Pierre Klossowski et son épouse Denise Morin-Sinclaire dite Roberte

 

                      Exposition Tableaux Vivants Pierre Klossowski Centre Georges Pompidou 2007 sculpture Paul de Réti d'après le tableau de Pierre Klossowski Diane et Actéon   

 

                    BDSM érotisme contrainte Les Barres parallèles tableau de Pierre Klossowski

 

                     BDSM SM soumission triomphe de Roberte Tableau de Pierre Klossowski

 

 

Photo1 : Pierre Klossowski et Denise Morin-Sinclaire (« Roberte ») © ???

Photos 2, 3 et 4 : Images prises par nous lors de notre visite de l’exposition.

 

 

 

Pierre Klossowski apparaît ici dès l’une des premières notes de mon blog, en  septembre 2003.

Celle-ci contient quelques mots d’introduction mais aussi une bibliographie.

Je suis heureuse de n’avoir pas à la refaire donc ce soir, alors que je voudrais tant parler de « rencontre » avant que d’évoquer le véritable objet de ce post, c'est-à-dire l’exposition au centre Pompidou du 1er avril au 4 juin 2007 de « Pierre Klossowski -Tableaux Vivants » qui fut notre principal motif pour nous rendre à Paris.

De ceux qui voudront d’autres renseignements plus pointus sur l’aîné de Balthus, Google sera l’ami…

 

Il est des « rencontres » que l’on n’oublie pas et qui perdurent au-delà du temps.

A la fin des années 70, la petite ville varoise d’Hyères possédait un Festival du Jeune Cinéma.

J’eus la chance, alors adolescente, d’y croiser Alain et Catherine Robbe-Grillet, Marguerite Duras mais aussi Pierre et Denise Klossowski à cause du film de Pierre Zucca, « Roberte ».

Ce devait, si ma mémoire ne me trahit pas, se dérouler en 1979.

C’est d’ailleurs ainsi que j’acquis alors un exemplaire de « La monnaie unique » publié chez Eric Losfeld, copieusement augmenté de photos de Pierre Zucca, introuvable désormais et que j’ai eu la surprise de découvrir pendant l’expo accroché parmi les divers documents. Il dort dans une de ces malles cantines qui constituent le viatique de mes transits professionnels et, au trouble que j’ai ressenti à le revoir il y a trois jours, il me faudra bien aller le rechercher là où il est, quitte à me démembrer l’épaule…

C’est là aussi que j’achetais « Roberte ce soir », illustré par Klossowski.

 

J’ai souvent expliqué pourquoi je rejetais l’idée de l’inné en ce qui concerne le BDSM ou le SM, qu’on le nomme comme on le veut…

Je sais y être venue par la littérature et l’image.

L’ordre à peu près exact doit être Mandiargues et sa « Motocyclette » à quatorze ans, « L’Histoire d’O «  l’année suivante, puis dans les douze mois qui suivirent encore, Sade (mais oui !), « L’image » de Jean de Berg (gardons le pseudo puisqu’il en était ainsi à l’époque) et contemporainement « Roberte ce soir ».

 

Klossowski, « Roberte », c’est donc l’image pour la première fois. Et j’expliquais ici hier soir l’importance de l’œil.

Je ne passe pas l’éponge sur les premiers morceaux de pellicules qui m’émurent tout enfant, les films d’esclaves romaines, la flibuste ou encore les « Angélique » mais « Roberte ce soir », image et texte, cela changeait tout de même bien la donne et proposait d’autres rivages.

 

« Roberte », c’était la femme de Pierre Klossowski, Denise-Marie-Roberte Morin-Sinclaire.

Il me plaît soudain à penser qu’à l’époque où je la rencontre et où elle provoque des émois ravageurs en moi, elle est déjà plus âgée que je ne le suis maintenant…

Ah ! L’indicible émerveillement, le mystère clos que peuvent  exalter sans ombre les femmes mûres…

 

Roberte (le personnage) est hiératique, guindée, elle fait même partie d’une commission de censure, corsetée, gainée, chapeautée.

Cela ne lui épargne rien des derniers outrages.

Octave, son époux, a le sens des « Lois de l’hospitalité » (c’est le titre où sont réunis aujourd’hui dans la collection « L’Imaginaire » chez Gallimard l’opus de Klossowski ainsi titré accompagné de deux autres textes « Roberte ce soir » et « Le Souffleur »).

L'hospitalité et ses lois c'est pour lui, à travers le personnage d'Octave, d'offrir Roberte à de variables comparses.

