BDSM Goûter chez le Marquis de Sade à Lacoste

                               Le Château du Marquis de Sade à Lacoste partie reconstruite par Pierre Cardin

                                     Photos du Château de Lacoste - Marden.

 

Cette note était presque entièrement écrite lorsque j’ai pris connaissance du commentaire de J.M. Devesa sur la précédente. Je n’en ai donc pas tenu compte ici mais je vous invite à le lire.

Il peut d’ailleurs intervenir aussi sur celle-ci autant qu’il le désire et m’y apporter sa contradiction.

En revanche, comme j’avais lu les mots d’Idalie Félix, son témoignage est intégré à mon texte de ce soir.

Je les remercie au passage l’un et l’autre pour leurs « sadiennes » participations…

 

 

Puisque le club Fetish BDSM "C&C" de Paris ouvre régulièrement ses portes à des après-midi intitulées « Les Goûters du Divin Marquis », j’ai voulu à Lacoste, l’heure étant propice, goûter moi aussi mais chez le vrai Marquis…

L’occasion était trop belle et trop… bonne de savourer là une pâtisserie : une boulangerie en propose à une centaine de mètres des lieux mémorables.

 

Lacoste, nous a-t-on expliqué en ce premier séjour que nous y faisions, n’a pas toujours été fière de son homme illustre, en partie pour ce que nous rapporte Idalie Félix dans son commentaire à ma note précédente (le souvenir d’un bien méchant seigneur méprisant et dur envers ses paysans) mais aussi pour la mémoire « faussée » de frasques imaginaires (où l’on confond Sade avec ses œuvres comme dans ce texte des « Feuillets d’Hypnos » de René Char que je citais en dernier extrait de ce post de l’an passé).

 

Au point de n’avoir jamais voulu, bien qu’il soit ainsi indiqué sur les guides touristiques, appeler le « Château de Lacoste » autrement que « Château du Marquis de Sade » au sein des villageois.

Distance nécessaire -semble-t-il- entre la bourgade et l’écrivain-philosophe dont elle ne s’honore pas.

 

Nous avons laissé hier soir le Château aux mains du fermier Rovère (qui était d’ailleurs aubergiste)  qui le racheta à Sade. Parmi ses successeurs, il y eut ensuite un concierge puis un maçon.

Les choses intéressantes commencent en 1952 lorsqu’un professeur d’anglais, André Boüer, en fait l’acquisition et y tente des travaux de rénovation qui l’amèneront à des investissements sans fin qu’il peut à peine financer par la location, à l’occasion de séminaires ou de salons régionaux, des parties assainies.

Mais cet homme marque, par son engagement, le début d’une tentative de « réhabilitation » de Sade à Lacoste.

Il a d’autant plus de mérite qu’il faut considérer l’époque où il agit.

1956 est tout de même l’année où le Ministère Public intente son fameux procès à Jean-Jacques Pauvert (qui depuis 1947 a entrepris la première édition complète des œuvres de Sade) afin d’obtenir la censure de certains textes…

 

Lorsque André Bouër meurt, il lègue le Château à l’Institut qui ne sait trop quoi en faire et ne veut pas s’y investir.

Les lieux seront vendus à Pierre Cardin en 2001.

Celui-ci y a, depuis, fait refaire les façades du village, installé une épicerie fine, ramené  un boulanger et prévoit d’y ouvrir d’ici peu une librairie.

Du château lui-même, reconstruit pour une partie (comme on le voit sur la seconde de nos photos) qui n’est pas ouverte au public, il entend faire sa résidence secondaire mais aussi y mettre sur pied un musée consacré à Sade.

Pour l’heure, chaque été, il y organise un Festival de musique classique, art lyrique, danse et théâtre.

En ce qui nous concerne, nous avons pu voir une exposition de sculptures sur le plateau situé derrière le Château.

 

Je ne veux pas ici écrire un « Faut-il brûler Cardin ? » plagiant le « Faut-il brûler Sade ? » de Simone de Beauvoir.

Lacoste m’a paru un village paisible et peu assailli par les touristes pendant nos quelques jours.

On est loin de la folie tropézienne ou -pour rester plus près- de celle de Gordes.

Les habitants de Lacoste semblent fort bien s’accommoder de la présence sporadique de Pierre Cardin en leurs murs et si le prix du mètre carré a explosé dans le bourg, je doute fort que le mécène y soit pour quelque chose : l’engouement des « people » pour le Lubéron date d’une quinzaine d’années.

Il paraîtrait même qu’il y en ait peu à résider sur Lacoste.

Mais, sourire, peut-être que Cardin a tout racheté…

Ce serait, ma foi, une assez jolie manière désintéressée de protéger des vautours Lacoste (et Sade du même coup) de la part de celui qui est aussi le propriétaire d’une maison de Casanova à Venise sans être pour autant ni BDSM dans le premier cas, ni libertin dans l’autre…

 

J’ai, depuis mon retour, lu sur le Web une note d’un blog d’une ancienne habitante de Lacoste qui regrette le temps d’avant-Cardin et de la « jet-society ».

J’ai aussi appris que les descendants directs du Marquis de Sade avaient conçu le projet d’ouvrir une « Fondation de Sade » à Saumane et semblent peu enclins à dialoguer avec le nouveau propriétaire du Château de Lacoste.

 

A titre personnel, je ne vois pas bien ce que vient faire la jet-society là-dedans.

Pour avoir vu le programme du festival de cette année 2007, j’en pense seulement que Sade était un grand amateur de théâtre et de spectacles et qu’il n’y a aucune trahison à animer ainsi le château.

En outre, s’il doit un jour y avoir une Fondation Sade à Saumane et un musée à Lacoste, ce ne sera que mieux.

Quant à la librairie, je l'attends avec impatience.

La fenêtre encore mi-close montrait quelques Annie Le Brun fort difficiles à trouver aujourd'hui. Il est donc assuré qu'elle n'est pas destinée à promouvoir des livres de recettes provençales!

 

Je ne comprends pas très bien les reproches faits à Cardin.

Prenons un autre exemple, toujours lié à Sade.

Puisqu’il y a (tout à fait indépendamment de Pierre Cardin et de son action à Lacoste) un Prix Littéraire Sade décerné chaque année à Paris, c’est un peu comme se plaindre de l’existence de celui-ci alors que le vrai problème qu’il pourrait y avoir là tient dans la présence d’un Beigbeder (!!!) dans le jury ou dans le mauvais choix du livre couronné en certaines années.

 

Tant que sous les murs de Lacoste, ne se presseront pas de petites guérites avec la boule de neige contenant le château en plastique blanc made in Taiwan, le buste doré du Marquis ou le fouet au manche tressé estampillé « Sade-Lacoste » (et je suis certaine que ce n'est pas ce que Pierre Cardin a en tête) , sincèrement je crois que tout ce qui peut faire connaître Sade et son œuvre est une bonne initiative…