Michelangelo Antonioni Ingmar Bergman Michel Serrault juillet 2007

 

 

Rentrer de vacances et rouvrir un blog BDSM sur un triple hommage cinématographique, ce n’était certes pas du domaine de mes prévisions.

Mais comment parler de moi, comment étaler ce soir ici mon nombril à l’heure où le « hasard n’abolit pas ce coup de dé » portant trois points noirs ?

 

Antonioni. Bergman. Serrault.

L’ordre alphabétique prévaudra et peut-être n’est ce pas plus mal ainsi pour construire un texte qui ait un fil conducteur assimilant trois géants d’un vingtième siècle qui n’est plus mais où les « déjà vieilles  » comme moi ont un pied bien planté et leur ombre qui porte sur l'après-midi chaude…

 

Antonioni était né à Ferrare, il y a 94 ans. C’est là aussi qu’il trouvera sa dernière demeure.

Il le fallait.

C’est Ferrare qui explique mieux que toute autre chose au monde l’aspect introspectif jamais démenti de ses films.

Ferrare, ville en mouvement où les vélos tournent et virevoltent sans cesse, depuis des lustres et loin de toute connotation environnementaliste, mais Ferrare close aussi dans ses murs et secrète.

Si secrète qu’elle ne se laisse que très difficilement lire par le passant. Le cinéma d’Antonioni était ainsi. Hermétique et boudé par ce que l’on nomme le grand public.

Pour comprendre Ferrare, il ne faut pas manquer cet été la reprise sur les écrans du plus bel opus de Vittorio De Sica « Le Jardin des Finzi-Contini » (réalisé en 1970 d’après le roman de Giorgio Bassani).

Vous y verrez le terrain de tennis ferrarais. Sur celui-ci les adolescents Antonioni et Bassani s’entraînaient.

Vous y verrez aussi de hautes murailles. Vous en saisirez le drame et ensuite, vous serez en mesure de retourner vers le cinéma d’Antonioni et de vous apercevoir alors de combien il savait décrypter l’âme humaine, celle des femmes notamment, de « L’Avventura » à « Identification d’une femme » sans oublier le sublime « Désert rouge »  ou « L’Eclipse »…

Metteur en scène de l'incommunicabilité, il est fort probable qu'il gagnerait à être redécouvert aujourd'hui où son cinéma éternel parle encore plus de nous qu'il ne le faisait de ses personnages en son époque.

Michelangelo, ti saluto. Che buona ti sia « La Notte »…

 

Bergman lui aussi a donné de bien grands portraits de femmes au cinéma.

Lui aussi a été un de ces grands magiciens de l’introspection. Hermétique lui aussi et souvent incompris. Noyé entre psychanalyse revendiquée et mysticisme rejeté, ombreux et ombrageux, cinéaste torturé, chantre de la douleur bien plus que du bonheur.

Au-delà de chefs d’œuvre comme « Les fraises sauvages », « Le septième sceau », « Persona » et quelques autres, il faudrait revoir ses « Scènes de la vie conjugale » pour constater que son propos sur l'être humain n’a pas pris une seule ride.

Et encore « Sonate d’automne ». Et surtout « Cris et chuchotements » (que tombe la honte sur ceux qui croyaient que ceci n’était que le nom du célèbre club BDSM parisien !) pour savoir enfin que celui qui nous quitte à 89 ans, pénétrant cette fois pour de bon « Le silence »,  était l’un des plus grands maîtres du septième art.

 

Michel Serrault n’était qu’un acteur. Oh ! L’affreuse négation restrictive ! Que seraient les metteurs en scène sans les acteurs ?

De son immense carrière qui lui permit d'alterner avec un incomparable bonheur rôles comiques et tragiques, ce sont plutôt les seconds qui m’ont marquée (ainsi que les cocktails des deux qu’il sut marier avec maestria chez Mocky).

J’ai aimé à pleurer le Serrault de « Mortelle randonnée », de « On ne meurt que deux fois », de « Les fantômes du chapelier », de « Garde à vue », de « Pile ou face » ou encore de « Nelly et Monsieur Arnaud ».

 

Le talent des acteurs transcende les générations.

Si mon fils ignore encore tout d’Antonioni et de Bergman, il sait que l’homme qui vient de s’en aller à 79 ans l’avait ému dans « Les enfants du marais » et dans « Le papillon ».

 

Pour le reste, entre l’anecdotique « Transformers », le génial « Les Simpson » et en attendant demain pour le succulent « Ratatouille », tous films de son âge, je l’ai amené voir « Le Jardin des Finzi-Contini ».

Il n’est jamais trop tôt pour commencer à comprendre que l’écran noir est fait à la fois pour s’émerveiller mais aussi s’interroger…

 

D'où cet hommage ici à ces trois hommes que juillet 2007 emporte mais qui furent, chacun à sa manière et chacun en son temps, une porte d'entrée sur le monde pour moi.