Catherine Robbe-Grillet alias Jeanne de Berg

                                          Photo © ???

 

 

U-blog étant en panne hier soir, voici donc avec un jour de retard une note qui -malgré le « délai de grâce- ne me donne pas satisfaction.

Tant pis. Je n'ai pas pu faire mieux sur la forme, voulant adopter un parti pris de neutralité.

 

Je souhaite ici évoquer une émission de radio qui s’est déroulée le 22 mai 2007 sur RMC dans le cadre du créneau occupé par Brigitte Lahaie « Lahaie, l’amour et vous » et qui était intitulée « Le SM : jeu dangereux ? »

Malgré son titre, je n’aurais jamais parlé de cette émission que j’ai écoutée pour la première fois et dont le concept m’a déplu (un sujet traité avec un invité fil rouge dont les interventions sont entrecoupées d’infos mais surtout d’appels d’auditeurs qui questionnent l’animatrice sur les problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie sexuelle et qui sont pour la plupart sans rapport avec le sujet traité, ce qui crée un embrouillamini de directions à suivre et, de plus, j’ai trouvé les commentaires de Brigitte Lahaie très plats et d’un moralisme consensuel bon enfant agaçant) s’il ne s’était trouvé que le « témoin » du jour était Jeanne de Berg (Catherine Robbe-Grillet).

 

Ses propos m’ont paru suffisamment intéressants pour que j’en fasse mention.

Toutefois, je tiens à préciser qu’il ne s’agit que de notes que j’ai prises, que ce ne sont donc pas les mots exacts prononcés par Jeanne de Berg, que mon texte a une continuité qui fait sembler ceux-ci décousus alors qu’en fait, ils ont été dits sur une dizaine de moments qui forment à l’arrivée tout au plus 20 mn sur une émission qui durait deux heures.

Dans la réalité (et je donnerai en fin de post le lien pour les courageux qui voudraient écouter les 120 minutes afin de se rendre mieux compte), les paroles de Jeanne de Berg n’ont pas eu ce caractère de méli-mélo que mon texte semble leur restituer malgré toute ma volonté de leur être fidèle au maximum.

Enfin, il ne faut pas oublier quelle était la question posée et combien celle-ci était venimeuse dès le départ.

Et j’en arrive là à mon problème : je ne peux parler de cette émission en toute honnêteté si je ne mentionne pas la réaction très virulente qu’a eue à son sujet un auditeur quelques jours plus tard. Je le ferai donc à la fin de ce texte pensant -comme toujours- qu’après tout, il vaut mieux parler des choses plutôt que de les taire.

A part sur les mots de cet homme, je ne me permettrai aucun autre commentaire.

C'est-à-dire que je demeure muette quant à ceux de Catherine Robbe-Grillet.

De la même façon, je n’ai fait aucune coupe car je ne voulais pas trier et à la fin lui faire dire seulement ce qui m’agréait.

C’est une bien trop grande dame, j’ai beaucoup trop d’admiration pour elle pour ne pas respecter à la lettre ce dont elle a choisi de faire part ce jour-là et lui laisser la responsabilité de toutes ses opinions.

Je ne sais si certains seront choqués.

Mais pour ma part, il est un fait qu’à l’heure actuelle, elle est la grande, voire la seule, voix authentique, sincère et expérimentée qu’ait le SM en France.

A partir de là, je ne peux qu'exprimer ma totale humilité et le regret de l’avoir « traduite » si pauvrement en cette note lourde et monotone comme l’est fatalement tout texte long au discours indirect.

 

Cela commence donc par un rappel de B.Lahaie du passage de Jeanne de Berg fin 1985 à « Apostrophes », le magazine télévisé de Bernard Pivot, pour son livre « Cérémonies de femmes », le visage recouvert d’une voilette.

Ce rappel se veut -semble-t-il- pour l’animatrice celui d’une époque où les médias avaient encore « peur » du SM.

Jeanne de Berg y consent mais rectifie cependant qu’y entrait pour beaucoup son désir d’alors de ne pas être seulement assimilée à son époux en se dévoilant comme Catherine Robbe-Grillet.

