BDSM Histoire d'eau, photo de Lili-G   

                                                            Photo © Eroticalee (Lili-G) - Site à visiter absolument.

 

 

 

Conte, poème en prose sous forme de légende, je ne sais…

Fiction assurément.

Qui croirait s’y reconnaître se fourrerait le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

Ce texte trouve sa seule inspiration dans une photo de Lili-G qui sait si bien « dévoiler » la femme.

Et si l’histoire n’est pas gaie, cela tient simplement au fait que je ne sais écrire que des histoires tristes.

 

 

 

Le Maître avait attendu longuement au bord de l’étang, assis sur une vieille souche.

Sept années.

Chiffre fatidique.

Sept ans de réflexion.

Sept ans de malheur après avoir reçu dans un coin de son œil un éclat du miroir de la Reine des Neiges, ce miroir qu’il avait malencontreusement brisé.

Sept ans d’observation patiente, de liquides et de fluides perdus, dispersés sur le sol ou dans l’eau. Sept ans de silence et d’hypothèses, de techniques étudiées mais jamais mises en pratique.

 

Puis un jour, ainsi qu’il en était écrit de toute éternité, était arrivée l’occasion propice.

Une soumise comme une vraie proie.

Elle nageait dans l’étang, elle évoluait gracieusement au fil de l’eau et elle avait mordu à l’hameçon.

Pêchée comme un poisson !

Le Maître se frottait les yeux pour y croire.

Elle, elle pour de bon, celle qu’il avait désirée si longtemps était là maintenant, tombée dans son piège!

 

Et ce fut encore mieux que ce qu’il attendait.

Cet abandon sans limite, les caresses et les baisers, les fuites, les poursuites, les masques et les déguisements, le plaisir chaque fois plus grand le firent se sentir lui aussi chaque fois plus fort et ainsi il devint aussi cruel qu’un tyran.

 

La soumise était le lièvre avec sa petite patte prise dans des mâchoires d’acier, la soumise était en son pouvoir, cible sur laquelle on pouvait tirer autant de fois que l’on voulait, autant de balles que l’on voulait : à la fin, elle se relevait indemne comme dans les dessins animés.

 

A la fin, l’habitude le lassa. Il s’en alla sans remuer un cil, sans un mot, à la recherche d’une autre proie, d’une autre cible.

 

Au bord de l’étang, l’éclat du miroir de la Reine des Neiges était tombé dans l’eau dans un moment d’intense joie.

Il savait que désormais, il n’aurait jamais plus à attendre sept ans.

 

La soumise demeura hébétée, ce qu’elle avait cru jeu d’amour n’était donc que simple jeu.

Elle se jeta dans les eaux, espérant s’y noyer mais il n’y avait pas assez de profondeur.

L’été était venu.

 

Elle sentit seulement quelque chose d’un peu dur et de pointu pénétrer dans son œil.

Elle sortit alors de l’eau pour venir s’asseoir sur une vieille souche.

Elle n’avait même plus de larmes pour pleurer.

Une longue attente commençait.

Sept  années.