais (j’y vais environ une fois tous les deux mois pour voir leur sélection de livres et de musiques, ils sont les seuls à proposer cet « agenda » culturel BDSM mais je n’y « tchatte » pas).
 
« auroradublog », cela me pesait trop désormais. Je l’ai donc détruit.
Je voulais « aurora » simplement.
On me répondit « mot interdit » : quelqu’un d’autre -parait-il- y porte ce pseudo. 
J’ai ensuite essayé de le mettre à toutes les sauces : « auroramarden », « aurora_aurora », « aurora13 », « auroralba » et là, j’ai eu à chaque fois la réponse -le comble sur un site BDSM- « chaînes de caractères interdits » (ben dis donc, si on commence à nous interdire les chaînes !).
La situation était d’autant plus absurde que les « maître_x », « maître_y », « maitre_z » ou « cpl_1 », cpl_2 », cpl_3 » etc. y sont légion et qu’il me paraissait que l’existence de l’ « aurora » du coin ne pouvait, à elle seule, justifier le blocage de toutes ses variantes.
 
Quant à choisir de m’y nommer autrement, cela aurait été déroger à la promesse que je me suis faite en 2002 de n’avoir jamais plus que celui-ci comme pseudo à donner aux autres dans le monde virtuel BDSM.
 
A la fin, je l’ai écrit « au_ro_ra » et cela a été validé : j’avais brisé la « chaîne des caractères interdits » !
Cela dit, pas la peine de m’y chercher : je n’ai pas de profil renseigné, pas d’annonce, pas de galerie photos, pas de recherche et, en fait, je n’y suis pas !
 
Mais je n’étais pas mécontente, bien au contraire.
Ce qui me plaît en « Aurora », ce qui fait que c’est mon « double sur la Toile », ce sont ses diverses écritures et formes dans l’œuvre éponyme de Michel Leiris.
 
Grincez des dents, ricanez, fâcheux… Il n’empêche.
Le SM ne sera jamais « traduit » par les quelques textes croustillants trouvables au plus haut rayon des librairies.
Paradoxalement, il y en a bien plus dans le « Tête d’Or » de Claudel (que l’on peut voir - adapté « strange »- au cinéma avec Béatrice Dalle dans un film de Gilles Marchal, entièrement tourné en prison avec des détenus) que dans la plupart de ces petits bouquins…
 
Quant à « Aurora », elle provient de toute l’horreur d’un texte sadien de Michel Leiris datant de la fin des années 20, elle est cette fleur qui naît du fumier des mots.
Parce qu’ « AURORAWEBLOG » vit cette année ses derniers feux, parce que je le désire de plus en plus axé sur la littérature, je voulais ce soir en publier des extraits.
 
Un peu de provocation à la face de ceux qui ne jurent que par Esparbec et consorts et, du coup, ne font que de l’Esparbec…
 
Et puis, au moment de commencer à taper, le livre tombe à terre et je m’aperçois que la présentation de l’édition que je possède (L’Imaginaire - Gallimard) est signée de Pascal Quignard.
 
Et que « Pour expliquer ce que j’étais » (emprunt à Aragon), c’est encore mieux que ce que j'avais choisi.
 
« Rédigée en 1927-1928, publiée en 1946, Aurora, à la fois exploration périlleuse des rêves, longue hallucination du corps des femmes, expérimentation du langage, confiance absolue ajoutée aux pouvoirs de l’imagination, contient en outre le premier des récits autobiographiques de Michel Leiris, donné ici sous l’anagramme, si prestigieux, de Damoclès Siriel,.
Comme jadis Rome vouait le supplicié à l’escalier des Gémonies, dans ce tumultueux roman d’amour la langue soumet le narrateur, entre l’avant-dernière marche et la rampe-cordelière, la panoplie et la gravure désuète, le souvenir des livres et la profondeur énigmatique d’un corps, à la libre sauvagerie du nom de l’héroïne.
Aurora, fille d’Hypérion, sœur du Soleil, mère des vents et des astres, selon les formes que son corps revêt (Eau-Rô-Râh, OR AUX RATS, Horrora, etc .), décide de la nature et des épreuves, et les fait s’enchaîner, bâtissant un tissu de chimères autonomes, où débondent les terreurs comme prolifèrent les mondes, comme s’irritent les désirs.
Elle renoue un sacrifice sans âge : corps sans cesse démembré et réarticulé sans fin, nom unique dont la perte est consommée indéfiniment. »
 
Pascal Quignard (1973).
 
 
 
 
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