 

Même dans la pire des situations, Roberte demeure digne et hautaine.

Elle est la distance de l’écriture. Telle que son auteur le veut.

C’est pour cela que, pour peupler différemment son mode de récit fictionnel, Klossowski passe au dessin dès 1953.

Là, poses et gestes vont prendre le pas sur le « dit » (« L’image me dicte ce que je dois dire » -Pierre Klossowski-).

 

L’exposition du Centre Pompidou « Tableaux Vivants » nous livre donc ces œuvres surprenantes.

On s’étonnera simplement du fait qu’il ait fallu que cette manifestation soit organisée en collaboration par la Whitechapel Gallery de Londres et le Museum Ludwig de Cologne pour qu’elle finisse par aboutir chez nous…à deux pas de là où Klossowski vivait.

 

Les tableaux sont géants, bien loin du format que je leur attribuais, ils sont colorés, contrairement aux dessins crayonnés de « Roberte ce soir », ce que j’ignorais aussi.

Ce sont presque des fresques murales et si nous n’irons pas jusqu’à songer à la Villa des Mystères de Pompéi (le cadre de Beaubourg ne se prête pas de toute façon à cette évocation), il n’empêche que l’on a là le sentiment de suivre quelque intime parcours initiatique qui ne nous laissera pas saufs.

 

La mythologie antique rejoint la brisure du sacré (Klossowski fut un temps attiré par la vie monastique avant que d’écrire « La vocation suspendue ») : Roberte est figurée en Diane, Judith ou Lucrèce (la seconde photo publiée est une sculpture de Jean-Paul Réti d’après « Diane et Actéon », tableau de Klossowski présent dans le musée).

L’érotisme s’arroge tous les droits (Klossowski fut apprécié de Bataille, Blanchot, Deleuze etc.).

 

C’est un érotisme de contrainte, c’est du BDSM : regardez le troisième tableau « Les Barres Parallèles » (ô combien j’aimerais y être à sa place et subir exactement de la sorte !)  ou encore le quatrième mais notez bien Roberte qui dans sa posture ne s’effraie pas et même participe.

Ne croit-on pas discerner parfois un sourire de triomphe ou tout au moins une moue de dédain sur l’expression que cette mince bouche dédie à ses tourmenteurs?

 

Oui, les « tableaux » de Klossowski que vous pouvez voir à Beaubourg sont bien des « Tableaux Vivants ».

Mais je ne vous raconterai rien de ce qu’ils m’ont dit !

Allez par vous-mêmes les écouter…de l’œil !

 

En quoi « Roberte » (depuis 1977) est-elle pour quelque chose dans mon BDSM ?

Je pense qu’il n’est pas très difficile de le deviner.

C’est cet esprit sadien-philosophique (rappelons -vite fait- qu’on doit à Klossowski un mirifique « Sade mon prochain ») qui construit beaucoup de mon orgueilleux masochisme et un peu de ma si personnelle façon d’être soumise hors-règles…

 

Il m’arrive, disais-je, de converser par le biais du dialogue intérieur avec des gens (cela vaut mieux que de parler seule en réglant ses comptes avec les phrases assassines que l’on n’a pas osées sortir à son galeux chef de bureau).

Il suffit que je voie dans une belle brocante des mitaines de dentelles de Calais très ouvragées pour que je songe à Jeanne de Berg - Catherine Robbe-Grillet et pense tout bas « Comme celles-ci vous iraient bien, Madame ! ».

Qu’aurais-je à dire à Denise, à Roberte, si je la rencontrais sur le Pont des Arts ?

 

Lui parler de l’infini…

Lui dire combien j’ai compris que seul l’érotisme permet au temps de « suspendre son vol » et accrocher l’un de ses sourires narquois en lui récitant la dernière phrase de « Roberte ce soir » qui est peut-être la vérité vraie sur la vie qui court dans les « Tableaux Vivants » :

 

« …Roberte, la jupe encore relevée, d’une main semble rajuster sa gaine ou ses bas, tandis que de l’autre du bout des doigts elle tend une paire de clés à Victor que celui-ci touche sans les prendre jamais : car l’un et l’autre semblent en suspens dans leurs positions respectives. »

 

« Pierre Klossowki -Roberte ce soir- Illustré par l’auteur- Editions de Minuit » (14 euros).

 

 

 

PS : Par manque de temps, la note prévue sur « Oiselle » pour ce soir n’est pas « bouclée ». 

Il est hors de question qu’elle soit « bâclée ». Elle sera donc en ligne demain soir seulement.