BDSM Hajime Sorayama Submissive and Chains

                            Hajime Sorayama Mondo Bizzarro Roma Erotovision 2007

                                                     Peintures © Hajime Sorayama      

 

 

Avant que la censure ne tombe sur le monde de l’art, profitons de ces quelques galeries qui érigent pour principe leur liberté d’exposer et saluons au passage l’équipe de « Mondo Bizzarro » à Rome qui se distingue une fois de plus en nous proposant de voir les derniers travaux d’Hajime Sorayama du 4 septembre au 4 octobre 2007 sous le titre de « Erotovision ».           

 

Hajime Sorayama, que l’on ne présente plus -du moins sur ce blog puisque je l’ai déjà fait ici et que je ne veux pas radoter- oscille entre trois sources d’inspiration : le BDSM, les robots gynoïdes et les pin-ups.

 

Il est bien évident que, de cette exposition, ce sont deux images axées sur le thème BDSM (et même celui des soumises en chaînes) que je vous propose ce soir, en vous incitant, bien sûr, -la ville au sept collines n’est pas si lointaine en avion - à vous rendre dans la capitale italienne afin d’y voir ses œuvres « pour de vrai »…

 

En choisissant ces deux peintures, je songeais aux propos tenus ici même il y 48 heures quant à l’autocensure du Barbican Centre pour l’expo « Seduced ».

Pour chacune de mes notes, je sélectionne une illustration qui est érotique pour moi.

Erotique et non pornographique.

Mais, en définitive, qu’est-ce qui marque cette différence sinon mon propre regard ?

André Breton avait raison d’écrire que « La pornographie, c’est l’érotisme des autres. » et Robbe-Grillet, plus tard, de lui rabattre avec humour que « L’érotisme, c’est la pornographie des autres ».

 

Je distingue pour moi-même un érotisme BDSM et une pornographie BDSM.

Je n’infligerais jamais ici aux autres quelque chose que je classifierais comme pornographique.

Est-ce de l’autocensure ?

Non, c’est le simple fait que je n’aime pas la pornographie, qu’elle ne me parle pas.

Quelque chose qui ne me parle pas est quelque chose dans lequel il m’est impossible de me projeter.

 

Dans la première de ces illustrations, il y a des draps, des coussins de satin qui évoquent le bien-être malgré la position ardue, les chaînes et le crochet.

Le visage, la bouche, les cheveux à peine dérangés impliquent la volupté.

Tout comme ces deux mains aux beaux ongles laqués reposant paisiblement sur une intimité qui ne veut pas être dévoilée signent l’impression diffuse de la sérénité.

Pas un muscle n’est crispé, les jambes sont de danseuse.

Et cette belle, bien que contrainte, ne souffre aucunement.

 

La seconde est onirique.

On peut lui imposer une rotation pour la voir à l’envers.

Comme le corps lié ne repose sur rien, il apparaîtra alors comme suspendu dans les airs.

Mais d’un côté comme de l’autre, il y a toujours la même paix qui s’exprime, les chaînes ne sont pas serrées, elles n’impriment aucune marque sur la peau blanche, les traits sont calmes, une main est posée doucement sur le front, à la racine des cheveux, l’autre couvre à nouveau le sexe.

 

Dans ces deux peintures, Sorayama a, selon moi, parfaitement rendu le sens de l’expression « les chaînes qui libèrent », ce paradoxe de la soumise, cette dichotomie de la soumission…

 

Mais c’est ce que « je » y vois.

Et toute cette beauté, toute cette poésie, le plaisir de l’attente dans la relation BDSM, pourraient -je le sais- être invisibles à d’autres yeux qui n’appréhenderaient là qu’un horrible crochet, symbole de torture, et le froid métal de chaînes de galérien.

 

C’est pour cela qu’il faut laisser aux gens la possibilité de « rencontrer » l’art et de le juger, même négativement.

La possibilité de le connaître sans décider pour eux de ce qui est bon, beau, et de ce qui ne l’est pas.

Souhaitons que les lieux où cette liberté a droit de cité (Mondo Bizzarro présentera en 2008 Gilles Berquet, Saturno Butto [nous y serons] et Audrey Kawasaki entre autres) puissent continuer à couler des jours tranquilles.