BDSM L'ombre de la rose est-elle l'épine?

                                                               Photo © ???

 

 

Depuis un peu plus de dix-huit mois, je lisais, j’aimais lire un blog BDSM italien.

C’était un blog de soumise.

Enfin…Un blog BDSM et un blog de soumise mais pas au sens où on peut l’entendre.

C’était le blog d’une femme avant tout.

Par de petits recoupements, je dirais qu’elle devait avoir entre 52 et 55 ans, peut-être un an ou deux de plus. En tout cas, elle se situait dans cette décennie-là de la vie.

Une photo d’elle montrait une belle personne raffinée.

 

Elle y parlait de beaucoup de choses mais de façon extrêmement voilée.

Voilé est le mot. Il ne signifie pas pudique.

Une évidence se dégageait dans ses commentaires. Ceux qui passaient là, ses visiteurs, ses commentateurs, la connaissaient « pour de vrai ».

C’est peut-être pour ça aussi qu’elle n’avait pas besoin de donner de détails.

C’était un blog intime, quasi privé et très bien écrit.

C’est ce qui me ramenait là sans cesse. Une histoire de style.

 

Cette femme était fort différente de moi.

Il y avait en elle un côté mystique qui la rattachait à une religion hindouiste et, de plus, sa vision du BDSM était tout à fait « orthodoxe ».

Mais j’aimais vraiment la lire.

Elle rendait souvent visite dans un hôpital à une jeune femme (sa fille ?) handicapée ou autiste -je ne saurais dire- mais ce journal de bord médical scandait autant ses pages que les allusions au BDSM.

Jusqu’à il y a quelques mois, elle avait un « maître », blogueur lui-même.

Puis la relation s’est interrompue et le blog est alors resté fermé quelques semaines pour reprendre après.

Sans autre explication. Toujours par les commentaires, il était possible d’avoir l’intuition que la rupture avait été due à la présence d’une ou plusieurs autres soumises…

 

Les textes qui sont venus ensuite, quelque soit le thème qu’ils concernaient, avaient toujours un ton triste, un peu comme empreints de nostalgie.

Une nostalgie impalpable, qui n’était pas celle de la seule rupture.

 

Mais même dans la nostalgie, cette femme écrivait bien, avait du talent.

Et j’ai continué à la « fréquenter » régulièrement.

 

Ce soir, disposant d’un peu de temps, je retourne sur ce blog pour la première fois depuis les vacances.

Il n’est pas fermé. Il est tout simplement fini.

Il s’achève sur un texte que je veux raconter en l’effleurant à peine ici, ne prétendant ni user d’un droit de citation qui serait le traduire et donc le trahir, ni en dire trop -ce qui serait une autre forme de trahison envers cette femme si discrète.

 

C’est une très belle note.

Elle date de la fin d’août.

La blogueuse y narre les préparatifs pour se rendre, comme chaque année, en vacances dans une maison qu’elle possède au bord d’un lac.

Valises closes, ce n’est que le lendemain matin qu’elle se rend compte qu’elle n’a emporté aucun dessous. Ni pratiques, ni sexy.

Et elle explique que ce lapsus en dit long et que son blog se referme là sans regret parce qu’une partie de sa vie est terminée.

Qu’elle renaîtra, ailleurs mais autre, avec d’autres préoccupations que celles que la vie lui enlève, lui dérobe à présent.

 

J’avouerai humblement que je n’avais pas compris ce texte à la première lecture, que ce sont les messages laissés en commentaires qui me l’ont éclairé.

Il s’agissait en fait d’une sorte d’adieu aux armes, c'est-à-dire en l’espèce à la féminité, à la sexualité et -dans son cas- à la soumission donc…

J’ai relu quelques-uns de ses posts des mois précédents et vu alors que cette femme avait accompli en effet ce chemin de la renonciation et que ce qui le motivait plus que tout était sa sexualité « particulière ».

Pour elle, il est évident qu’un temps vient où il faut savoir arrêter lorsque l’on est adepte de cette sorte de jeux.

 

Je suis un peu sous le choc et je m’interroge. Il est vrai que jamais je n’avais abordé le BDSM de ce point de vue.

La « limite d’âge », en ce qui concerne l’érotisme en général, ne me semble pas balisée par l’année de naissance et je ne vois pas pourquoi elle le serait plus dans le BDSM qu’ailleurs.

Je pensais -et je continue à en être persuadée- que l’amour, le désir, le plaisir n’ont que faire de l’anagraphe.

 

Il est vrai que les petites annonces BDSM que nous voyons ici et là, de la part de maîtres ou de dominateurs (généralement dans la tranche d’âge 45-55 ans), tendent à cibler la soumise novice, celle à former, à éduquer.

Serait-ce une composante essentielle de leur recherche et de facto le BDSM serait-il -selon eux- réservé aux femmes « jeunes » ?

Cela, il m’était arrivé de le penser quelquefois mais en me disant que les doms n’étaient pas plus que les autres hommes insensibles au démon de midi...

 

Le plus émouvant dans l’histoire que je dévoile ici, c’est que sur le blog de cette femme, participait fréquemment un homme, un maître -l’une des « pointures » du BDSM italien- qui semblait être son ami (ami = amitié) très proche depuis de nombreuses années.

Il laisse cette fois-ci un commentaire presque aussi beau que le texte qui l’a suscité.

L’expression d’une même nostalgie, de cette conscience que vient toujours, oui, le jour de la fin du corps désirant.

Même si la société -dit-il- aliénée par le jeunisme essaie de nous faire croire le contraire et nous pousse à le reculer au maximum de manière factice pour nous maintenir toujours en état de consommateurs (vêtements, cosmétiques, sport etc.), il y a une « biologie » qui dicte sa loi.

Il affirme qu’elle est plus cruelle encore dans le BDSM mais qu'il faut savoir alors inventer d'autres plaisirs tout aussi riches.

 

Pourquoi ai-je parlé d’un témoignage émouvant de la part de cet intervenant ?

Et bien, seulement parce qu’il assure que cette loi est tout aussi valable pour les hommes que pour les femmes, pour les dominateurs que pour les soumises…

C’est rassurant au moins !

 

Ma note n’a pas de conclusion.

N’ayant pas encore cet âge, je n’ai pas d’avis fondé quant à la question -quelque peu tabou- que j'évoque.

Je voudrais, bien sûr je voudrais, que tous les deux, elle autant que lui, se trompent.

 

Je souhaite assister bientôt à son retour triomphant.