Nobuyoshi Araki Bondage couverture de la revue française Beaux-Arts août 2007

               Image : Couverture de la revue « Beaux-Arts -Août 2007- Photo © Nobuyoshi Araki.

 

 

Cette note ne concerne pas le BDSM.

Cependant et une fois de plus, j'affirmerai ici que tout pratiquant d’une sexualité dite « parallèle » doit se sentir concerné par les problèmes de censure.

C'est une question d'engagement et de combat contre le retour à un certain ordre moral.

Je regretterais donc si ce soir, les lecteurs BDSM de mon blog ne s’arrêtaient qu’à l’illustration de ce post, cette magnifique photo d’un bondage d’Araki qui faisait la une du magazine « Beaux-Arts » le mois dernier, et ne lisaient pas le texte qui suit…

 

 

Dans son passionnant numéro d’août qui contenait un dossier spécial « Art et sexe », la revue « Beaux-Arts » (encore disponible chez quelques marchands de journaux ou sur commande) avait organisé une rencontre entre Catherine Millet, Michel Houellebecq et Stéphanie Moisdon (commissaire d’exposition, critique d’art, actuellement  en attente de jugement avec Henry-Claude Cousseau -dont elle fut le co-commissaire- dans le procès contre l’exposition « Présumés innocents » au CAPC de Bordeaux en 2000) sur le thème « Sexe : les mots pour l’écrire ».

A un moment donné de la discussion, le problème de la censure fut évoqué et voici ce qu’en disait alors Stéphanie Moisdon (Beaux-Arts -Août 2007, page 44 et 45) :

 

« … Il y a maintenant un principe de précaution. Les expositions sont toutes ponctuées de panneaux d’avertissement qui prennent plus de place que les oeuvres et qui orientent le regard vers ce quelque chose qu’il ne faudrait pas voir. Qui détournent le contenu et la nature de l’oeuvre. C’est pathétique ! Dans peu de temps, cette précaution ira jusqu’à faire interdire les expositions aux moins de 18 ans, ce qui représente une dérive grave. Comment se construiront les consciences de ces nouveaux spectateurs, réduites à l’interdit, à la honte et à la transgression ? ».

 

Le « peu de temps » évoqué par Stéphanie Moisdon ne s’est pas fait attendre.

Voici que l’on apprend que l’exposition majeure de l’année au Barbican Art Centre de Londres (qui fête ainsi ses 25 ans d'existence) « Seduced, Art and Sex from Antiquity to Now », exposition qui s’ouvrira le 12 octobre 2007 pour se prolonger jusqu’au 27 janvier 2008 est, et ce pour la première fois, d’emblée strictement réservée aux plus de 18 ans.

Les organisateurs de cette immense rétrospective prétendent avoir agi ainsi afin que l’exposition soit plus à même d’ouvrir le débat sur les limites entre érotisme et pornographie.

 

A lire la liste des artistes contemporains les plus connus nommés sur la page d’accueil de la galerie (Nobuyoshi Araki, Francis Bacon, Robert Mapplethorpe, Pablo Picasso et Andy Warhol entre autres), on songera qu’il n’y avait pourtant pas de quoi fouetter un chat, tous ceux-ci ayant fait, par le passé, l’objet d’expositions non « censurées »  (au Barbican ou ailleurs) de leurs travaux, érotiques ou non, -et je ne parle pas même des oeuvres témoins de l’Antiquité ou, mettons, de la Renaissance- et on déplorera vigoureusement que la liberté n’ait pas été laissée aux parents de choisir d’être ou non accompagnés de mineurs pour cette visite (la barre légale des 18 ans est quelque peu artificielle: on peut être apte à la réflexion sur ce sujet à seize ans comme ne pas l’être à vingt) ou qu’au moins une partie du parcours balisée « tous publics » n’ait pas été mise en place (puisque apparemment une partie des films qui seront projetés tout au long des quatre mois que durera cette manifestation est effectivement encore sous le coup d’une interdiction aux moins de 18 ans).

 

Cette exposition qui a pour emblème la feuille de vigne qu’imposa la reine Victoria à la présentation du David de Michel-Ange se retrouve du même coup -et sans second degré aucun- à nous renvoyer précisément au puritanisme et à l’obscurantisme victorien.

 

Le pire est que je crains qu’elle ne fasse « école » en ces temps actuels marqués par la régression.

Et je renvoie à la question posée plus haut par Stéphanie Moisdon : quid de l’ouverture d’esprit, de la naissance de la sensibilité face à l’art pour ces nouveaux spectateurs qui pourraient, dans un futur très proche, ne le découvrir qu’à l’aune de l’âge inscrit sur leur carte d’identité ?