BDSM Ponygirl Humour Drawing

                                                                         Dessin © ???

 

 

En écrivant hier ma note sur « BDSM et Fétichisme », mes pensées allaient cherchant des exemples quand je songeais soudain à ce que l'on appelle le ponyplay.

La pony girl, de par son costume et ses accessoires, est un bel exemple de fétichisme. Dans le même temps, le concept (l’animalisation) et les jeux qui en découlent sont bien du BDSM.

 

Comme je parlais surtout de Surréalisme, me revinrent alors en mémoire ces deux textes jumeaux de Tristan Corbière, poète  de la fin du XIXème dont on sait qu’il ne connut aucune consécration de son vivant. Il subit alors, dans sa même veine acide et caustique, la concurrence de Jules Laforgue que le public lui préféra.

Malgré le fait que Verlaine l’ait, un peu plus tard, rangé dans ses « Poètes Maudits », il fallut attendre « L’Anthologie de l’humour noir » qu’André Breton publia en 1940 pour qu’il soit « révélé » enfin.

Les Surréalistes dans leur ensemble l’ayant dès lors célébré comme un pape de l’anti-poésie, comme un  magicien de la parodie, il est aujourd’hui, à juste titre, considéré comme un « classique ».

Dans son seul recueil « Les Amours jaunes » (« jaunes comme le rire jaune » ou « jaune comme la couleur des époux trompés », l’interprétation critique n’a jamais tranché), et plus précisément dans la section « Raccrocs », il donne deux poèmes en miroir, l’un « A ma jument Souris » et l’autre « A la douce amie ».

Il est certain que le second, lu tout seul, ferait une belle ode BDSM.

Mais ce n’était, malheureusement pour nous, pas l’intention de l’écrivain que de les séparer et je ne vais pas le trahir.

Voici donc ce diptyque et je vous laisse juger de qui est -selon lui- la plus jument (ou la plus femme).

Pour les illustrer, j’ai choisi ce dessin dont j’ignore l’auteur mais qui restait, à mon sens, dans la même ligne sarcastique…

 

Et si j’ai seulement donné un peu envie de le lire, tant mieux…car tout chez lui est du même tonneau, de la même O !

 

I. A ma jument Souris.

 

Pas d’éperon ni de cravache

N’est-ce pas, Maîtresse à poil gris…

C’est bon à pousser une vache,

Pas une petite Souris.

 

Pas de mors à ta pauvre bouche :

Je t’aime et ma cuisse te touche.

Pas de selle, pas d’étrier :

J’agace, du bout de ma botte,

Ta patte d’acier fin qui trotte.

Va : je ne suis pas cavalier…

 

-Hurrah !  c’est à nous la poussière !

J’ai la tête dans ta crinière,

Mes deux bras te font un collier.

-Hurrah ! c’est à nous le hallier !

 

-Hurrah ! C’est à nous la barrière !

Je suis emballé : tu me tiens -

Hurrah !...et le fossé derrière…

Et la culbute !...-Femme, tiens !!

 

 

II. A la douce amie

 

Çà : badinons - j’ai ma cravache -

Prends ce mors, bijou d’acier gris;

-Tiens : ta dent joueuse le mâche…

En serrant un peu : tu souris…

 

-Han !...C’est pour te faire la bouche…

-Vlan !...C’est pour chasser une mouche… !

Veux-tu sentir te chatouiller

L’éperon, honneur de ma botte ?...

- Et la Folle-du-Logis trotte… -

Jouons à l’Amour-cavalier !

 

Porte beau ta tête altière,

Laisse mes doigts dans ta crinière…

J’aime voir ton beau col ployer !...

Demain : je te donne un collier.

 

-Pourquoi regarder en arrière ?

Ce n’est rien, c’est une étrivière…

Une étrivière…et - je te tiens !

………………………………..

Et tu m’as aimé… -rosse, tiens !

 

Tristan Corbière - Les Amours Jaunes - Le Livre de Poche Classique.