BDSM master and submissives

                                           Photo © Nicolai Sednin

 

 

Je viens de tomber sur un blog BDSM de « maître » tout nouveau, tout beau.

Je ne les cherche pas, ils m’arrivent tout cuits.

En fait, de lien en lien, j’en ai même trouvé deux.

 

Je n’ai encore rien à dire du premier. Lorsqu’il aura fini de donner, avec une lenteur certaine, de page en page les définitions classiques, on verra alors ce qu’il a à raconter.

 

Le second est déjà tout un poème en seulement treize notes à ce jour.

Le seul point commun que je pourrais avoir avec lui tient dans son intitulé qui reprend l’ovidienne notion d’art d’aimer que je prise fort quant au BDSM en soi.

Pour ceux qui voudraient tout de même savoir de qui je parle, quitte à passer une fois de plus pour une fichue élitiste, c’est du monsieur qui a réussi l’exploit de faire un post nommé « Il était une foie » et non, ce n’était pas un « lapsus clavieris » puisque au-delà du titre, il le répète dans le texte.

Tout comme sur une autre note, il nous évoque complaisamment son « sex » maintes fois semblant ignorer que ce mot existe aussi en français avec un « e » à la fin.

 

Je suis profondément navrée de persister et signer mais que l’on tienne un blog BDSM, un blog de cuisine ou de politique, un minimum d’orthographe me paraît requis…

Un « maître » dont je corrige mentalement les fautes, c’est un tue-l’amour de première, un renversement des rôles, quelqu’un à qui j’aurais envie de donner quelques coups de rotin sur les doigts…

 

Si encore il n’y avait que ça…

Mais le brave homme glose (et sans fautes pour une fois !) doctement sur le thème du « contrôle de la sexualité ».

Je me permets de citer la troisième phrase de son post :

« Il est très important, dès le début de la relation Maître/soumise, que le Dominant impose à sa soumise un rythme et une forme de sexualité qu'elle ne choisira pas. »

La suite sera déclinée en quatre parties : l’excitation permanente, l’abstinence et la frustration, la bisexualité et le prêt de la soumise.

 

Laissant de côté les deux premières (ce sont après tout des notions érotiques assez classiques) et la dernière (j’en ai assez parlé pour dire que c’est une possibilité en effet mais uniquement sur consentement et non sur ordre), je ne retiendrai que la bisexualité (j’ai déjà posté là-dessus aussi mais…il y a plus de trois ans).

 

Voici donc son propos :

« La bisexualité : Est-il besoin de parler longuement de la bisexualité ? Quel homme ne rêve pas de voir deux femmes ensembles ? Quel Maître ne rêve pas deux voir deux soumises* se caresser tout en subissant sa domination ? »

 

Et bien justement, il faudrait en parler longuement si le monsieur la voit en ces termes, c'est-à-dire en ignorant (puisqu’il impose) tout à fait l’autre.

« Quel homme ne rêve pas de voir ? ». Certes, mais uniquement tant qu’il rêve ! Pas quand sous prétexte de soumission, il passe à l’acte.

Le BDSM n’est pas de forcer -comme il l’énonce- une soumise « à une forme de sexualité qu’elle ne choisira pas ». Tout au plus pourrait-on imaginer qu’il l’y conduise s’il sent que c’est elle qui en rêve et non lui !

Sinon, il n’y a plus là dedans que machisme et le rôle de dominant a bon dos pour satisfaire des appétits à sens unique. Egoïstes.

 

Je ne suis pas bisexuelle.

Il n’empêche que je reconnais volontiers que c’est une forme répandue de sexualité.

Le site BDSM italien que je fréquente a fait un grand recensement qui révèle que 23,3 pour cent des femmes inscrites le sont.

Cela me paraît généreusement pesé mais cela signifie aussi que 76,7 ne le sont pas.

La moyenne d’âge de ces personnes oscillant entre trente et cinquante-neuf ans, on peut aussi retenir qu’elles sont suffisamment mûres pour se connaître elles-mêmes.

Bonheur aux maîtres des 23,3 pour cent s'ils sont comme ce blogueur.

Les autres devront faire sans.

 

Si je ne suis pas bi, il se trouve qu’à seize ans, en Terminale, j’ai -comme tout le monde à l’âge où l’on se cherche et où l’on est disposé à tous les « essais »- eu une petite expérience de câlins avec l’une de mes camarades.

Assez pour savoir que ma route n’était pas là et, trois ans plus tard à l’Université, lorsqu’une fille m’a aimée d’amour, c’est en toute conscience que je n’ai pas donné suite.

 

Je comprends très mal cette vision de la domination qui serait de faire accepter à quelqu’un, pour flatter l'ego d'un maître, une chose qu’il est certain de ne pas porter en lui.

Il y a déjà un certain temps que bon nombre de chirurgiens plasticiens quand une patiente vient à eux pour se faire refaire des seins, un nez etc. ne consentent pas, par déontologie, à pratiquer l’acte s’ils comprennent qu’elle ne vient pas pour elle-même mais pour faire plaisir à un mari ou un compagnon.

Un nouveau nez peut changer une vie. En bien. En mal aussi, si la demande n’émane pas de nous.

Il en est de même avec une bisexualité « forcée ».

J’ai refusé souvent (ceci et d’autres choses) dans ma vie de soumise. Je ne l’ai jamais regretté.

 

Le BDSM comme art d’aimer, celui qui a pour sens de s’inscrire dans la durée n’est pas, contrairement à ce que beaucoup croient, celui qui impose la loi du dominateur. C’est quelque chose qui se construit patiemment, de négociation en concession,  mais en tenant compte toujours dès le départ qu’il y aura de l’infaisable.

Le maître (pour utiliser ce mot que je n’aime pas) bienveillant, équilibré, est celui qui sait en prendre acte.

 

 

*On constatera ici que se pose aussi pour cet homme la question de la pluralité de soumises.

Là encore, cela me paraît relever du domaine de l’impossible sur la durée complète d’une vraie vie de couple.

Les seules références que j’ai ne sont pas assez probantes en années pour que j’en tire une quelconque certitude mais déjà beaucoup de ceux que je connaissais et qui vivaient ainsi ne sont plus ensemble aujourd’hui…