Madame Lahaie reprend pour affirmer que les temps sont meilleurs dans les médias pour le SM aujourd’hui.

L'invitée n’est pas d’accord. Elle fait la comparaison avec une autre minorité sexuelle, celle des gays qui au fil des années a gagné une grande bataille, celle de passer des rires gras d’autrefois à une loi sur l’homophobie.

Elle démontre qu’il n’y a pas de SM Pride et que l’on peut continuer à ricaner sur le SM en toute tranquillité.

L’animatrice insistant sur l’évolution que l’on ressent tout de même dans la société, Jeanne de Berg lui rétorque qu’elle l’a interrogée sur les médias et non sur le tissu social.

 

Une auditrice intervient pour évoquer ses fantasmes SM dont elle ne parle pas à son compagnon car elle pressent qu’il ne les partage pas.

Jeanne de Berg pense que si ce partage n’existe pas, le pire serait que le compagnon joue le rôle pour complaire à la jeune femme, il ne s’agirait alors que de comédie et il ne serait pas crédible, elle suggère que le dialogue s’instaure mais pour que l’auditrice obtienne de son ami la compréhension indispensable pour aller à la rencontre d’une tierce personne qui sera, elle, réellement concernée et elle précise que les deux choses n’étant pas situées sur le même terrain, cela ne devrait pas nuire au couple de base.

 

Elle a auparavant chiffré, à la demande de Brigitte Lahaie, le nombre de pratiquants SM (Jeanne de Berg ne prononce jamais le mot BDSM, c’est Lahaie qui, une seule fois, nommera l’acronyme BDSM en tant que « SM soft ») à 2 pour cent de la population française sur la base d’une enquête connue qu’elle prend soin de faire noter comme déjà ancienne mais elle énonce toutefois comme un fait certain la marginalité de cette sexualité.

90 pour cent des pratiquants de surcroît sont des hommes et dans les 10 pour cent de femmes qu’il reste, elle fait noter les « masculins » cachés sous des pseudonymes féminins.

Une femme ayant donc, selon elle, au final toutes les chances de trouver dans cet univers ce qu’elle y recherche.

 

Une nouvelle auditrice qui témoigne de son couple vivant en harmonie des jeux SM donne à Jeanne de Berg l’occasion d’évoquer les limites, le contrat -tacite ou écrit- entre les deux partenaires, de définir les deux grandes tendances (humiliation et/ou douleur) qui prédominent dans le sadomasochisme consensuel et à la jeune femme qui répond qu’elle aime les deux et qu’elle et son ami y prennent grand plaisir, elle répond « Sans plaisir, vous ne continueriez pas ».

 

Elle explique que ce qui est très mal perçu voire incompréhensible par les non-pratiquants, c’est qu’ humiliation et douleur puissent ainsi être source de plaisir, un plaisir complètement contrôlé, avec des garde-fous et dans une totale complicité.

Elle confie que pour sa part, ce plaisir « en reflet » doit être présent : s’il n’existe pas chez l’autre, il n’existe pas chez elle. L’acte serait alors vain.

 

Plus tard, B.Lahaie l’interrogera sur les accidents possibles. Jeanne de Berg dira qu’ils sont très rares mais peuvent arriver et que les pratiques SM demandent une grande prudence, elle fera remarquer deux points particuliers : tout ce qui est du registre des liens et qui requiert de faire très attention et le fantasme de strangulation que quelques personnes extrêmes manifestent et qui nécessite, pour y répondre, une expérience et un sang froid essentiels.

Elle mettra en parallèle SM et conduite automobile, contrée par Brigitte Lahaie qui pense que la conduite est un besoin et que le SM ne peut être considéré comme tel.

Jeanne de Berg est persuadée que pour quelques-uns, le SM est aussi un besoin car ceux-là, qui y sont accro, n’auraient sans lui aucune vie sexuelle.

 

La question lui sera ensuite posée du milieu social que recouvre le SM. Elle sera catégorique pour attester qu’il ne s’agit pas d’un fantasme de classe réservé à la bourgeoisie mais qu’il est répandu dans l’ensemble de la population.

