BDSM 

 

Tableau © Martial Raysse

Photo réalisée lors de notre visite au Centre Pompidou.

 

 

Au niveau 4 de Beaubourg, à quelques pas de là où se tient l’exposition des « Tableaux Vivants » de Pierre Klossowski, il est une salle dans la section 03 consacrée au « Nouveau Réalisme ».

On peut y admirer des œuvres d’Yves Klein mais aussi de Martial Raysse, artiste niçois un peu moins connu qui fut pourtant le lauréat de la Biennale de Venise en 1966, alors qu’il n’avait que 30 ans.

Ce sont généralement des peintures inspirés par le Pop Art (Raysse séjourna aux USA dans les années fatidiques).

 

Et puis, soudain, l’on se trouve nez à nez avec cet étrange tableau, « Portrait de Mme VDK », qui appartient à la série de ses « Tableaux-Objets » et où la présence de la femme, sophistiquée et artificielle (le tableau est un composite de peinture glycérophtalique sur contreplaqué  et d’autres matériaux, fleur artificielle, paillettes), illumine de façon impromptue la salle de ses nuances acidulées.

Il date approximativement de 1962.

C’est déjà le premier pas vers ce qui sera présent dans la dernière partie de son œuvre, un retour vers des formes d’expression picturale plus classiques au début des années 80.

 

Qu’a donc cette femme, cette madame VDK, qui puisse me parler de BDSM ?

Rien assurément…

Mais l’œuvre d’art porte à rêver…

 

Ainsi, Madame VDK, un bref instant, c’est moi…

Et mon BDSM.

Moi, telle que je ne peux pas plus me montrer à vous qu'elle ne le fait, avec ce visage flou où l’on ne fait que supposer les yeux larges et foncés, la bouche pulpeuse, les cheveux longs et noirs.

Et ce signe de soumission dans ce menton à peine abaissé et dans ce regard qui scrute et implore.

 

Comme moi, Madame VDK a fait du noir sa couleur de vêture, comme moi, elle ne peut l’accepter total, de ce noir qui, loin d’exalter l’érotisme pourrait faire supposer le deuil de l’espoir... Aussi, l’accommode-t-elle de cette écharpe de crêpe volant autour de son cou, colorée de printemps, et elle orne sa coiffure d’une fleur rouge vif qui brûle du feu de l’amour…

 

Madame VDK, je l’invente bien sûr, est à la porte de son rendez-vous.

Un homme vient de lui ouvrir son huis.

C’est vers celui-ci qu’elle lève ces yeux ardents mais humbles, symbole de désir mais aussi d’allégeance.

C’est de celui-ci qu’elle tient, pour l’instant, la consigne de se taire.

 

Mais après?

Tout à l’heure ?

Lorsque Madame VDK et moi ne serons qu’une seule, nous entrerons enfin dans des pièces ombreuses, nous y appliquerons les rites d’obsidienne : dénouer nos cheveux, laisser l’écharpe choir et ne garder peut être que la fleur rouge feu, un peu démantelée de palpiter sans fin comme notre cœur lourd et soudain si léger, d’avoir été compris et conquis et trouvé...

 

Tu T'en viendras alors, mon Amour, tout à fait au creux de mon tableau et dans bien d’autres creux…

Puis, les formes secrètes nous y engloutiront et mes cris fuseront sous Ton joug réclamé.

Et je sangloterai de mon sang appelé…

 

 

 

 

PS : Je vous dis ici comme promis, en toute sincérité, comment je vais voter le 22 avril.

http://www.u-blog.net/oiselle/note/39