L' Extase de Sainte Thérèse Le Bernin

 

L’art amène toujours à réfléchir même si cette réflexion doit emprunter des chemins de traverse.

Il arrive au détour de l'un d'entre eux que des œuvres ou des textes dits "classiques" surprennent étrangement les amateurs de BDSM.

 

En revoyant une fois de plus à Rome dans la Chapelle Cornaro de l’Eglise Santa Maria della Vittoria cette « Extase de Sainte Thérèse », réalisée par Le Bernin de 1647 à 1652, je ne peux m’empêcher d’être très « frappée » par les mots qui l’inspirèrent.

 

« Je vis un ange auprès de moi, à gauche, en forme corporelle, ce qui n'est donné qu'exceptionnellement. Il n'était pas grand mais petit et très beau.

A son visage enflammé, il paraissait être des plus élevés parmi ceux qui semblent tout embraser d'amour. Il tenait en ses mains un long dard en or dont l'extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. 
Il semblait qu'il le plongeait plusieurs fois dans mon cœur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles.
En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait toute entière enflammée d'un immense amour de Dieu... 
La douleur était si vive que je gémissais et si excessive la suavité de cette douleur qu'on ne peut désirer qu'elle cesse. 
Douleur spirituelle et non corporelle, bien que le corps ne manque pas d'y avoir sa part, et même beaucoup. »

 

 

Mis à part quelques mots fortement connotés de religiosité, laquelle d’entre nous, masochiste ou soumise, n’eût-elle point pu écrire cela ?

 

Et le Georges Bataille de « L’Erotisme » de répondre alors à Thérèse en faux écho :

 

« Ce que le mystique n'a pu dire (au moment de le dire, il défaillait), l'érotisme le dit :
Dieu n'est rien s'il n'est pas dépassement de Dieu dans tous les sens.

Dans le sens vulgaire, dans celui de l'horreur et de l'impureté. Finalement dans le sens de rien...
Le désir est chaque fois l'origine des moments d'extase, et l'amour qui en est le mouvement a toujours en un point quelconque l'anéantissement des êtres pour objet...
La transe mystique, de quelque confession qu'elle relève, s'épuise à dépasser la limite de l'être.
Sa brûlure intime, portée à l'extrême degré de l'intensité, consume inexorablement tout ce qui donne aux êtres, aux choses, une apparence de stabilité...le sommet n'est à la fin que l'inaccessible. 
Je survis ne pouvant rien faire à la déchirure, en suivant des yeux cette lueur qui se joue de moi.
J’'entre à nouveau dans la nuit de l'enfant égaré, dans l'angoisse, pour revenir plus loin au ravissement et ainsi sans autre fin que l'épuisement, sans autre possibilité d'arrêt qu'une défaillance.
C'est la joie suppliciante. »

 

 

C’est désormais comme un regard de sœur que je poserai sur le visage marmoréen de Thérèse…