 

B.Lahaie la questionnera sur l’explication psychanalytique : des problèmes dans l’enfance et un besoin de repères pour se sentir aimé.

Jeanne de Berg répliquera alors connaître quelles sont les théories des psys en laissant traîner un « Mais ont-ils raison ? », tout en narrant cependant l’anecdote d’un  garçon fessé mémorablement une fois en son enfance qui ne devait plus, par la suite, fantasmer que sur cela et conclure qu’elle ne voyait pas pourquoi, en soi, cela serait dommageable…

 

Le débat reviendra encore une fois sur les limites. Elle définira le SM comme l’excitation de friser le danger mais dans l’accord et le partage sans se mettre réellement en péril.

 

Elle n’esquivera pas pourtant le fait de parler des sadiques et des masochistes « froids », cas tout à fait exceptionnels (un homme voulut mourir de sa main, elle refusa), et qui pour elle ne relèvent pas de la relation sadomasochiste puisque pour ces sadiques et ces masochistes-là, il n’y a pas de relation, l’autre ne comptant pas.

 

Un auditeur se manifestera pour répondre à la question-titre de l’émission en disant que ce sont les instruments qui font peur.

Jeanne de Berg nommera alors cravaches, fouets, martinets en reconnaissant qu’ils peuvent choquer par les symboles qu’ils traînent avec eux mais elle ajoutera que, pour certains, ils sont absolument absents de leurs pratiques et que ceux-ci s’adonnent seulement à des jeux de rôles sans aucun accessoire.

 

Brigitte Lahaie lui demandera alors son avis sur les tenues, le dress-code.

Jeanne de Berg  sourira un peu du cuir et du latex, racontant qu’elle-même n’utilise jamais ce qui est de rigueur et que n’importe quelle tenue pourvu qu’elle soit sensuelle lui convient, que l’érotisme est dans la tête (son fameux « cosa mentale ») et n’a pas besoin de déguisement.

 

La fin de l’émission sera consacrée à un bref dialogue autour de son dernier livre « Le petit carnet perdu » et, l’ayant déjà présenté ici, je n’y reviendrai donc pas ce soir.

 

Vendredi après-midi, le 27, un auditeur appellera Brigitte Lahaie à laquelle il reprochera d’avoir fait cette émission.

Il déclarera avec beaucoup de véhémence que tout est admissible même le libertinage « car les gens font ce qu’ils veulent », tout  sauf le SM car ce sont de très dangereuses pratiques de déviants, de gens malades qui souffrent, que c’est reconnu dans toute la communauté psy « qu’il connaît bien », que l’on a affaire à des personnes qui tirent derrière elles de lourdes séquelles d’enfance et que si on peut les plaindre, il ne faut surtout pas en parler et encore moins faire une émission grand public sur elles. Il s’indignera notamment de l’attitude de l’invitée -dont il n’a pas retenu le nom- qui osait discourir de cela posément comme s’il s’agissait d’une chose normale…

Brigitte Lahaie lui répondra en mettant une toute petite nuance sur le mot « déviant » (« parce qu’il a différents sens selon qui le dit ») mais assurera que si elle devait refaire une émission sur le sadomasochisme, elle serait plus attentive quant au choix de ses invités…

Le comble tout de même!

 

Là, c’est moi qui vais me montrer choquée. Ce n’est pas le SM qui me fait peur.

Toute relation sexuelle, même la plus classique, est potentiellement dangereuse par temps de Sida.

Vivre est en soi dangereux.

C’est l’intolérance qui m’effraie le plus, surtout quand elle s’avance au nom d'une pseudo-psychiatrie.

 

 

 

PS : Le lien des archives de l’émission de Brigitte Lahaie (choisir ensuite la date du 22/05/07 pour avoir le podcast de l’intervention de Catherine Robbe-Grillet).

http://www.rmcinfo.fr/index.php?id=pagesearch0&tx_radio_pi9%5Bemission%5D=6