BDSM Pink Handcuffs

BDSM - Choses vues, lues, entendues, vécues (été 2007).

 

 

IV - Les menottes en fausse fourrure rose.

 

Les fêtes foraines ou bien encore leurs grands frères, les Luna-Parks, font partie de ces distractions qui évoluent mais subsistent au cours des années et des générations.

Certains se feraient damner plutôt que d’y mettre un pied, jugeant l’endroit trop « populo ».

Moi, je viens d’où je viens.

 

Mon grand-père, lorsque j’étais gamine, ne m’aurait pas fait rater pour un empire l’une des fêtes votives des villages des alentours et leurs manèges, leurs bals plus tard lorsque je fus adolescente.

Né très pauvre et sur d’arides terres étrangères, il aima les flonflons, les lumières et les guirlandes colorées comme le symbole d’un luxe de vie enfin atteint.

Et le luxe du pauvre, pour moi, c'est sacré.

Au point d'avoir envie d'envoyer fiche ceux qui se moqueraient et ne comprendraient pas.

 

Quand j’eus l’âge d’exercer mon adresse, il m’apprit à lancer les anneaux autour d’un socle où trônait un objet convoité. Je n’étais pas mauvaise.

C’est alors que commencèrent à apparaître les cages de verre où, pour cinquante centimes de l’époque, on pouvait avec une griffe de métal à trois bras tenter de se saisir d’une peluche, d’une montre ou d’une autre quelconque babiole.

 

J’y suis toujours parvenue.

J’y excelle encore aujourd’hui. Je le fais autant en sa mémoire que pour le plaisir de mon fils.

Pas facile : la griffe est trompeuse.

En fait, ses triples mâchoires sont lâches. La technique est simple. Il ne faut viser qu’un seul objet et être patient.

Le déplacer jusqu’à avoir le point exact d’appui où l'agripper afin qu’il ne soit plus trop lourd pour la griffe et que celle-ci, après l’avoir trompeusement soulevé dans les airs tandis que l’on a le cœur battant, ne le laisse retomber devant nos yeux penauds et rageurs à deux pas du tiroir qui donne accès à la marchandise fièrement gagnée...

 

Ma moyenne est d’y arriver en six fois. Mon enfant le sait.

Il ne cultive pas d’illusions et ne montre pas de dépit avant.

Et comme mon grand-père me passa jadis le relais, je suis en train de le lui passer.

Il apprend. Un peu plus tôt que moi et par la force des choses.

Aujourd’hui, plus question d’une pièce de cinquante centimes, la partie unique coûte deux euros ou dix euros pariés d’emblée pour dix parties.

Une fois que j’ai remporté la peluche désirée, les parties qui restent sont pour lui, il se familiarise avec la griffe et ses sournoiseries.

Viendra bientôt le temps où il n’aura plus besoin d’une maman pour gagner tout seul son jouet.

 

Cette année, au Luna-Park de Gassin, celui que nous fréquentons, nous avons remporté haut la main un « Spiderman » en cinq coups.

Une fois la chose faite, tandis qu’il épuisait la mise, j’ai fait un tour des cages environnantes.

Tout ce qui comporte un cœur rouge (« Mickey » ou « Titi » de contrefaçon, succédanés de « Barbie » et autres poupées en robes d’antan avec des cheveux de laine brune) clamant « I love you » au moyen d'une mauvaise broderie a un succès fou auprès des garçons de quinze à vingt ans accompagnés d’une rougissante et ricanante demoiselle elle-même accompagnée de sa meilleure copine (celle qui, une heure plus tard, tiendra le sac au bal)...

 

Une seule cage vitrée était délaissée.

J’ai bien ri intérieurement.

Le BDSM faisait pour la première fois son entrée dans le règne de la fête foraine par le biais de l’un de ses accessoires commerciaux les plus nunuches, ceux qui nous font hocher la tête avec découragement à nous autres, pratiquants.

La griffe proposait de se lancer à l’assaut de l’une de ces paires de menottes métalliques recouvertes de fausse fourrure rose déhoussable et de leur clé magique.

Non seulement il n’y avait pas d’amateurs mais ceux qui passaient détournaient le regard en une seconde pour aborder la vitre d’à côté et sa peluche bon enfant.

Je n’ai rien essayé, même pour le fun, même si le point de prise était évident.

Allons, je n’allais pas me distinguer là…

 

C’est sûr.

Le BDSM et ses agapes, même les plus dénuées de coloration « hard », est bien loin encore d’être « grand public »!